Lundi 22 juin 2009

Les médias arabes ont privilégié, dans leur lecture du discours du Président Obama, adressé aux musulmans (Le Caire, 4 juin 2009), son souci d’inaugurer une nouvelle ère de partenariat entre l’Amérique et le monde musulman, de réviser l’alliance exclusive des Etats-Unis avec Israël et sa compréhension de la tragédie palestinienne. Ces aspects positifs ne sauraient être occultés. Ils annoncent une ouverture sur le Moyen-Orient, confortée par une volonté de relancer le processus de paix et de finaliser la solution des deux Etats. En dépit de sa portée, ce discours novateur suscita un débat entre ceux qui voient le verre à demi plein (affirmation du droit du peuple palestinien, prise en compte de sa tragédie et critique de l’expansion des colonies) et ceux qui voient le verre à demi vide (position équidistante entre l’agresseur et l’agressé, absence d’une formulation explicite de l’évacuation de la totalité des terres occupées, en 1967, pas de référence au Droit du retour). Concession ultime, son envoyé spécial George Mitchell a repris le concept mis en avant par l’Establishment israélien, dans le cadre des manœuvres de blocage, à savoir la définition de "l'Etat juif d'Israël". Fut-elle destinée à rassurer l’Etat hébreux, cette concession qui fait valoir un préalable, sinon un postulat, peut remettre en cause le processus.

Quelles sont les chances d’une initiative américaine de relance, alors que le Président Obama n’a pas encore révélé son plan d’action, pour imposer la finalisation du processus ? Malgré les profondes divergences entre l'administration Obama et le gouvernement Nétanyahou, George Mitchell a cherché, mardi 9 juin, lors de ses entretiens avec les responsables israéliens, à assurer l'Etat hébreu du soutien intact des Etats-Unis. Dans ce cadre, il a omis de le conditionner par le retour à la négociation, le démantèlement des colonies, la destruction du mur de l’apartheid, condition sine qua non de la normalisation.

La référence à l'initiative arabe de paix est encourageante. Notons cependant que son appréciation par le Président Obama : "un début important, mais non la fin de leurs responsabilités" suscite des inquiétudes. Est-ce à dire, qu’on annonce une demande de concessions supplémentaires au partenaire arabe, alors que son vis-à-vis campe sur ses positions. Notons cependant que la formulation de l’approche globale du Président Obama annonce un retour aux normes de l’humanisme américain qui ne peut s’accommoder de cet Etat de non-Droit. Prenons la juste mesure de cette dynamique annoncée !

Notons d’autre part, que le discours d’Obama atteste sa connaissance de l’Islam, débarrassée des faux stéréotypes, instrumentés par ses ennemis. Il cite avec pertinence des versets du Coran, qui légitime sa lecture. Il fait valoir que «l'islam tout au long de l'histoire, a donné la preuve, en mots et en actes, des possibilités de la tolérance religieuse et de l'égalité raciale». A l’appui de ces données, il enterre la doctrine du "choc des cultures", qui a fondé cette animosité et tenté de justifier la culture de la violence. Position lucide et courageuse, le Président Obama déclara que : « l'Amérique et l'islam ne s'excluent pas et qu'ils n'ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l'Amérique et l'islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain Â». En conséquence de ce diagnostic, rejetant les partis pris et les fausses vérités du Politiquement correct occidental, il déclara :  Â«Quand il s'agit de combattre l'extrémisme violent, l'islam ne fait pas partie du problème - il constitue une partie importante de la marche vers la paix».

Peut - être devrait-il davantage prendre en considération l’élan de progrès qui anime les élites musulmanes, qui font valoir une lecture du référentiel, tenant compte des défis du monde contemporain. Le Président Obama évoque comme un respect de la liberté de la communauté musulmane, l’autorisation du port du hijab par certaines jeunes filles musulmanes aux Etats-Unis. Cela se comprend, dans la société américaine, respectueuse des us et coutumes de ses différentes communautés. Peut être faudrait-il remarquer que "le retour au Harem", annonce plutôt des velléités conservatrices et dans certains cas intégristes. Un programme de dynamisation de l’éducation des jeunes filles musulmanes leur permettrait de s’ouvrir de nouveaux horizons et  d’assurer la formation d’une jeunesse évoluée, vivant au diapason de son temps.

En dépit de ces réflexions, qui s’expliquent par les grandes attentes de ce porte-parole de la nouvelle Amérique, qui se veut humaniste, généreuse et solidaire, le discours d’Obama au Caire annonce un véritable tournant géostratégique que nous saluons.

 

Pr. Khalifa Chater

- Publié dans : Relations internationales
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