La géopolitique a son " langage des signes ". Au-delà des faits saillants, qui marquent l’actualité, où les médias exercent un
processus de trie nécessairement subjectif et partisan, l’observateur averti doit rechercher les "signes", susceptibles d’annoncer les faits d’avenir, ou du moins les éventualités possibles.
Faits d’annonce ou présages, ces signes constituent des éléments de la "géopolitique prospective" ou "virtuelle". Ils ne doivent, en aucun cas, être occultés ou sous-estimés.
Des signes pertinents, coexistent avec les importants repères de l’actualité internationale, cette semaine, tellesl'épidémie de grippe A/H1N1 et la pandémie "imminente", qu’elle peut annoncer, l’évolution de la question du Moyen-Orient, les enjeux,
ambitions et mises à l’épreuve de la politique américaine.Tentons une lecture de ces signes qui risquent d’avoir
leurs effets d’entraînement ou même de marquer la géopolitique de demain :
1 - La création d'une cour d'appel islamique pour la vallée de Swat et d'autres régions du nord-ouest du Pakistan, annoncé le samedi 2 mai. Concession majeure du gouvernement pakistanais, dans le cadre d'un accord de paix destiné à mettre fin à deux
années de combats entre les forces de sécurité et les talibans, cette décision dépasse son cadre conjoncturel. Elle risque d’avoir valeur de précédent, dans
cette conjoncture de débat entre les partisans d’une vision passéiste et les défenseurs d’une promotion moderniste de l’aire musulmane. A juste titre, Washington dénonça, comme une capitulation,
l'accord de paix conclu en février, qui annonçait cette mesure. Cette décision doit être replacée dans le contexte de la guerre d’Afghanistan et les dérives qu’elle mettait à l’ordre du jour,
outre son extension au territoire pakistanais. Ne faut-il pas réévaluer la politique américaine dans cette contrée dévastée par une longue guerre d’usure, enclenchée durant la
guerre froide. Elle doit également faire valoir un traitement politique de la question afghane, dans le cadre de la construction d’un consensus de la communauté
internationale.
2 - L'augmentation récente des importations d'équipement militaire dans le Moyen-Orient et particulièrement dans les pays du
Golfe. Le journal Khaleej Times, rapporta, le 30 avril 2009, que les Etats Arabes Unis ont été classés troisième acheteur d’armes dans le monde, derrière la Chine et l'Inde.
D’autre part, l'Arabie Saoudite et l'Irak ont effectué d’importants accords d’achat d’armes. L'augmentation de ces dépenses militaires atteste une perception des menaces régionales, en relation
avec l’affaire iranienne et les craintes d’une intervention israélienne, qui "mettrait le feu aux poudres". Il représente un effort par les Etats de l’aire de devenir plus indépendants
militairement du bouclier américain. Or la baisse du prix du pétrole et les effets de la crise économique risquent de limiter la marge de manœuvre des pays pétroliers.
3 - Les agences de presse ont annoncé dimanche 3 mai que les troupes russes barrent les frontières géorgiennes avec l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, les
deux régions séparatistes, mettant en application l'accord signé jeudi entre la Russie et ces deux régions. Ce déploiement russe qui
intervient quelques jours avant le début des exercices de l'OTAN en Géorgie, re-actualise le conflit entre la Russie et la Géorgie, déclenché le 7 août 2009. Il exprime des velléités du pouvoir
russe d’affirmer ses prérogatives dans son aire géopolitique d’antan et de surveiller les nouvelles alliances de ses anciens protégés. Il ne s’agit, en aucun cas, d’un retour à la guerre froide,
vu l’état des rapports de forces. Mais ces repositionnements de la Géorgie, de l’Union Européenne, des Etats-Unis et de la Russie peuvent exercer des freinages et peut être mettre à l’épreuve la
stabilité régionale.
Quelle est la signification de ces "présages", dans l’identification des nouveaux enjeux de la géopolitique
internationale ?