Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /Juin /2009 17:29

Pr. Khalifa Chater

 

 

Le discours de Barak Obama au Caire, le 4 juin 2009, a été- il faut le reconnaître et l’expliciter - diversement apprécié, dans l’aire arabe. Porté aux nues, par certains de ses analystes, bien apprécié, dans une large mesure, par ses élites, il suscita le désappointement de larges secteurs de son opinion publique. La déception était à la mesure des attentes de la rue arabe, persuadée que le nouveau locataire de la Maison Blanche allait traiter, d’urgence, comme par une baquette magique, les problèmes du Moyen-Orient, mettre fin à l’occupation coloniale, libérer les terres occupées, assurer la création de l’Etat Palestinien et imposer à Israël l’application des décisions de l’ONU. Traumatisée par l’agression contre Gaza, la rue arabe souhaitait que le discours énonce la mise en application attendue des décisions de Madrid, de la Feuille de route et d’Annapolis. Cette position utopique, confortée par les surenchères de certaines télévisions du Golfe, dans ce contexte de colère arabe, expliquait une certaine désillusion. «On est passé de la haine au doute et non à l’enthousiasme» affirma Antoine Sfeir, l’analyste libanais». Pondéré mais contrarié, un autre observateur disait qu’il attendait le passage à l’acte de ce nouveau Président qui se démarqua de l’Establishment américain, remit en cause la stratégie unilatérale du Président Bush et s’est engagé, auprès de ses électeurs, à inaugurer une nouvelle politique étrangère.

Nous pensons, quant à nous, qu’il faut prendre la juste mesure de ce discours de la nouvelle Amérique, qui a choisi son dirigeant, en connaissance de cause, qui a engagé cet élan populaire contestataire de la dérive de la politique de l’extrême droite américaine. Rappelons que l’équipe précédente a instrumenté la tragédie du 11 septembre, l’a exploitée pour engager la guerre contre l’Irak et l’a détournée vers une culpabilisation générale implicite de l’aire musulmane. Dans ce contexte, elle a effectivement institué et mis en exécution «le choc des civilisations». Le discours de Barak Obama a eu le mérite d’enterrer cette approche de Huntington, qui fonde des relations de guerre contre l’aire musulmane. L’ennemi soviétique de jadis devait être relayé par le «terroriste musulman», à rechercher, à fonder et à reconstruire. De ce point de vue, Huntington a répondu à ce processus de quête du nouvel ennemi, qui devait permettre le ralliement des foules occidentales, à ce non-dit officiel. Rappelons, pour remettre les pendules à l’heure, que les manifestations populaires en Europe et aux Etats-Unis, contre la guerre d’Irak ont anticipé ce rejet de l’approche de Huntington et rejeté le discours de guerre de l’Establishment américain, soutenu par les Premiers ministres Blair, Aznar et Berlusconi. Vu, sous cet angle, le discours de Barak Obama constitue, bel et bien, une contre-attaque, une reformulation du discours officiel. Après l’orage de la passion guerrière des législations précédentes et «le répit de l’aube apaisé», depuis l’élection du nouveau Président, les Etats-Unis inaugureraient par le discours du 4 juin, l’ère de la sagesse retrouvée. Ce retour de l’humanisme américain doit être salué. De ce point de vue, une certaine critique du discours, le considérant comme « un tonnerre d’été, qui n’annonce pas la pluie» et les avis similaires nous paraissent injustes et infondées. Nous rejetons aussi, dans ce même ordre d’idée l’expression malencontreuse de «discours mielleux». Nous pensons, plutôt qu’il s’agit d’un discours fondateur, faisant valoir le nouvel idealtype du Président Obama et annonçant une sérieuse révision de la politique étrangère américaine.

Une nouvelle ère de relations arabo-américaines ? La description pertinente de l’état des lieues (effets du colonialisme, guerre froide par personnes interposées), fut-elle partielle ! -puisque elle occultait les conséquences de la question palestinienne et de l’alliance partisane qu’elle a mise en œuvre - permit au Président Obama de présenter son diagnostic et d’affirmer que «ce cycle de la méfiance et de la discorde doit être brisé». Souhaitant mettre un terme à ces relations conflictuelles, le Président Obama demanda, aux Américains et aux Arabes, d’assainir l’atmosphère, en explicitant le lourd non-dit, «ce que souvent nous recelons dans notre cœur et que trop souvent nous n'exprimons qu'à huis clos». D’autre part, l’écoute mutuelle des deux partenaires, devrait permettre de « trouver un terrain d’entente ». Ayant tenté de déblayer le terrain, Barak Obama annonce la nouvelle politique qu’il compte mettre en œuvre :

«Je suis venu ici au Caire en quête d'un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l'intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l'Amérique et l'islam ne s'excluent pas et qu'ils n'ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l'Amérique et l'islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain».

Barak Hussein Obama balisa le terrain, en faisant valoir, vu ses origines, son vécu et ses études d’histoire, sa connaissance de l’Islam et son appréciation de l’apport de sa culture, à la civilisation humaine. Rejetant toute amalgame entre cette religion et les dérives fanatiques et extrémistes, il reconnaît que «l'islam a donné la preuve, tout au long de l'histoire, en mots et en actes, des possibilités de la tolérance religieuse et de l'égalité raciale». A cet effet, il «estime qu'il est de son devoir de président des États-Unis de combattre les stéréotypes négatifs de l'islam où qu'ils se manifestent». Cette correction préalable des termes de références des civilisations musulmane et américaine - rejet formel de la dichotomie conflictuelle d’Huntington - devait servir pour fonder un nouveau partenariat de concorde et de coopération, au profit de tous, dans le cadre d’une prise de conscience d’une humanité commune. Nous remarquons aussi cette condamnation, sans appel de toutes velléités d’unilatéralisme : «Au vu de notre interdépendance, annonça le Président Obama, tout ordre mondial qui élève un pays ou un groupe d'individus au détriment d'un autre est inévitablement voué à l'échec. Quelle que soit notre opinion du passé, nous ne devons pas en être prisonniers. Nous devons régler nos problèmes par le biais du partenariat et partager nos progrès».

La lecture d’Obama des foyers de tension : Identifiant l’extrémisme comme principal facteur de tension, le Président Obama légitime les opérations américaines en Afghanistan, dans le cadre de la chasse à al-Qaïda et aux talibans. Cette guerre dit-il, est menée «non par choix, mais par nécessité», à la suite des événements du 11 Septembre. Elle n’est aucunement dirigée contre l’Islam et n’a pas d’objectif de mise en dépendance ou de création de bases militaires. Remarquons, dans le cas de l’intervention en Afghanistan, que l’opinion publique arabe, hostile cependant à l’intégrisme, est choquée par la «pacification meurtrière» et la mise en péril de la population civile. Peut-être faudrait-il adopter une politique alternative plus pertinente pour faire échec aux multiples facteurs de ressentiment des populations. Nous avons, dans une analyse précédente, évoqué le risque de paralysie de la politique d’Obama, par «le piège afghan» et les effets d’une vietnamisation de ce terrain, propice de surcroît à la guérilla, aux guerres de bandes et aux rivalités entre les seigneurs de la drogue.  Et d’ailleurs, le Président américain reconnaît, bel et bien, «que la puissance militaire ne va pas à elle seule résoudre les problèmes qui se posent en Afghanistan et au Pakistan». Ce qui atteste la nécessité d’une révision urgente de la politique américaine dans cette aire, pour arrêter un pourrissement de la situation, qui dessert tout le monde. Par contre, la révision de la politique américaine en Irak suscite, dans une large mesure, le consensus des observateurs arabes, attachés à la souveraineté et à l’intégrité de l’Etat. Reconnaissons, cependant, que les rancoeurs soulevés par la guerre contre l’Irak, que le Président Obama n’a pas légitimée, sont difficiles à dissiper. «La blessure guérit; mais la cicatrice reste», m’affirmait, il y a quelques jours, un nationaliste arabe. Je dirais plutôt qu’un soutien américain au recouvrement de la souveraineté de l’Irak et à sa promotion globale, permettrait de panser sa blessure et d’assurer la reprise de sa dynamique de développement économique et sociale, l’intervention américaine ayant supprimé les revers négatifs et positifs du régime saddamien. Qu’il nous suffise de rappeler sa tolérance religieuse et ses avancées laïques, qui devraient être remises à l’ordre du jour.

Hiérarchisation que l’aire arabe ne partage pas, la question palestinienne est identifiée par Obama comme seconde source de tension. Tout en reconnaissant les liens solidaires entre l’Amérique et Israël - je parlerai plutôt d’un soutien partisan indéfectible et d’une solidarité inconditionnelle - le Président Obama a reconnu solennellement l’ampleur de la tragédie palestinienne :

«Le peuple palestinien, qui regroupe des musulmans et des chrétiens, a souffert en quête d'un territoire. Depuis plus de soixante ans, il connaît la douleur de la dislocation. Beaucoup attendent dans des camps de réfugiés en Cisjordanie, à Gaza et dans des terres voisines de connaître une vie de paix et de sécurité à laquelle ils n'ont jamais eu le droit de goûter. Ils subissent au quotidien les humiliations - grandes et petites - qui accompagnent l'occupation. Il n'est pas permis d'en douter : la situation du peuple palestinien est intolérable. L'Amérique ne tournera pas le dos à l'aspiration légitime du peuple palestinien à la dignité, aux chances de réussir et à un État à lui»

Cette reconnaissance publique - une première dans la politique américaine - lui permet de justifier son attachement à «la seule résolution (qui) consiste à répondre aux aspirations des uns et des autres, en créant deux États, où Israéliens et Palestiniens vivront chacun dans la paix et la sécurité». Il rappelle le nécessaire respect des «obligations qu'ont acceptées les parties, en vertu de la Feuille de route», mais il évite, dans le cadre d’une prise de distance diplomatique, de signaler que l’arrêt du processus d’Oslo et le blocage sont le fait du partenaire israélien. Comme préalable, il rejette «la légitimité de la continuation des colonies israéliennes», estime que «ces constructions constituent une violation des accords passés et portent préjudice aux efforts de paix» et affirme que «le moment est venu pour que ces colonies cessent». D’autre part, il fait valoir qu’Israël «doit aussi honorer ses obligations et assurer que les Palestiniens puissent vivre, travailler et développer leur société» et évoque la crise humanitaire à Gaza et l'absence persistante de chances de réussite en Cisjordanie,  (qui) «ne servent pas à promouvoir la sécurité d'Israël ». En dépit de son occultation de la nécessité d’abolir la totalité des colonies - comme fait d’occupation illégitime - et son absence de condamnation formelle de la guerre de Gaza et de la pacification coloniale, une situation permanente de non droit, le discours d’Obama est novateur et prometteur. Mais dans quelle mesure est-ce que cette approche peut être mise en œuvre, tant qu’on n’a pas pris la décision d’imposer l’application des décisions de la communauté internationale :  Onu, Quartet, Annapolis par le partenaire récalcitrant et qui a formellement reconnu son refus de la décolonisation territoriale.   Obama ne précisa pas sa stratégie, se contentant d’affirmer :

 «Je compte personnellement poursuivre un tel aboutissement avec toute la patience et le dévouement qu'exige cette tâche. Les obligations qu'ont acceptées les parties en vertu de la Feuille de route sont claires. Pour que règne la paix, il est temps que les parties - et que nous tous -se montrent à la hauteur de leurs responsabilités».

Nous mettons, sur le compte du ménagement diplomatique, la non-reconnaissance par le Président Obama, du droit de résistance, qui a permis la décolonisation des peuples dominés et les processus de blocage des acquis des privilèges des systèmes hégémoniques. Or, la pensée politique occidentale reconnaît la légitimité de la résistance contre le nazisme, l’apartheid et la colonisation traditionnelle. Mais les officiels américains hésitent souvent à sauter le pas, pour intégrer l’occupation israélienne, dans le même système colonial, qu’ils condamnent. Position lucide du Président Obama, il prend acte de l’existence de Hamas et lui demande de «jouer un rôle pour réaliser les aspirations des Palestiniens et unir le peuple palestinien», en conditionnant cependant sa prise en compte par l’arrêt de la violence et la reconnaissance des accords passés ainsi que du droit à l'existence d'Israël».

La troisième source de tension évoquée concerne «les droits et les responsabilités des États concernant les armes nucléaires», c’est-à-dire en d’autres termes le différend entre les USA et l’Etat iranien. Obama reconnaît courageusement que «les Etats-Unis, en pleine Guerre froide, ont joué un rôle dans le renversement d'un gouvernement iranien démocratiquement élu», celui du nationaliste Mossadegh. Soucieux de dépasser les contentieux du passé, il fait appel au dialogue au régime iranien. Traitant la question du nucléaire iranien, il réaffirme fermement l'engagement de l'Amérique à vouloir un monde dans lequel aucun pays ne possède d'armes nucléaires :

 « Chaque pays, y compris l'Iran, devrait avoir le droit d'avoir accès à l'énergie nucléaire pacifique s'il respecte ses engagements dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire. Cet engagement est au cœur du Traité et il doit être pris par tous ceux qui y souscrivent pleinement. J'espère que tous les pays de la région pourront partager cet objectif».

Est-ce à dire que les USA vont mettre à l’ordre du jour la question de la dénucléarisation du Moyen-Orient et qu’ils sont disposés à appliquer cet objectif vis-à-vis de tous les pays de l’aire, y compris Israël, dont l’équipe Obama a rappelé, pour la première fois qu’elle disposait de cette arme ?

Le quatrième point du discours du 4 juin, concernait la démocratie au Moyen-Orient. Position pertinente, Obama affirme que la promotion de la démocratie relève de la dynamique interne et rejette toute intervention extérieure. «Aucun système de gouvernement, déclara-t-il, ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre».

 

Conclusion : Comment interpréter ces faits d’annonce ? Ce discours fondateur a le mérite d’assainir les relations entre l’Occident (Etats-Unis et Europe) et le monde musulman, perturbées par l’approche du «choc des cultures», que la tragédie du 11 septembre, les dérives intégristes et les guerres d’Afghanistan, d’Irak et de Palestine, confortées par le discours de l’ancienne équipe américaine, ont mis en œuvre. Ne sous-estimons pas ces effets sur l’opinion publique occidentale et musulmane. Plus qu’une réconciliation, il fait valoir une nécessaire révision des termes de références, dénonçant les partisans des guerres de religions, rejetant la culpabilisation de l’autre. En ce qui concerne la question palestinienne, le Président Obama a eu le mérite d’exposer les composantes de cette tragédie, pris en compte et légitimé les aspirations nationales et s’est penché sur les drames humanitaires vécus, dans les régions occupées et asphyxiées et les multiples camps de réfugiés dispersés, dans les pays du voisinage. Son diagnostic aura son influence certaine sur l’opinion américaine.

Mais, en ce qui concerne le processus de paix israélo-palestinien, peut-on espérer que les Etats-Unis, prompts à exiger l’application des décisions onusiennes des autres Etats envisagent d’appliquer les mêmes mesures à l’allié inconditionnel ? Le Président Obama affirme que « les Américains ne peuvent pas imposer la paix ». Mais ils «aligneront leurs politiques avec ceux qui veulent la paix et diront en public ce qu’ils diront en privé aux Israéliens, aux Palestiniens et aux Arabes». Ultime promesse, Obama déclara que «le moment est venu de prendre une initiative, sur ce que tous savent être vrai». Quelles sont les mesures de persuasion, d’incitations ou de contrainte que le Président Obama compte prendre ? Peut-il prendre le risque de remettre en cause ce partenariat traditionnel, ce pêché originel qui conditionne les relations entre l’Amérique et le monde musulman ? Le discours du Caire ne peut exprimer de simples vœux pieux, vu le sérieux de l’engagement du Président Obama. « Aucun discours, reconnaît-il, ne peut éradiquer des années de méfiance, et dans l'espace de cet après-midi, je n'ai pas la réponse non plus aux questions complexes qui nous ont menés au point où nous sommes maintenant». Mais cette reconnaissance de la diversité, cette affirmation de l’idealtype de relations apaisées, cette volonté d’équilibrer les relations de partenariat et d’exposer des propositions objectives de traitement de la question palestinienne peuvent inaugurer une nouvelle politique américaine. Mais elle sera sérieusement mise en échec tant que le processus de paix n’est pas concrétisé et finalisé.

Pr. Khalifa Chater

- Table ronde in la Chaîne Parlementaire LCP, 7 juin, soir.

- Expression de l’universitaire koweitien, Mohamed el-Mosfer, in el-Jazeera, Programme « plus qu’une opinion, 5 mai 2009.

  -Expression de Amr Hamzoui, de la Fondation Carnegie. Ibid.

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Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /Mai /2009 15:06

Les entretiens Obama/Netanyahu, lundi 18 mai, s’inscrivent dans la mise en oeuvre de la nouvelle stratégie américaine au Moyen-Orient. Fait collatéral, la guerre contre Gaza, déclanché à la veille de la prise du pouvoir par le nouveau Président américain, devait lui permettre de prendre la mesure de l’ampleur de la tragédie humanitaire et de réaliser ses effets d’entraînements. Voulant instituer des relations apaisées, réussir une réconciliation générale de l’Amérique avec le monde, le Président Barak Obama inscrit le processus de paix comme priorité de son ordre du jour. Fait significatif, le premier geste de sa présidence avait été d'appeler le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. La nomination de George Mitchell, l'architecte de la réconciliation irlandaise, comme  envoyé spécial et la définition de son approche (solution de deux Etats, arrêt de la colonisation) traduisent sa volonté de rupture avec ses prédécesseurs. Les précédents présidents avaient certes fait valoir la nécessité de créer l’Etat palestinien et de dynamiser le processus de paix, dans le cadre de la Feuille de route, du Quartet et de l’accord d’Annapolis. Mais par indulgence et prise en compte des réelles désirata de leur allié, ils ne soucièrent guère de l’application du discours. Barak Obama, par contre, était bien décidé à tourner la page de cette "ambiguïté américaine", ce ménagement de l’allié que les Arabes définissent volontiers comme une "politique de deux poids, deux mesures».

La lecture de la conférence de presse, montre que la réunion Obama/Netanyahu se termina par "un accord sur rien" ou presque. Les deux présidents se bornèrent à énumérer leurs désaccords. Est-ce à dire qu’elle fut négative ? Nous ne pensons pas. Le Président Obama a fait sienne, les exigences de la communauté internationale, rappelé les engagements pris  par les précédentes instances, exprimé son attachement à la formule de deux Etats, réclamé la fin de la colonisation et invité son partenaire à saisir l’opportunité de construire la paix. Les réponses de Netanyahu ont permis, au Président américain, de réaliser que son partenaire est soucieux de différer le processus de paix, par sa stratégie procédurière, ses manœuvres et recherches de prétextes. Netanyahu tenta de détourner le débat vers le nucléaire iranien, le considérant comme priorité obsédante. Ultime manœuvre, l’Etat israélien qui possède l’arme nucléaire, rappelée judicieusement récemment, par l’administration américaine, continue son discours rituel sur la sécurité, en dépit des rapports de forces qui lui sont favorables. Or la communauté internationale a bel et bien identifié l’agresseur au Moyen-Orient. Fait d’importance, prenant le contre-pied de Netanyahu, le Président Obama estima que le traitement de la question palestinienne peut concourir à la solution iranienne. Nous rejoignons son point de vue, estimant que le processus de paix permettrait d’empêcher de développer les surenchères iraniennes, intégristes et autres, sur le terreau palestinien. Elle faciliterait dans l’ensemble de l’aire du Moyen-Orient, y compris Israël, la déradicalisation les opinions publiques.

La conférence de presse Obama / Netanyahu donne un certain éclairage sur la teneur de leurs entretiens, en tête - à- tête. Le non dit est sûrement plus important que ce qui a été rendu public. Cette prise de distance du Président américain, par rapport à la politique israélienne doit être soulignée. Est-ce que la divergence des points de vue,  qui fait valoir une prise en compte de la nécessité américaine de réviser sa politique vis-à-vis des pays arabes et les pays musulmans qui constituent leur profondeur stratégique, remet à l’épreuve  leur alliance organique et libère la marge de manœuvre des Américains ? Est-ce que l’Etat israélien, dépendant du soutien financier, militaire et sécuritaire des Etats-Unis, peut se rendre à l’évidence et s’inscrire dans la nouvelle politique américaine, multilatérale, privilégiant le dialogue à la guerre préventive, soucieuse de redorer le blason américain, mis à mal par les dérives de la précédente législature.

La mise de cette nouvelle volonté, au service de l’idealtypus générique américain, de la prise en compte des principes onusiens et des traités et motions adoptés en application, doit être chaleureusement souligné.   Ce renversement de perspective, qui sera confirmé lors des entretiens avec les Présidents Moubarak (26 mai) et Aboumazen (28 mai) sera vraisemblablement explicité, lors du discours du Président Obama aux pays d’Islam (Le Caire, 4 juin). Nous ne sommes certes qu’au début de l’opération.  Elle exigera cependant, pour mettre en échec les manœuvres dilatoires bien connues,  un enrichissement des termes de référence, par une affirmation des positions des partenaires arabes, exigeant  un arrêt ferme de la colonisation, un arrêt de "la pacification coloniale" et une restitution des terres occupées en 1967. Il faut, d’autre part, re-actualiser le "linkage" - le lien entre les avancées du processus de paix et la normalisation. Une telle réponse arabe, conforme aux vœux de l’opinion publique, permettrait de soutenir l’initiative du Président Obama et d’ouvrir les perspectives de l’entente, de la normalisation et pourquoi pas, de la coopération.

Pr. Khalifa Chater

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Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /Mai /2009 13:58

Les Sommets de Charm el-Cheikh et de Damas, tenus parallèlement, lundi 11 mai 2009, s’inscrivaient dans le contexte de la définition et de la mise en œuvre de la politique du Président Barak Obama, au Moyen-Orient et particulièrement de sa volonté de dynamiser le processus de paix. Peut-on parler d’une répartition de rôles ? L’observateur averti doit plutôt remarquer que les deux sommets, renvoient à des registres différents, puisqu’ils n’ont pas les mêmes objectifs. Leurs deux partenaires arabes, qui ont signé des traités de paix avec Israël, qui entretiennent des relations privilégiés avec les Etats-Unis et qui font partie de l’axe arabe modéré, semblent agir, dans cette conjoncture difficile, en ordre dispersé, dans l’exercice de leurs rôles régionaux, bien redimensionnés dans le nouveau Moyen-Orient.

Le sommet Natinyaho/Moubarek de Charm el-Cheikh, tenu vraisemblablement à l’initiative du chef de gouvernement israélien, ne pouvait être qu’une "rencontre de dupes". A la veille de sa prochaine rencontre avec le Président Obama (18 mai), Natinyaho a voulu s’affirmer comme partenaire de l’Egypte et pourquoi pas, accréditer auprès du Président Moubarak, sa politique palestinienne ou plus exactement son refus de s’engager dans le processus de paix. Le Président égyptien, soucieux de faire valoir son statut de partenaire de la paix, accepta de le recevoir et de s’entretenir avec lui. Mais il dut se rendre à l’évidence. Aucun rapprochement des points de vue n’était envisageable, tant que le gouvernement extrémiste défendait son statut colonial. Cette fuite en avant, sinon cette quête d’une caution, ne pouvait aboutir. Par contre, elle faisait valoir la nécessité d’une révision de la politique égyptienne, pour se dégager des processus des négociations formelles, qui la desservent.

Le Sommet de Damas, réunissant le roi Abdallah II et le Président Bachar el-Assad, s’inscrit, par contre, dans le cadre d’une concertation, entre deux chefs d’Etat, n’appartenant pas à la même mouvance. Elle atteste qu’une convergence sur la question du processus de la paix entre les deux chefs d’Etat était possible. Cette volonté de construire un compromis, de transgresser la carte des alliances, ne doit pas être sous-estimer. A cette occasion, le roi Abdallah a mis au courant le président syrien, de la teneur de l’initiative de paix du Président Obama et lui a fait part des entretiens qu’il a tenus avec lui (Washington, 21 avril 2009). Dans ce contexte, le roi Abdallah rendit publique, l’initiative, en état de formulation à Washington (le Times, 11 mai). Il s’agit d’un plan d’envergure (une solution de 57 Etats) qui inclut non seulement Israël et les Etats arabes du Moyen-Orient, mais de surcroît, un ensemble d’Etats musulmans et qui consisterait tout simplement à en arriver à une normalisation des relations entre Israël et l’ensemble de ces Etats ». Ce plan sera l’objet d’une discussion avec Natinyaho (18 mai), Moubarak (25 mai) et Abbas (28 mai) pourrait être au centre du grand discours au monde musulman que le président américain doit prononcer, en Egypte, le 4 juin.

Alors que le Sommet de Charm el-Cheikh s’inscrit dans le processus procédurier que privilégiait Natinyaho, la rencontre de Damas, en relation avec la nouvelle diplomatie américaine, met à l’ordre du jour une nouvelle donne, pour faire sortir le processus de paix de l’impasse. L’accueil favorable du président syrien, de cette approche globale, de cette volonté d’évacuer l’ensemble des terres occupées et de finaliser la création de l’Etat palestinien est très prometteur. L’adoption d’un tel plan - avec sa nécessaire mise en application - sera en mesure d’instituer des relations apaisées et, pour quoi pas une normalisation, entre tous les acteurs au Moyen-Orient, de faire valoir la paix et de mettre en échec les partisans des stratégies de désespoir. 

Pr. Khalifa chater

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Lundi 11 mai 2009 1 11 /05 /Mai /2009 08:19

A la veille de la définition de la stratégie du Président Obama, pour dynamiser le processus de paix au Moyen-Orient et finaliser la solution préconisée de deux Etats, de «nouveaux jeux de rôles» se manifestent sur la scène politique moyen orientale et internationale. Effets d’annonces, tests, processus d’occultation, volontés de blocage, repositionnement, comment expliquer ces velléités d’intervention d’acteurs soucieux de se manifester dans cette conjoncture ? Grâce à la révision de la politique américaine, annoncée par le Président Obama, la question palestinienne est désormais à l’ordre du jour. Ce fait, qui a comme objectif d’instaurer une ère de paix, au profit de tous les habitants de la région, suscite des inquiétudes et des espoirs. Faut-il s’en étonner ?

Tony Blair, le représentant du Quartet, a affirmé, le 7 mai, à Beitlahm que les négociations du processus de paix doivent concerner l’essentiel, à savoir les questions de Jérusalem, des frontières de l’Etat et  des réfugiés qui concernent la situation finale. Fut-elle  tardive, cette intervention révèle une volonté de sortie des méandres des institutions conjoncturelles successives (la feuille de route, le Quartet, le processus d’Annapolis), qui permettaient de gérer la question et non de la traiter.  Mais nous remarquons que la proposition de Blair de se concerter avec les nouvelles autorités américaines pour mettre sur pied un nouveau mécanisme de paix, était bel et bien, en contradiction avec l’approche globale qu’il vient de faire valoir. Tony Blair a  cru devoir anticiper, accompagner ou recadrer les discussions du Président Obama, avec les acteurs de la région. Comment expliquer cette quête d’institutions tactiques, alors que la paix nécessitait tout simplement la mise en œuvre, l’application des discours, à l’appui du diagnostic de consensus de la communauté internationale.

D’auteurs acteurs non identifiés - sans doute,   des leaders informels mais importants et qui agissaient dans les coulisses - ont demandé une re-actualisation de l’initiative de paix arabe. Une telle procédure est surprenante, puisqu’on demandait l’adoption de nouvelles concessions, en faveur d’un partenaire qui refusait d’engager jusqu’ici un débat sur la question.  Ce stratagème permettait de susciter la division et de remettre en cause une initiative qui a fait l’objet d’un consensus. Réunis au Caire, le 8 mai, les ministres arabes des Affaires étrangères ont pris la décision de ne pas entacher leur plan de paix par de nouvelles concessions.

La tournée du ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman, en Europe occidentale (4- 7mai 2009) constituait un non -événement. Les positions extrémistes qu’il a défendues, remettant en cause le processus de paix, étaient incompatibles avec le discours officiel européen. Fait d’évidence, qu’on ne doit pas perdre de vue, la démarcation entre les positions du triumvirat israélien  (le Président Péres, le Premier Ministre Natinyaho et le dirigeant extrémiste Lieberman) relevait plutôt d’un jeu de rôles, annoncé d’ailleurs par la condition lancée comme une pierre dans la mare, de la nécessaire reconnaissance d’Israël, comme « Etat juif ».

Est-ce que la communauté internationale peut se mobiliser pour imposer cette paix, qui assurerait la normalisation des relations entre les acteurs du Moyen-Orient ? Est-ce que le Président Obama sera en mesure de convertir la nouvelle équipe israélienne, en partenaire de la paix ?

Pr. Khalifa Chater

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Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /Mai /2009 14:54

La géopolitique a son " langage des signes ". Au-delà des faits saillants, qui marquent l’actualité, où les médias exercent un processus de trie nécessairement subjectif et partisan, l’observateur averti doit rechercher les "signes", susceptibles d’annoncer les faits d’avenir, ou du moins les éventualités possibles. Faits d’annonce ou présages, ces signes constituent des éléments de la "géopolitique prospective"  ou "virtuelle". Ils ne doivent, en aucun cas, être occultés ou sous-estimés. Des signes pertinents, coexistent avec les importants repères de l’actualité internationale, cette semaine, telles l'épidémie de grippe A/H1N1 et la pandémie "imminente", qu’elle peut annoncer, l’évolution de la question du Moyen-Orient, les enjeux, ambitions et mises à l’épreuve de la politique américaine. Tentons une lecture de ces signes qui risquent d’avoir leurs effets d’entraînement ou même de marquer la géopolitique de demain :

1 - La création d'une cour d'appel islamique pour la vallée de Swat et d'autres régions du nord-ouest du Pakistan, annoncé le samedi 2 mai. Concession majeure du gouvernement pakistanais, dans le cadre d'un accord de paix destiné à mettre fin à deux années de combats entre les forces de sécurité et les talibans, cette décision dépasse son cadre  conjoncturel.  Elle risque d’avoir valeur de précédent, dans cette conjoncture de débat entre les partisans d’une vision passéiste et les défenseurs d’une promotion moderniste de l’aire musulmane. A juste titre, Washington dénonça, comme une capitulation, l'accord de paix conclu en février, qui annonçait cette mesure. Cette décision doit être replacée dans le contexte de la guerre d’Afghanistan et les dérives qu’elle mettait à l’ordre du jour, outre son extension au territoire pakistanais. Ne faut-il pas réévaluer la politique américaine dans cette contrée dévastée par une longue guerre  d’usure, enclenchée durant la guerre froide. Elle doit également faire valoir  un traitement politique de la question afghane, dans le cadre de la construction d’un consensus de la communauté internationale.

2 - L'augmentation récente des importations d'équipement militaire dans le Moyen-Orient et particulièrement dans les pays du Golfe. Le journal  Khaleej Times, rapporta, le 30 avril 2009, que les Etats Arabes Unis ont été classés troisième acheteur d’armes dans le monde, derrière la Chine et l'Inde. D’autre part, l'Arabie Saoudite et l'Irak ont effectué d’importants accords d’achat d’armes. L'augmentation de ces dépenses militaires atteste une perception des menaces régionales, en relation avec l’affaire iranienne et les craintes d’une intervention israélienne, qui "mettrait le feu aux poudres". Il représente un effort par les Etats de l’aire de devenir plus indépendants militairement du bouclier américain. Or la baisse du prix du pétrole et les effets de la crise économique risquent de limiter la marge de manœuvre des pays pétroliers.

3 - Les agences de presse ont annoncé dimanche 3 mai que les troupes russes barrent les frontières géorgiennes avec l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, les deux régions séparatistes, mettant en application l'accord signé jeudi entre la Russie et ces deux régions. Ce déploiement russe qui intervient quelques jours avant le début des exercices de l'OTAN en Géorgie, re-actualise le conflit entre la Russie et la Géorgie, déclenché le 7 août 2009. Il exprime des velléités du pouvoir russe d’affirmer ses prérogatives dans son aire géopolitique d’antan et de surveiller les nouvelles alliances de ses anciens protégés. Il ne s’agit, en aucun cas, d’un retour à la guerre froide, vu l’état des rapports de forces. Mais ces repositionnements de la Géorgie, de l’Union Européenne, des Etats-Unis et de la Russie peuvent exercer des freinages et peut être mettre à l’épreuve la stabilité régionale.  

Quelle est la signification de ces "présages", dans l’identification des nouveaux enjeux de la géopolitique internationale ? 

Pr. Khalifa Chater

Publié dans : Relations internationales
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