Mardi 19 mai 2009

Les entretiens Obama/Netanyahu, lundi 18 mai, s’inscrivent dans la mise en oeuvre de la nouvelle stratégie américaine au Moyen-Orient. Fait collatéral, la guerre contre Gaza, déclanché à la veille de la prise du pouvoir par le nouveau Président américain, devait lui permettre de prendre la mesure de l’ampleur de la tragédie humanitaire et de réaliser ses effets d’entraînements. Voulant instituer des relations apaisées, réussir une réconciliation générale de l’Amérique avec le monde, le Président Barak Obama inscrit le processus de paix comme priorité de son ordre du jour. Fait significatif, le premier geste de sa présidence avait été d'appeler le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. La nomination de George Mitchell, l'architecte de la réconciliation irlandaise, comme  envoyé spécial et la définition de son approche (solution de deux Etats, arrêt de la colonisation) traduisent sa volonté de rupture avec ses prédécesseurs. Les précédents présidents avaient certes fait valoir la nécessité de créer l’Etat palestinien et de dynamiser le processus de paix, dans le cadre de la Feuille de route, du Quartet et de l’accord d’Annapolis. Mais par indulgence et prise en compte des réelles désirata de leur allié, ils ne soucièrent guère de l’application du discours. Barak Obama, par contre, était bien décidé à tourner la page de cette "ambiguïté américaine", ce ménagement de l’allié que les Arabes définissent volontiers comme une "politique de deux poids, deux mesures».

La lecture de la conférence de presse, montre que la réunion Obama/Netanyahu se termina par "un accord sur rien" ou presque. Les deux présidents se bornèrent à énumérer leurs désaccords. Est-ce à dire qu’elle fut négative ? Nous ne pensons pas. Le Président Obama a fait sienne, les exigences de la communauté internationale, rappelé les engagements pris  par les précédentes instances, exprimé son attachement à la formule de deux Etats, réclamé la fin de la colonisation et invité son partenaire à saisir l’opportunité de construire la paix. Les réponses de Netanyahu ont permis, au Président américain, de réaliser que son partenaire est soucieux de différer le processus de paix, par sa stratégie procédurière, ses manœuvres et recherches de prétextes. Netanyahu tenta de détourner le débat vers le nucléaire iranien, le considérant comme priorité obsédante. Ultime manœuvre, l’Etat israélien qui possède l’arme nucléaire, rappelée judicieusement récemment, par l’administration américaine, continue son discours rituel sur la sécurité, en dépit des rapports de forces qui lui sont favorables. Or la communauté internationale a bel et bien identifié l’agresseur au Moyen-Orient. Fait d’importance, prenant le contre-pied de Netanyahu, le Président Obama estima que le traitement de la question palestinienne peut concourir à la solution iranienne. Nous rejoignons son point de vue, estimant que le processus de paix permettrait d’empêcher de développer les surenchères iraniennes, intégristes et autres, sur le terreau palestinien. Elle faciliterait dans l’ensemble de l’aire du Moyen-Orient, y compris Israël, la déradicalisation les opinions publiques.

La conférence de presse Obama / Netanyahu donne un certain éclairage sur la teneur de leurs entretiens, en tête - à- tête. Le non dit est sûrement plus important que ce qui a été rendu public. Cette prise de distance du Président américain, par rapport à la politique israélienne doit être soulignée. Est-ce que la divergence des points de vue,  qui fait valoir une prise en compte de la nécessité américaine de réviser sa politique vis-à-vis des pays arabes et les pays musulmans qui constituent leur profondeur stratégique, remet à l’épreuve  leur alliance organique et libère la marge de manœuvre des Américains ? Est-ce que l’Etat israélien, dépendant du soutien financier, militaire et sécuritaire des Etats-Unis, peut se rendre à l’évidence et s’inscrire dans la nouvelle politique américaine, multilatérale, privilégiant le dialogue à la guerre préventive, soucieuse de redorer le blason américain, mis à mal par les dérives de la précédente législature.

La mise de cette nouvelle volonté, au service de l’idealtypus générique américain, de la prise en compte des principes onusiens et des traités et motions adoptés en application, doit être chaleureusement souligné.   Ce renversement de perspective, qui sera confirmé lors des entretiens avec les Présidents Moubarak (26 mai) et Aboumazen (28 mai) sera vraisemblablement explicité, lors du discours du Président Obama aux pays d’Islam (Le Caire, 4 juin). Nous ne sommes certes qu’au début de l’opération.  Elle exigera cependant, pour mettre en échec les manœuvres dilatoires bien connues,  un enrichissement des termes de référence, par une affirmation des positions des partenaires arabes, exigeant  un arrêt ferme de la colonisation, un arrêt de "la pacification coloniale" et une restitution des terres occupées en 1967. Il faut, d’autre part, re-actualiser le "linkage" - le lien entre les avancées du processus de paix et la normalisation. Une telle réponse arabe, conforme aux vœux de l’opinion publique, permettrait de soutenir l’initiative du Président Obama et d’ouvrir les perspectives de l’entente, de la normalisation et pourquoi pas, de la coopération.

Pr. Khalifa Chater

- Publié dans : Aire arabe
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