Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 10:05

Depuis la révolution de Tunisie, le monde arabe n’est plus comme avant. La lame de fonds qui le transforme, inaugure le nouveau temps du politique. Elle met en scène les opinions comme acteurs da la reconstruction de l’espace politique. Nous ne devons pas, d’autre part,  relativiser les effets des médias dans l’ère de la communication. Les chaînes de télévisions câblées, prédominent  et assurent désormais,  leur emprise sur les leaders d’opinion et les maillons intermédiaires de la vie politique.  Or, les nouveaux acteurs et/ou les acteurs réhabilités, de l’aire arabe agissent et se déterminent, dans le cadre des paradigmes dominants et diffusés par les médias. Fussent-ils  les produits de la conjoncture,  les paradigmes et les idealtypes qu’ils diffusent, ne sont pas sans relations évidentes avec les rapports de forces, les instruments du pouvoir et leurs relais audio-visuels. Dans telles circonstances, l’information, censée être neutre et objective, diffuse  un discours politique global, qui fait valoir les options qu’il privilégie, relatives à la lecture de l’évènement, au choix d’alliances mais aussi au projet de société.

La société de la communication prend en charge le citoyen, le « sature »  d’informations et le met sous son emprise et sa tutelle. Elle impose sa lecture de l’événement et la vision globale qu’elle intègre. L’exercice lucide de la politique  doit donc, au préalable, déchiffrer les grilles de lecture, identifier les enjeux, mettre à nu les partis pris. Elle exige le décryptage des discours, en dégageant les représentations, les visions et les prises de positions, qu’il fait valoir. Produit de collectifs anonymes et impersonnels, l’imaginaire politique n’exclut pas les rôles non revendiqués, mais plutôt agissant underground, de certains pouvoirs dominants. Fait d’évidence et exemple significatif, l’information différentielle des journaux câblées arabes du Moyen-Orient : Al-Jazira, Al-Arabiya, Al-Hurra, France 24 et la BBC font valoir leurs lectures spécifiques de l’actualité : choix des événements, ordonnancement, durées du traitement, qualité des invités et commentaires conséquents. Or, la citoyenneté  implique la liberté dans le choix des critères et des priorités et l’identification des enjeux, avant la prise de décision. Ce qui implique l’adoption de processus critiques, pour assurer la désaliénation médiatique, par une réflexion élaborée.

Les traumatismes de l’aire arabe, les empiétements à sa souveraineté, les velléités de sa mise en dépendance, les graves épreuves qu’il a vécues en Palestine et en Irak  ont participé à la formation d’une «culture des sentiments». Leurs Establishments ont opté pour une politique de connivence, confortée par  une «une apologie du défaitisme». Quête d’une sortie de l’impasse, les discours nationalitaires et révolutionnaires  n’ont pas réussi à assurer la mue sollicitée, ainsi d’ailleurs que les stratégies de développement.  Ces échecs ont largement participé au développement d’un passéisme nostalgique, érigée en alternative. Et pourtant la prise en compte de la temporalité d’un glorieux passé aurait pu réconforter et légitimité la prise en compte de la dynamique de progrès par la prise en compte des exigences de la temporalité actuelle.

Le printemps arabe doit nous inciter à tourner la page du défaitisme, du désespoir, du ressentiment et de la désillusion.  L’adoption de scénarios de progrès social et de développement global érigera le citoyen arabe, en tant qu’acteur écouté sur la scène internationale pour affirmer sa volonté de défendre ses droits. Mais cette rentrée sur scène doit répondre à l’esprit du temps, pour établir la juste parité,  instituer l’égalité absolue et abolir les différences hiérarchisées d’un autre temps. L’adoption des progrès d’avant-garde contribuera à la promotion de l’aire arabe. Mais la question requiert la réhabilitation de l’intellectuel arabe, désormais libéré de son suivisme des pouvoirs locaux, régionaux ou internationaux. Il doit rapidement se mettre à l’œuvre pour ouvrir les perspectives, dégager les pesanteurs et dé-traditionnaliser nos sociétés.  Quel ambitieux programme, pour faire face aux défis de la continuité dans l’indifférence, au mieux  du ressentiment ?

K. C.

Khalifachater@ymail.com

Par Pr. Khalifa Chater - Publié dans : Aire arabe
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Vendredi 26 août 2011 5 26 /08 /Août /2011 13:54

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Texte paru, in La lettre du jeudi, La Presse de Tunisie 25 août 2011.

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La lettre du jeudi

 

La fin de la Jamahiriya … !

Pr. Khalifa Chater

 

La bataille de  Tripoli sonne, le glas de la Jamahiriya, la  plaisanterie tragique de l’histoire. L’institution de l’improvisé, a permis à son fondateur d’établir un régime atypique et bizarre, au-dessus de la loi, qui intrigue et dérange. Ses revirements spectaculaires, suite aux révisions tragiques de son discours et de ses positions stratégiques, au grès des événements, transgressaient ses principes fondateurs. Comment procéder à cette étude de cas déconcertant du “réalisme utopique”, sinon de “l’ambiguïté destructive”. Qu’il nous suffise de rappeler sa confusion entre la résistance et le terrorisme, le tiers-mondisme et le pragmatisme anti-idéologique   et les schémas caricaturaux du fameux livre vert.

Le leader post-politique “l'exemple le plus insolite du despote oriental contemporain” (Pierre Rousselin, Le Figaro, 21 février 2011) exerçait son leadership sous l’emprise “de l’opium de la grandeur” (expression de Nizar Kaawane, membre du mouvement du 17 février, Al-Jazira, 21 août). Vivant son rêve, Kadhafi a réussi la gageure d’un régime cocasse, d’un “Etat de masse”, dirigé par sa famille et  sa clientèle. Drôle de démocratie unilatérale, occultant tout vis-à-vis, tout interlocuteur et bien entendu, tout contre-pouvoir ! L’édifice singulier devait s’effondrer comme un château de carte.  

L’étape laborieuse des négociations : Prudence stratégique, le Conseil national de transition libyen était conscient de la nécessité d’engager la bataille de Tripoli, qu’il a voulu éviter, sinon retarder. Il craignait de soumettre la population de la capitale, otage des séquelles de l’Establishment de Kadhafi, à un  bain de sang et des combats de rues qui n’épargneraient personne. Les négociations officieuses engagées montraient sa préférence de la solution de l’exil, qui aurait permis de faire l’économie d’une guerre. Kadhafi et son Establishment auraient été tentés par la recherche d’un lieu de refuge, scénario qui aurait permis d’échapper aux verdicts des tribunaux révolutionnaires.

Des négociations ont bel et bien eu lieu, le 14 et 15 août, à Jerba et Tunis. Elles sont confirmées par les informations recueillies auprès des témoins oculaires, cités par l’Agence tunisienne (TAP, 16 août), l’arrivée à Tunis, lundi 15 août de l'émissaire de l'Onu, Abdel Elah al Khatib, chargé du dossier et  la confirmation par Dominique de Villepin, l'ancien premier ministre de sa présence à Jerba, lundi 15 août avec des représentants du régime et de l’opposition (Les mystérieux voyages diplomatiques de Villepin, Le Parisien, 18 août 2011). Mais ces informations fragmentaires ne permettent ni de connaître les participants à ces discussions, ni leur teneur. Faut-il s’en étonner ? Les démentis des protagonistes attestent cependant  l’importance du non-dit et la gravité des enjeux. Alors que les insurgés posaient comme condition Sine Qua None, le départ de Kadhafi et de son Establishment, le clan adverse qui ne veut pas admettre sa défaite, essaie de gagner du temps, adoptant la tactique de la fuite en avant. Les positions irréductibles des négociateurs et le refus de Kadhafi de prendre acte de sa défaite, ont mis à l’ordre du jour, la bataille de Tripoli et de finaliser la stratégie adoptée.

La bataille de Tripoli, une stratégie globale de consensus : Elle fut engagée six mois après le début du soulèvement, cinq mois après les premières frappes de l'Otan sur la Libye. Le choix de l’heure atteste le murissement de la situation et le long travail de préparatifs et de concertation avec tous les acteurs, avant la mise en œuvre de cette opération d’envergure, pour la prise  du dernier bastion du colonel Kadhafi. La ville fut encerclée et prise en étau, avant l’assaut final.  Après quelques mois d’enlisement, les insurgés ont ouvert plusieurs fronts à l’ouest, à l’est et au sud-ouest de la capitale et  attaqué les villes les plus stratégiques. Ayant pris le contrôle de la ville de Zaouia, à 45 km à l'ouest de Tripoli, ils  ont pu disposer de sa raffinerie, la source essentielle de carburant pour la capitale. D’autre part,  ayant assuré le contrôle de la ville côtière de Zliten, à 150 km à l'est de Tripoli, ils ont coupé la voie vers la frontière tunisienne. L’étau se resserra autour de  Tripoli. Autre donnée stratégique, l'Alliance atlantique intensifia ses raids sur les environs de la capitale libyenne, alors que les rebelles s’en approchaient.

Stratégie opportune, et qui dément toutes perspectives de partitions, la résistance a estimé qu’il revenait aux insurgés de la capitale et de l’Ouest, de prendre Tripoli. Détournant la surveillance de l’Establishment, les résistants de Tripoli, armés discrètement par leurs alliés, sont sortis de leurs  centres de ralliements, les mosquées, samedi après la prière du couchant. L’effet de surprise leur permis de prendre possession des quartiers du voisinage et de se diriger vers le centre de la ville. Les insurgés bénéficiaient, bien entendu, de la couverture aérienne de l’Otan. La vacance du pouvoir aidant- le leader et les siens, réfugiés à Bab el-Aziziya ou dans leurs cachettes hors de la capitale assuraient une direction de distance - les bataillons de Kadhafi furent prompt déposer les armes. Les habitants du voisinage et des trois villes de l’ouest rejoignirent ces avant-gardes constitués par les résistants tripolitains. L’entrée le 24 août dans le complexe fortifié de Bab El-Azizia et les résidences de Kadhafi  paracheva la libération de Tripoli.

Les images diffusées par les télévisions ont montré la prise de la place Verte, lieu symbolique où les partisans de Kadhafi se rassemblaient depuis le début de l’insurrection à la mi-février. La foule en liesse, agitant des drapeaux rouge, noir et vert, aux couleurs de la rébellion, qui salua l’événement montrait que Tripoli adhérait à l’insurrection. Prise en otage, elle agissait, de concert avec les révolutionnaires du 17 février, dans la discrétion absolue que requerrait sa situation.

La Libye tourne la page de Kadhafi : L’ère de l’après-Kadhafi a bel et bien commencé. Les éventuels poches de résistance, non encore neutralisées, fournissent, certes, à l’Establishment mis en déroute un sursis éphémère. Mais elles ne peuvent remettre en question la victoire définitive des révolutionnaires, qui est en train de s’accomplir. La guerre médiatique, engagée par des survivants du régime, telle l’apparition, lundi 22 août,  de Saif el-Islam, son fils, démentant la défaite du régime,  fut une tentative désespérée, pour sauver la face et entretenir l’illusion.

Fait significatif, la victoire de Tripoli s’est accomplie, dans le respect de l’ordre révolutionnaire. Les mots d’ordre de Moustapha Abdeljalil, président du Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion libyenne ont été explicites. Il a recommandé aux insurgés, le jour même du déclenchement du soulèvement, de protéger la vie et les biens de la population, mais également de protéger les institutions et les biens publics. Il leur enjoint, par ailleurs, de ne pas piller et de traiter avec justice tous les soldats du régime qui seront fait prisonniers ou se rendront. Ces recommandations ont été, pour le moment, prises en compte, écartant le risque d’anarchie.

Priorité absolue, l’Etat libyen doit se restructurer, ou plutôt se construire, dans une totale pénurie institutionnelle. La chose n’est certes pas aisée. Mais la communauté internationale doit faire le pari sur la résistance qui a réussi à mettre sur pied la stratégie de la conquête territoriale progressive du pays et son couronnement par l’engagement de  la bataille de Tripoli, par un traitement pertinent de consensus insurrectionnel. La découverte de la liberté nécessitera un dépassement de soi, une transgression des états d’âmes, l’identification lucide des enjeux et des défis, pour réinventer les modes de gouvernances souhaités et les mécanismes de pouvoir identifiés, afin de créer, à partir d’un socle défaillant, l’état démocratique et la société civile citoyenne. Nous y reviendrons. 

Pr. Khalifa Chater

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Mardi 16 août 2011 2 16 /08 /Août /2011 14:55

Montée des périls dans l’aire arabe : bain de sang en Syrie, affrontement fratricide en Libye, statu quo meurtrier au Yémen, le ramadan 2011 n’arrêta pas l’escalade des Establishments contre leurs peuples. L’actualité  arabe annonce une éclipse  “stratégique” ou accidentelle des acteurs principaux, des autorités établis. Après ses discours de promesses de réformes, Assad  vit dans sa tour d’ivoire, privilégiant une gestion indirecte des affaires. Kadhafi, absent de la scène, multiplie ses apparitions par des enregistrements radiophoniques. Le Président Salah est retenu, hors du Yémen, par ses problèmes de santé ou peut être par ses alliés.  Et pourtant, les Establishments qu’ils dirigent, sont parrainés par leurs familles. En Libye,  Kadhafi mit  en place un triumvirat familial : à Seïf la politique et la communication, à  Moatassem, l'appareil sécuritaire et à Khamis la guerre.  Situation quasi similaire en Syrie et au Yémen où le frère d’el-Assad et le fils de Salah, soutenus par leurs familles continuent leur triste besogne. Les familles au pouvoir œuvrent sur les fronts pour sauvegarder leurs privilèges et assurer la transmission de l’héritage monarchique. Faisant valoir l’option sécuritaire, elles sont obnubilées par leurs “rêves dynastiques”, n’ayant pas réalisé la sérieuse mise à l’épreuve de leurs parrains et les leçons combien éloquentes de Tunis et du Caire. Ils sont désormais sous les feux de la rampe.

Pour “une Syrie sans tyrannie, sans loi d’urgence, ni tribunaux d’exception, sans corruption ni vols, ni monopole des richesses”, cette   pancarte brandie par des manifestants, le 15 mars 2011, à Damas,  révèle les raisons de la colère des révolutionnaires du printemps arabe et permet de définir la nature des régimes remis en cause. Plus soucieux de dégager les spécificités des Establishments contestés par le printemps arabes, les observateurs n’ont pas pris la juste mesure de la similitude de la nature de la dérive de leurs régimes autoritaires. Fussent-ils des cas d’espèces, - qu’il nous suffise de rappeler la nature tribale du Yémen, le caractère idéologique de la Syrie, le métissage pragmatique jamahyrien, difficile à définir ! -  les Establishments étatiques concernés de Tunis à Sanaa, étaient des monarchies aux allures républicaines. Après leurs leaders historiques et charismatiques, Bourguiba et Nasser, la Tunisie et l’Egypte ont subi des régimes autoritaire, corrompu et vénal, au service d’oligarchies financières et d’intérêts occultes. En Syrie, Bachar el-Assad s’est accommodé du népotisme et de la corruption pratiqués par la nomenklatura baasiste. Sans avoir la carrure de son père, le président Bachar Al-Assad, ophtalmologue de formation, peu politisé, manquait d’expérience et de charisme. Homme de renseignements, dépourvu de vision politique, Ben Ali, avait une approche sécuritaire obsédante.  Disposant d’une expérience politique certaine, étant un proche collaborateur des chefs d’Etats aux quels il a succédé, Moubarak a été aliéné par sa dépendance politique, transgressant les références de l’Egypte. De formation militaire, le président de la République du Yémen Ali Abdallah Salah, au commandement du pays depuis 1978, est usé par le pouvoir. Velléitaire, Kadhafi se distingue, depuis son accession au pouvoir, en 1969, par les virages pragmatiques de son discours de contestation absolue et atypique. 

Ces dirigeants ont considéré l’Etat comme leur propriété privée, instituant la corruption comme mode de gouvernement. Leur peur d’une transparence qui mettrait à nu leurs mécanismes de gestions des affaires, expliquerait leur paralysie des institutions de gouvernance, leur chasse  aux journalistes et le bannissement des compétences. L’éloignement des politiques et des gens expérimentés, les choix par les allégeances, les purges régulières des cadres de l’administration, - Ben Ali a même chassé ses complices du coup d’Etat -, la préférence des exécutants  aux administrateurs qualifiés, ont érigé des monuments d’incompétences, laissant les principes aux vestiaires. Rejetant le processus d’alternance du pouvoir, on modifie volontiers les constitutions afin que des détenteurs du pouvoir s’y éternisent. Logique du système et ultime perversion de la démocratie, on institue l’héritage monarchique. Bachar est le produit de ce mécanisme. Moubarak a préparé son fils Djamel pour lui succéder. La “ régente de Carthage” a pris effectivement les rennes du pouvoir, faisant valoir son choix des équipes dirigeantes et créant une dynastie familiale d’affaires. En Syrie, la règle d’alternance familiale est établie alors que les héritiers en Libye et au Yémen sont déjà au pouvoir. Le  diagnostic du politologue libanais Ghassan Salamé est édifiant :

“Les dirigeants arabes ont considéré l’Etat comme leur propriété privée. Cela n’avait plus rien à voir avec les régimes précédents. On a vu apparaître une nouvelle classe de riches hommes d’affaires alliés au régime. Cela était en totale contradiction avec l’évolution de la société, où les gens considéraient que l’essentiel reposait sur l’investissement dans l’éducation. Les jeunes ont découvert qu’ils allaient être des diplômés-chômeurs et que le passage à une économie de marché n’avait profité qu’à quelques milliers de privilégiés, voire quelques centaines seulement, enrichis de manière scandaleuse. Ces révoltes sont dirigées davantage contre les profiteurs que contre les puissants” (un autre Moyen-Orient, Courrier International, 7 août 2011).

La tournure des événements montre, selon l’expression arabe, définissant les inversions des situations, que   “la magie s’est retournée contre le magicien”. Le procès Moubarak, après la traduction de Ben Ali devant les tribunaux tunisiens -  révèle un changement de paradigme majeur (puisqu’il) marque une rupture avec une certaine culture politique locale qui assurait l'impunité aux dictateurs (Olivier Roy, Le Figaro, 3 août 2011). Dans les deux cas, on avait opté pour des tribunaux civils, pour juger, entre autres griefs, les systèmes d’enrichissement, qui étaient mis au service des clans familiaux. Les procès de deux chefs d’Etat, qui s’inscrivent, bien entendu,  dans le contexte révolutionnaire, sont confortés par leurs dimensions politiques évidentes. Elles confirment le passage du relais aux nouveaux pouvoirs, appelés à s’ériger, après l’ère de transition.

Perçus comme des procès pour l’exemple dans l’aire arabe, ils doivent inciter les chefs d’Etat contestés à prendre acte du réveil de leurs peuples, de sa prise de conscience et de sa mobilisation pour faire valoir sa prise de l’initiative. Les bains de sang ne pouvaient rester impunis, dans l’éthique de l’égalité de tous devant la loi et la justice, remise à l’ordre du jour. En Syrie, en Libye et au Yémen, l’actualité a montré que leurs régimes ont atteint des tipping points, des situations de non-retour. Les Establishments doivent en prendre acte et quitter la scène. Des accords de sortie de crise doivent être engagés par eux, pour instituer les systèmes de bonne gouvernance, qui rejette toute immunité des dirigeants officiels et remet en cause les privilèges de leurs clientèles   familiales, tribales et ethniques. Instituant l’Etat de Droit et s’engageant dans son application pendant les périodes de transition en Tunisie et en Egypte, le printemps arabe ouvre une nouvelle ère, qui sera confortée par la fin prochaine et inéluctable des républiques dynastiques  et la redynamisation de l’histoire contemporaine du monde arabe. 

 

K. C.

khalifachater@ymail.com

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Jeudi 28 juillet 2011 4 28 /07 /Juil /2011 22:56

Les opprimés écrivent l’histoire. En s’insurgeant contre les despotes, ils délégitiment leurs régimes. Ils ouvrent des perspectives de changements aux acteurs politiques. Produits de la dynamique interne, les mouvements populaires du printemps arabes ont réhabilité le citoyen. Il a désormais repris l’initiative, formulé ses revendications et explicité ses attentes. Il a, désormais le libre choix de ses représentants pour inscrire, dans les actes, ses volontés. L’avenir du pays, son projet de société et ses institutions dépendront du choix des urnes et des dirigeants qu’il choisit. La gouvernance dépendra, dans une large mesure, de cette dialectique. Peut-elle  instituer la liberté, l’ambition prioritaire, mise en avant par l’opinion publique … !

L’émergence des populations comme acteurs politiques et la promotion de leurs habitants, comme citoyens, à la faveur du printemps arabe,  sonna le glas de l’état de dépolitisation et d’apathie, des régimes de dictatures. Après leur long retrait de la sphère politique, les populations ont investi la scène, contesté et exclu leurs dirigeants, leurs agents et leurs clientèles. La reconstruction de l’espace politique redevient leur prérogative  et leur priorité. Fait d’évidence, ce retour du politique s’inscrit comme un processus de “normalisation”, en tant que sociétés démocratiques. Il implique la prise en main de leur destinée, le choix de leurs projets de sociétés et la reconstruction de leurs alliances régionales ou internationales. L’exercice électoral leur permettra également le choix des équipes  dirigeantes à même d’assurer l’application de leurs options, par la réalisation de compromis, sinon de consensus, dans l’exercice du pouvoir.

Difficile gageur, il s’agit de construire des “sociétés civiles citoyennes”, assurant la participation à la législation, au gouvernement et à la juridiction, c’est-à-dire, selon la définition de Cornelius Castoriadis, à prendre en charge “la gestion collective mais aussi l’auto-institution permanente et explicite de la société” (une société à la dérive, Points, essais, éditions du Seuil, pp. 24 et 78). Dans le contexte actuel de l’élaboration ou les révisions des constitutions, le rôle des citoyens dans «l’institution de la société» est primordial.  L’élaboration d’un projet global transgresse les peacemeal réforms, c’est-à-dire les réformes partielles, pour améliorer le système. Ayant engagé leurs révolutions par leurs propres initiatives, privilégiant leurs dynamiques internes, les sociétés du printemps arabes doivent créer,  inventer et adapter les institutions qui devraient les régir. La quête de sens, l’écoute des attentes et, en premier lieu des exigences démocratiques des temps nouveaux, mettraient à l’ordre du jour des débats généraux novateurs, forts opportuns, pour réussir la phase institutionnelle décisive. Cette approche éviterait  tout placage institutionnel et permettrait d’instaurer des garde-fous, pour sauvegarder les postulats de la démocratie, de la modernité, de la culture de la paix et de la solidarité. Dans cet ordre d’idées, les mots d’ordre des  révolutions arabes relatives à la bonne gouvernance et aux revendications d’émancipation et de bien être social, ne doivent pas être occultés.  

Depuis la chute du communisme, les politiques affirment volontiers que le néo-libéralisme constituerait la seule perspective. La majorité des partis politiques, y compris ceux des pays  qui ont opté pour l’élection préalable d’assemblées constituantes, s’inscrivent dans cet idéaltype. Notons cependant, que les entrepreneurs ont participé à la mise en cause des régimes en Egypte et surtout en Tunisie et dénoncé les positions dominantes sinon les monopoles de fait exercés par les mafias familiales, dans le monde des  affaires. Fussent-ils culpabilisés par  un certain sentiment populaire spontané - dans la logique de lutte de classe -, ils  font valoir leurs revendications et demandent de mettre fin  au “ règne des inspecteurs”, système quasi institutionnalisé de harcèlement bureaucratique des entreprises. Nous ne sous-estimons point le rôle de cette minorité influente. Mais il faut relativiser leur impact, dans ces  révoltes des régions rurales misérables, qui ont déclenché la contestation. Il faudrait, en effet, répondre à la désillusion et à la lassitude  de ceux qui attendent un rapide passage aux actes, une satisfaction urgente des demandes sociales et politiques. La tentation du populisme conséquence du malaise social peut être mise à l’ordre du jour par des acteurs qui promettront une redistribution des richesses. Fait d’évidence, l’adoption de programmes sociaux ciblés, par les gouvernements de transition, sommés de traiter les questions d’urgence, rappelle la nécessité d’accroitre  le rôle de l’Etat dans l’économie nationale. Certains politiciens estiment cependant que la fragilisation de l’économie diffère nécessairement la réponse aux revendications collectives dans les différents secteurs et que la construction de la relève, après la remise sur pied des nouvelles institutions n’est pas aussi aisée et aussi rapide.  Dans le court terme, on ne peut que traiter les contentieux et répondre aux urgences. Une bataille entre démocrates et populistes peut donc marquer les campagnes électorales et davantage les affrontements underground.

En tout cas, les inscriptions des partis, gauche, centre ou droite, selon les repères de la lutte idéologique d’antan, semblent plutôt formelles. La définition employée pour définir le processus de formations des partis, en Tunisie comme un “recyclage des vieilles idéologies”, par le caricaturiste Lotfi Ben Sassi, (La Presse Magazine , 12 juin 2011), est approximative, selon les exigences de l’art caricatural. Elle ne correspond pas à la configuration du paysage politique du printemps arabe, en dépit des survivances de certains partis de l’ère prérévolutionnaire. Plus que sur les choix socio-économiques, les partis s’opposent davantage sur la redéfinition de l’identité,  la lecture des référentiels et le choix de projet de société moderniste ou passéiste. Ils divergent essentiellement sur la question de la prise en compte ou non de la dimension religieuse. La classe politique se positionne par rapport à cette nouvelle radicalité, qu’elle appréhende. Le lancement, en Tunisie, du Pôle Démocratique Moderniste, un groupement de partis politiques et d’initiatives citoyennes indépendantes, exprime une volonté de rapprochement, dans le cadre d’une peur d’une remise en question des acquis du projet bourguibien.

La classe politique qui a réactualisé son discours, ou révisé ses références, ne se présente point comme un bloc monolithique. Elle est traversée  de vents contraires, fussent-ils réguliers ou fluctuants ! Les positions s’affrontent ou se rapprochent au sein d’un mouvement multiforme, porté par une puissante volonté de changement, dans une compétition pour le choix du projet de société et la prise du pouvoir. Les diagnostics qui parlent de démocratie sans démocrates» ou de la fin  en Egypte  du dictateur et non de la dictature (Mamoun Fendi, Ach-Charq al-Awsat, 12 juin 2011),  traduisent l’empressement des acteurs. Même en période révolutionnaire, il faut donner du temps au temps,  prendre en ligne de compte la pesanteur politique et, bien entendu, les rapports de forces internes et externes.

Les régimes en reformation doivent répondre aux sollicitations et aux peurs de leur environnement. Fait d’évidence, dans l’aire arabe, c’est la contre-révolution externe qui est plus opérante, plus grave et plus agressive. Elle tente de limiter les ambitions de la dynamique interne, de peur d’une exportation de la révolution. Vu ces considérations, la réflexion élaborée  des acteurs de la reconstruction de l’espace politique, dans l’aire du printemps arabe, inscrit nécessairement les exigences démocratiques fondatrices et les perspectives de redéfinition des rapports Nord/Sud, qu’elles ouvrent. Elle doit être engagée, en l’absence de prêt à penser, de  programmes clés en main, sans oublier que nous vivons l’ère post-idéologique. Elle doit répondre aux défis, imaginer et mettre en œuvre, Mais le débat doit nécessaire soumettre à la critique, les différents paradigmes  dominants. Nous y reviendrons.

K. C.

khalifachater@ymail.com

 

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Samedi 9 juillet 2011 6 09 /07 /Juil /2011 13:00

Vidéo sur le site d'ARTE :

 

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