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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 11:22

Comment expliquer la reformulation de la solution jordanienne, présentée comme alternative à la création de l’Etat palestinien.  Elle consacrerait la mise en échec par le gouvernement israélien du processus de paix, des accords d’Oslo et des négociations de la feuille de route. Profitant d’une « tolérance» internationale, expression de la politique de « deux poids, deux mesures », les autorités de Tel Aviv croient pouvoir, par l’entremise de ce subterfuge, remettre en cause les décisions onusiennes, relatives à la condamnation de l’occupation, à la solution de la question des réfugiés et à la création de l’Etat palestinien.

Comment sortir de l’impasse, alors que les événements attestent une montée des périls, un triomphe des réactions de désespoir, une partition de faits des territoires occupées ? L’absence, en Israël, d’un leadership national, à l’instar de Rabbin, a laissé le champ libre à des acteurs secondaires, plus préoccupés de statu quo, occultant le souci de paix, de normalisation et d’intégration dans l’aire moyen-orientale. Or les leçons de l’histoire ont fait valoir que les politiques de colonisation et d’apartheid sont condamnées à plus ou moins brèves échéances.

Du côté palestinien, la restauration de l’unité nationale apparaît comme une exigence de première nécessité. La conquête de l’indépendance requiert l’affirmation d’un leadership national, pour adopter en commun la stratégie de la résistance, de la négociation et du recouvrement de la souveraineté. Toute division ne peut que retarder la solution.

 

Khalifa Chater

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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 14:10

Il n’appartient pas à tout le monde de traiter la crise financière. Faut-il cependant la passer sous silence, alors qu’elle risque d’affecter notre quotidien ? Ne serait-il pas inopportun, d’autre part, de confier le monopole des analyses aux experts financiers, au risque d’occulter la donne géopolitique qui échappe à leur compétence ? Certaines vérités méritent cependant d’être rappelées :

1- Dans le cadre de l’économie monde, la crise est appelée à connaître une extension quasi universelle. Alors que ses premières manifestations sont apparues aux Etats-Unis, la crise a émigré presque instantanément vers le monde occidental. Peut-elle épargner le Sud, l’ancien Tiers-monde et ses Etats émergeants ? Dans un autre temps, la crise de 1929 a exercé ses effets néfastes partout dans le monde, y compris les colonies reliées alors aux attelages métropolitains. Or, depuis lors, la mondialisation a fait des progrès d’envergure.

2 - Les concertations entre les puissances semblent privilégier un traitement consensuel de la crise. Cela concerne davantage le discours. La réalité est bien plus complexe. Peut-on parler d’un sauve qui peut ? Nous n’en sommes pas encore là. Mais le régime capitaliste est fondé sur la compétition, la concurrence, la rivalité, la lutte pour conquérir les marchés et maîtriser les sources de matières premières. La diplomatie commerciale des puissances est à l’ordre du jour, avec les stratégies préventives qu’elle implique. Dans quelle mesure est-ce que la nouvelle conjoncture ne favorisera pas la re-actualisation de la guerre de l’Euro et du dollar, par exemple ?

3 - Faut-il rejeter les thèses de ceux qui évoquent une orchestration de la crise et se risquent à s’interroger sur ces maîtres d’oeuvre, qui auraient par la suite, l’opportunité de retirer les marrons du feu. La complexité des jeux underground ne permet pas de dégager une réponse. Dans une large mesure, le jeu international s’opère comme un théâtre d’ombres, dont la scénographie ne montre que des figurants. D’autre part, on n’est pas encore en mesure de savoir à qui la crise doit profiter.

4 - Serait-il hasardeux d’affirmer que la tension internationale peut être mise en relation avec la campagne électorale américaine, pour servir le clan républicain et faire échec aux partisans du multulatéralisme et de la concertation internationale. Des observateurs ont avancé cette thèse et évoqué, à l’appui, les velléités de retour à la guerre froide. Les progrès actuels d’Obama, si l’on en juge d’après les enquêtes pré-électorales, ne semblent pas en mesure d’étayer cette thèse. Et d’ailleurs, la situation internationale actuelle et la prise de conscience de l’opinion américaine inciteront nécessairement le nouveau président américain, qu’il soit démocrate ou républicain, à réviser l’unilatéralisme, à se mettre à l’écoute  du monde et à favoriser un retour aux normes américaines.

5 - Fait d’évidence, la crise a révélé qu’elle était une conséquence d’une dérive  de l’application du capitalisme libéral. Après la mise en échec du communisme, certains ont crû devoir ou pouvoir instituer un capitalisme sauvage et débridé. La crise est en mesure de remettre les pendules à l’heure, de condamner le jeu spéculatif et d’imposer une moralisation de la gestion, au profit de tous.  Prenons la juste mesure de ce rappel à l’ordre.

 

Khalifa Chater

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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 21:17

Dans quelle mesure est-ce que le voyage du Président Nicolas Sarkozy en Syrie (3-4 septembre) constitue un événement historique, susceptible de changer la donne géopolitique au Moyen-Orient ? L’ère post-guerre froide, qui a institué l’ordre monopolaire, a assuré une prédominance américaine dans cette aire et limité la marge de manoeuvre des puissances européennes, sur cette scène. La prise de distance du Président Chirac de la politique engagée par l’Establishment américain, en Irak, a permis à la France d’affirmer son autonomie de décision et de gagner l’opinion publique arabe, traumatisée par l’intervention militaire et la « pacification », qui s’en suivit. Cette politique, qui aurait vraisemblablement, des effets bénéfiques dans le long terme, l’a cependant exclu naturellement, lors des partages des bénéfices de l’opération (pétrole, marchés de reconstruction, alliance avec le nouveau pouvoir de Bagdad). Le rapprochement franco-américain lors du traitement de la question libanaise et la révision de la politique américaine de la France, par le Président Sarkozy, - nous n’irons pas jusqu’à parler de son atlantisme - n’ont pas changé profondément la donne, en dépit d’une coordination évidente de la politique des deux acteurs occidentaux en Afghanistan. Les faits géopolitiques sont têtus. Ils consolident, pour longtemps, les bénéfices du leadership.

Le Président Nicolas utilise les opportunités de la nouvelle conjoncture à savoir l’éclipse électorale américaine, fut-il ponctuelle, l’exercice par la France de la présidence de l’Union Européenne et les velléités de changement de la politique syrienne, qui a révisé sa politique au Liban et engagé des négociations indirectes avec Israël. L’impasse de la question du nucléaire iranien -   puisque l’Europe s’oppose à Téhéran mais ne peut se résoudre à soutenir une riposte militaire américaine ou israélienne contre lui - incite le Président français à solliciter une entremise syrienne, pour inciter l’Iran à répondre avec bienveillance aux propositions européennes. La «normalisation » de ses relations avec la Syrie permettrait à la France d’assurer sa présence sur la diplomatique proche orientale, dominée par les Etats-Unis. D’ailleurs, le président français a affirmé, le 4 septembre, que la Syrie «avait un rôle à jouer» dans la résolution de tous les conflits de la région qui « sont liés ». Et ne perdons pas de vue les objectifs industriels et commerciaux de la politique française.

De ces points de vue, le voyage du Président Sarkozy fut couronné de succès. Il lui a permis d’assurer une plus grande présence française sur les marchés syriens, de confirmer le rapprochement libano-syrien, de tenter une opportunité de dialogue avec Iran et de proposer le parrainage de la France, aux négociations indirectes israélo-syriennes.  Cette percée française sur la scène moyen-orientale doit néanmoins s’accommoder des rapports de forces dans la région et de la nécessaire participation des USA au processus de paix, que le Président syrien, par réalisme politique, rappela publiquement, au cours de la conférence de presse, mercredi. D’autre part, les pourparlers Assad/Sarkozy n’avaient pas l’ambition de décrocher la Syrie de l’axe Téhéran-Damas. Alors que Sarkozy demandait au Président Assad de transmettre son message au pouvoir iranien, Assad lui rappela la politique traditionnelle syrienne, en faveur de la dénucléarisation du Moyen-Orient et défendit l’argumentaire iranien, en faveur de l’utilisation du nucléaire civil, expliquant la crise par un simple manque de confiance entre les acteurs. L’entretien Sarkozy/Assad permit de dissiper les malentendus, de rapprocher les points de vues, par une transgression bien opportune de la politique d’exclusion et de culpabilisation. La France a eu le mérite de considérer l’unique Etat laïc du Moyen-Orient arabe comme un partenaire pour la stabilité de l’aire, à la merci des dérives intégristes.

L’organisation, jeudi 4 septembre, d’un sommet quadripartite -baptisé « Dialogue pour la stabilité » - et  réunissant, outre la France, Présidente de l’Union Européenne, la Syrie, Présidente de ligue des Etats Arabes, le Qatar, Président du Conseil du Golfe et la Turquie, organisatrice des négociations indirectes entre la Syrie et Israël, devait engager des concertations entre ces importants acteurs sur les questions de la stabilité, de la paix et de la sécurité dans l’aire. Pouvait-on évoquer la mise sur pied d’un axe alternatif, susceptible d’assurer une nouvelle direction diplomatique de la scène moyen-orientale ? Sans doute devrait-on prendre la mesure de l’occultation du leadership de l’Egypte et de l’Arabie Séoudite ? Fait évident, ce sommet consacre de nouveaux acteurs, en relation avec les nouvelles priorités (négociations indirectes, question iranienne etc.) et les interventions de nouveaux acteurs et/ou protagonistes sur la scène. Nous avons évoqué le message français à l’Iran, par l’entremise de la Syrie. D’autre part, l’Emir du Qatar a affirmé, lors de ces assises, qu’il «ne faut pas introduire les pays du Golfe dans une guerre contre l’Iran ». De son côté, le Président Bachar al-Assad a affirmé que la situation dans le Caucase, suscite son inquiétude. Il ne veut pas, dit-il, d’une nouvelle guerre froide dont le Proche-Orient ferait les frais, puisqu’il deviendrait son aire de confrontation.

A cet effet, il a affirmé que ce sommet, n’a pas pour objectif de créer de nouvelles zones d’influences, qu’il avait comme ultime objectif de servir la paix et la stabilité et qu’il a évoqué le rôle des USA, après les prochaines élections. Même politique de prudence du Président Sarkozy, qui rappela le rôle de l’Egypte et de l’Arabie, absentes de cette instance. Le Sommet quadripartite privilégia néanmoins de nouveaux acteurs et met à l’ordre du jour de nouvelles approches diplomatiques. Est-ce à dire que nous sommes en présence d’un nouveau tournant au Moyen-Orient ? Disons plutôt que ces entretiens expriment des velléités, traduisent de nouvelles attentes internationales, européennes et arabes. Mais peuvent-ils réellement mettre à l’épreuve les données effectives sur le terrain.

Chasses croisées, des voyages du Président Sarkozy dans le Machrek (l’Orient) et de la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, au Maghreb. Après une visite historique en Libye, vendredi 5 septembre, où elle a rencontré vendredi le leader libyen Mouammar Kadhafi et ouvert un nouveau chapitre entre les deux anciens ennemis, Condoleezza Rice a poursuivi sa mission en Tunisie, Algérie et au Maroc.

Professeur Khalifa Chater

 

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Published by Professeur Khalifa Chater - dans Relations internationales
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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 09:40

«La fin de la menace massive ne signifie pas la paix. Si l’illusion était tentante, la prolifération des crises et conflits hors d’Europe (Irak) ou en Europe même (dans l’ancienne Yougoslavie qui éclate avec l’URSS, dans le Caucase, aux confins asiatiques de l’ancien empire) devrait vite la dissoudre... » (Dominique David Sécurité : l’après-New-York Presse des Sciences Po. Paris 2002  p. 17). 

Le déclanchement de la guerre de Géorgie engage un re-examen de la géopolitique internationale, une re-évaluation des mutations du jeu des acteurs sur la scène-monde, une redéfinition de notre conjoncture d’histoire immédiate appelée hâtivement post-guerre froide. Dans son analyse pertinente, Dominique David, estime que la fin de la guerre froide, constitue « une révolution » tout en étant « une non-guerre» et il fait  valoir que le « différentiel de puissance » dont s’assure désormais les Etats-Unis met fin à «l’antagonisme des blocs militaires»  (Dominique David Sécurité : l’après-New-York op.cit. pp. 12-15).  Bien entendu, les considérations stratégiques étaient confortées par la « guerre idéologique », entre le capitalisme et le communisme, permettant aux deux protagonistes de légitimer leur différend et de définir leurs aires d’alliances.

Dans ce contexte de l’après-guerre froide, du désaveu du communisme en Europe centrale et orientale et de l’homogénéisation idéologique qu’il engagea, la Russie se résigna à voir ses anciens alliés quitter le bateau. Plusieurs d’entre eux rejoignirent l’Union Européenne et/ou de l’Otan.  L’Ukraine et la Géorgie engagèrent le processus de leur intégration dans le club atlantiste. Assumant leur alignement, la Pologne et de la République Tchèque permirent aux Etats-Unis d’envisager de déployer sur leur sol, leur bouclier anti-missile, soi-disant, pour protéger leur territoire contre d'éventuelles attaques de pays comme l'Iran. Situation asymétrique, caractérisée par l’éloignement de la menace des Etats-Unis et de la défense territoriale qu’elle implique, alors que la Russie a comme voisins des alliés du clan adverse. Sur les autres scènes (Irak, Palestine Afghanistan Iran etc.) la Russie dut prendre acte de son statut d’acteur de deuxième niveau, sinon de comparse, dans l’ère monopolaire. En dépit de l’entrée sur la scène internationale, d’autres acteurs, particulièrement l’Union Européenne et la Chine, le jeu géopolitique reste dominé, dans une certaine mesure, par « les adversaires-partenaires» (expression de Raymond Aron) de la guerre froide. Mais les Etats-unis ont profité de la redimension effective de leur challenger de la guerre froide et de la rupture de l’équilibre bipolaire qui s’en suivit, pour étendre, comme on l’a vu, leurs moyens et leurs champs d’action.

Dans cette analyse de l’enchaînement des faits depuis la chute du mur de Berlin, il apparaissait que Moscou a «peu de chance de reconstruire, à moyen terme, une vraie puissance extérieure avec une capacité de projection militaire massive » (Ibid, p. 16). Or, la guerre de Géorgie semble annoncer un tournant, vu le processus de redynamisation militaire (intervention en Géorgie) et diplomatique (position différentielle sur la question du nucléaire iranien), mis en oeuvre par l’Establishment russe. Le duel américano-russe pourrait s’engager, par acteurs interposés, dans le nouveau contexte. Nous retrouvons les termes de référence identifiés par l’analyse de Dominique David : «Au temps de l’affrontement EST-OUEST, dit-il, la garde du sanctuaire était première, centrale, l’action extérieure marginale ». Or, désormais « l’essentiel de la problématique est tourné vers l’organisation de l’intervention de stabilisation extérieure (op. cit. p. 19).

Dans la crise actuelle, le rôle de l’Union Européenne et du Président Sarkozy, a permis d’élaborer, dans l’urgence, un accord de cessez le feu. Les observateurs ont souligné l’attentisme américain, tempéré par un engagement diplomatique, la pause de réflexion atlantiste et l’absence du consensus nécessaire au sein du Conseil de Sécurité. Le compromis conjoncturel du cessez le feu, a eu certes, le mérite d’arrêter les affrontements meurtriers ; mais il laisse plusieurs questions en suspens, difficiles à régler par les instances internationales. Peut-on exclure, comme geste de sagesse, un accord bilatéral lorsque les relations seront apaisées ? 

Notons, dans le cadre des repositionnements signalées, dans l’aire de voisinage de la Russie, son ancien glacis protecteur, la signature le 20 août à Varsovie, par la Pologne et les Etats-Unis d’un accord de coopération militaire qui prévoit l'implantation d'ici 2012 de dix intercepteurs capables de détruire en vol d'éventuels missiles balistiques à longue portée. L’empressement des signataires s’explique par l’escalade de la guerre de Géorgie. La présence à sa frontière de ce bouclier antimissile et le déploiement, en Pologne, des batteries anti-aériennes de dernière génération ne sont pas de nature à dissiper les craintes de la Russie. Des interventions militaires préventives, contre la Russie ou la Pologne ne peuvent plus être exclues. Elles sont susceptibles de remettre à l’ordre du jour la course aux armements.

Comment définir, dans ces conditions, la nouvelle ère qui s’annonce ? Fin du monde monopolaire ? Retour à la guerre froide ou du moins à la course aux armements ? Prémices d’un monde multipolaire ? Peut être faudrait-il tout simplement inscrire les guerres de l’ère post-guerre froide dans les effets d’une géopolitique de puissance et des affrontements qu’elle annonce et génère ? Nous pensons plutôt qu'il serait prématuré de conceptualiser les soubresauts de cette conjoncture.  

 


Professeur Khalifa Chater

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9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 14:43

Fait indéniable, la Russie et la Géorgie  sont désormais en guerre. Le déclenchement dans la nuit du jeudi à vendredi, par l'armée géorgienne d'une offensive militaire contre sa région séparatiste pro-russe rebelle d'Ossétie du Sud -  a mis le feu aux poudres. L’armée russe a pris fait et cause pour les habitants de l’Ossétie, dont l’allégeance à la Russie est incontestable et rappela pour légitimer son intervention militaire, le vendredi 8 août 2008, que plusieurs d’entre eux disposaient, de passeports russes.

Les discours des protagonistes  attestent que la situation reste grave et assez confuse. Le nombre des victimes de la « pacification » géorgienne - 1400 habitants d’Ossétie du Sud, selon le président ossète, Edouard Kokoïty et bien entendu de nombreuses victimes des affrontements russo-géorgiennes -, l’escalade qui s’en suivit et les risques de l’internationalisation  rendent la situation géopolitique bien préoccupante.

Prenons la juste mesure de la gravité de cette nouvelle guerre de l’ère post-guerre froide, inaugurée par la guerre d’Irak et le bouleversement du Moyen-Orient qu’elle a provoqué.  A la suite de l’implosion de l’URSS, la Géorgie confirma sa déclaration d’indépendance. Mais elle dut prendre acte de l’affirmation de l’autonomie des deux républiques de l’Abkhazie au nord-ouest et de l’Adjarie au sud-est, ainsi que de la région autonome de l'Ossétie dans le centre-nord du pays. Suite à cette volonté d’intégration nationale et de l’émergence du mouvement séparatiste contestataire, la Géorgie riposta militairement contre les Ossètes (1990 -1992), suite à la déclaration d'indépendance de l'Ossétie du Sud en 1990 et contre les sécessionnistes abkhazes (1992 -1993). Ces conflits s’expliquaient par l’affirmation des ethnies et/ou des nationalités, lors des restructuration des anciens Etats de l’URSS et des velléités de re-équilibrages qu’elles ont mise à l’ordre du jour.


 

Abkhazie, Adjarie et Ossétie du Sud = territoires autonomes

Source : Présentation générale et données démolinguistiques,

proposée par l'Université canadienne de Laval, in www.tlfq.ulaval.ca/axl/Asie/georgie.htm

Fait important, le renversement des alliances de l’ère post-guerre froide et le rapprochement de la Géorgie des Etats-Unis, illustré par l’envoi de troupes en Irak (plus de 2000 soldats), en attendant son entrée annoncée dans l’OTAN, ne pouvaient que susciter les inquiétudes de l’Establishment russe, qui redoute les effets du re-alignement de ses anciens alliés, qui sont de surcroît dans son aire de proximité et de sa profondeur géostratégique. Faut-il négliger, comme dessous des cartes, la question pétrolière ? La Géorgie est, en effet, traversée par l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, construit pour acheminer vers l'Europe les hydrocarbures de la Caspienne en échappant au contrôle de la Russie. Elle est, désormais, un Etat de transit pour le gaz et le pétrole.

Comment interpréter les affrontements de Géorgie ? Est-ce  que la Russie veut affirmer qu’elle n’est plus disposée à se laisser faire et qu’elle veut surveiller son aire de voisinage, ou du moins y affirmer sa présence ? Sommes-nous les témoins d’une nouvelle politique russe, qui tout en ménager la puissance monopolaire, tient à faire échec à tout engagement déclaré en sa faveur ? Est-ce que cette politique russe est en mesure de calmer les élans de ses anciens alliés, pour empêcher leur re-alignement contre elle ? La suite des événements permettra de clarifier la situation, en relation avec les rapports de forces et les marges de manoeuvre respectives des différents acteurs sur la scène internationale. Wait and see.

 

Professeur Khalifa Chater

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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 16:53

La sécession de Gaza  et la guerre civile entre Fath et Hamas qu’elle a mis à l’ordre du jour ne sont pas de nature à servir la cause palestinienne. Point d’unité de vue entre les deux mouvements sur la stratégie de libération, la négociation du processus de paix et, bien au-delà, du projet de société de l’Etat à édifier. La conduite des négociations par la Présidence, dans un contexte bien défavorable - vu la volonté de leur vis-à-vis de gagner du temps, de poursuivre la colonisation et la « pacification », pour imposer le fait accompli - ne pouvait que subir les contrecoups de cette division.  L’affrontement du samedi 2 août 2008 - l’encerclement du faubourg   de Chédjaïa, son encerclement par des hommes du Hamas et les combats meurtriers qui s’en suivit - illustrent cette montée des périls. Des membres du Fatah, - le chef du clan, Ahmed Helles, ainsi que 179 de ses hommes - furent contraints de se réfugier auprès des troupes d’occupation, qui ne manquèrent pas l’occasion de les humilier. Cet état révèle la dégradation de la situation et la dérive de la résistance, qui fait valoir les intérêts fractionnels sur la cause nationale.

Quels scénarios de sortie de crise ?  El-wifak el-Arabi a tenté, dans une étude pertinente intitulée «Palestine, les choix difficiles» (août 2008) d’identifier les différents scénarios possibles :

1- Le statu quo permettant de maintenir les deux pouvoirs, celui d’Abou Mazen, en Cisjordanie et du Hamas à Gaza, au profit de l’establishment israélien qui saisirait cette opportunité pour occulter le traitement des questions essentielles de Jérusalem, des réfugiés et des frontières.

2- La perte du pouvoir de l’autorité palestinienne  et sa délégitimation. Ce qui permet à l’Etat israélien de maintenir son occupation. Il profiterait, de telles circonstances, pour assurer l’expansion de sa colonisation, sous des prétextes sécuritaires. Gaza serait, dans ce cas, un canton autonome ou d’apparence autonome. 

3 - Possibilité de faire valoir une volonté ferme et réelle pour mettre fin à la division et à la partition territoriale. Ce qui permet de créer un ordre palestinien nouveau, sur des bases nouvelles. Les Palestiniens devraient payer le prix de leur réunification, accepter des sacrifices et effectuer des révisions déchirantes.

Reconnaissons, cependant que les conditions de la reconstruction nationale ne sont pas réunies. Qu’il nous suffit de signaler l’incompatibilité entre les discours des acteurs, leurs choix stratégiques prioritaires dans leurs dosages respectifs entre la résistance et la négociation. Notons, d’autre part, que dans le cas palestinien, l’impact de l’environnement régional est très important. La démarcation entre les deux axes arabes (radicaux et modérés) conforte la division palestinienne, par les alliances différentielles entre les deux mouvances qu’elles entretiennent. Frappant le Hamas d’ostracisme, Israël, les USA et dans une moindre mesure l’Union Européenne, culpabilisent toute volonté de dialogue des autorités palestiniennes avec le Hamas. Or, toute négociation suppose de traiter avec tous les acteurs sur le terrain. De son côté le Hamas diabolise tous ceux qui engagent des pourparlers, ne fut-ce dans le cadre de l’initiative arabe de paix, formulée lors du Sommet de Beyrouth et confirmée dans leurs différentes instances.

A ce propos, ne devrait-on pas encourager la construction d’un dialogue palestinien, sur cette initiative de paix, qui bénéficie d’un large consensus arabe ? Ne faut-il pas faire valoir sur cette base, un compromis, mettant à l’ordre du jour la négociation, sans exclure les moyens de résistance, qui ont constitué des facteurs de dissuasion dans la lutte, lors de la décolonisation ? Une telle stratégie pourrait  être cautionnée par l’engagement arabe en faveur de la reconstruction de l’unité et confortée par la solidarité arabe contre la normalisation, hors du processus de paix.

La politique progressive peut donner des résultats, mais dans la mesure où le vis-à-vis prend des engagements et assure leur application. Nous en sommes pas là hélas. Ce qui nécessite de revoir la donne, de corriger les tactiques et d’opter pour une stratégie réaliste et lucide, bien adaptée au contexte du refus et de l’impuissance internationale.

 

                                                   Professeur Khalifa Chater
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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 11:36

« Processus de Barcelone : l’Union pour la Méditerranée », projet d’avenir ou projet mort-né ?
 

Avis du Professeur Khalifa Chater


Question : De quelle manière est perçu, dans votre pays, le projet « Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée », à la fois par l’opinion publique et par les autorités officielles ?

Réponse : L’opinion publique et les autorités ont bien accueilli le projet. On souhaite que ce projet réponde aux enjeux et aux défis de l’aire par la constitution d’une communauté fondée sur la paix, la solidarité et la prospérité. Une participation active aux instances préparatoires et à la réunion du 13 juillet permettrait, je l’espère, l’appropriation collective du projet et son enrichissement, par la prise en compte des priorités des pays sud-méditerranéens. Il s’agit de construire le compromis fondateur, condition  sine qua none de sa réussite.

Pour la jeunesse tunisienne, la réalisation d’un tel partenariat et l’ouverture de l’horizon qu’il implique, semblent répondre aux attentes. Rêve ou utopie, elle met en avant la nécessité de la libre circulation des personnes et la suppression du mur méditerranéen.

Question : Considérez-vous que ce projet est en mesure, véritablement, d’apporter du nouveau à la problématique et aux méthodes envisagées lors des initiatives similaires précédentes, notamment  le processus de Barcelone ?

Réponse : Le projet se fonde sur une appréciation lucide des résultats modestes du processus de Barcelone, de l’abandon de son approche multilatérale dans «la politique de voisinage » et de l’occultation des dimensions socio-économiques, géopolitiques et culturelles du partenariat. Ce diagnostique originel, qui réhabilite les partenaires du sud et évoque, en conséquence, une redynamisation des processus de solidarité, a suscité de l’intérêt et de l’enthousiasme. La définition collective des enjeux et des objectifs au cours d’un sommet fondateur, - un postulat faisant valoir la multipolarité - doit prendre en compte les exigences citoyennes de tous. Espérons cependant que les concessions de la genèse : recherche coûte que coûte du compromis, élargissement du périmètre, exclusion des questions d’actualité, ne réduisent pas les enjeux et les ambitions de ce projet historique. Sachons garantir cette mue du rêve en réalité, fut-elle le résultat d’un processus progressif.

Question : L’Union pour la Méditerranée sera, fatalement, confrontée aux conflits qui essaiment dans la région, conflit du Sahara Occidental, conflit de Chypre, conflit israélo-palestinien. L’Union doit-elle aborder ces conflits ou, plutôt, les contourner ?

Réponse : On ne peut occulter la donne politique dans un projet de cette envergure. Comment créer une communauté de prospérité, de coopération et de solidarité, sans assurer un climat de paix ? Il faudrait peut être inaugurer la mise sur pied de ce processus par la création, dans le cadre de ce partenariat, d’un comité ad hoc pour faire valoir des solutions aux conflits et différends, traiter les questions graves de l’aire telles que la question palestinienne.  Faut-il négliger cette conditionnalité de la réussite.

Question : Quels sont les chantiers majeurs que peut ouvrir le projet « l’Union pour la Méditerranée »? Quelles mesures de sauvegarde envisager pour que s’assurer que la démarche profite équitablement à toutes les parties au projet ?

Réponse: L’élargissement du projet - il rassemblerait désormais 44 pays riverains de la Méditerranée et de l'Adriatique -, peut assurer, la réussite du processus. Il permettrait à l’Union Européenne de le doter d’importants financements communautaires, tout en sauvegardant sa direction paritaire Nord/Sud. Notons cependant que l’Union Européenne fait défection, en matière de financement. "Les projets régionaux ne peuvent être mis en œuvre au détriment de nos budgets existants", a insisté la commissaire de l’UE, souhaitant privilégier le recours à des fonds privés, des fonds d'Etats, membres ou non de l'Union, ou encore aux institutions financières internationales. Les partisans d’un plan Marshal européen, dans le cadre d’une solidarité communautaire ne peuvent qu’être déçus.

D’autre part, la formulation des projets phares de l’UPM, par l’U.E. : Autoroute du Maghreb, dépollution de la Méditerranée, développement de l'énergie solaire, coopération en matière de protection civile contre les catastrophes montre l’intérêt qu’elle porte au projet. Mais n’aurait-il pas fallu associer les pays sud-méditerranéens à la formulation des projets prioritaires. Notons d’autre part, que ces projets n’ont pas l’ambition de participer au traitement de la question préoccupante de l’emploi, à la fracture socio-économique méditerranéenne, à l’échange inégal et qu’ils occultent toute politique de co-développement.

Question : Dans le même esprit, quelles sont les conditions à réunir pour garantir une équité parfaite dans la gestion institutionnelle de « l’Union pour la Méditerranée » ?

Réponse : La définition des projets génériques de l’UPM et la velléité de remise en cause du siège dans un pays du Sud, par l’installation parallèle d’un "comité de direction", basé à Bruxelles, attestent une volonté de l’U.E. de sauvegarder sa prédominance dans les mécanismes de prise de décision et de gestion.

Il faut tirer  les enseignements de l’expérience de Barcelone, réhabiliter les acteurs du Sud, faire valoir les normes d’une collégialité réelle, pour assurer les conditions de réussite du compromis fondateur de l’Union pour la Méditerranée. Ne serait-il pas plus conforme à l’esprit de ce partenariat nouveau, de présenter les vues de l’U. E. comme des propositions et non des décisions et reformuler les termes de références en tenant compte des attentes des pays sud-méditerranéens. A plus ou moins longs termes, il faudrait réaliser la mutation progressive de l’UPM d’une union de projets à un projet d’union.

(Dossier réalisé par Mohamed Chafik Mesbah

 

Voir Le Soir d’Algérie, 13, 14, 15 juillet 2008)

 

 

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 20:03


Il est opportun, de dissiper les équivoques, de clarifier les références, de rétablir les données de base, à la veille du Sommet du 13 juillet, qui doit fonder l’Union pour la Méditerranée. L’observateur averti doit corriger les plaidoyers des défenseurs de l’UPM. Prenons nos distances et dépassons les discours nécessairement réducteurs de ses partisans. Le rêve doit désormais céder la place à la réalité. La célébration d’un culte - fut-il celui de la méditerranéité- doit s’accommoder d’une juste appréciation des faits, d’une prise en compte des intérêts, d’un dégagement de la pensée politique des scories des mythes. Rappelons, comme postulats, que l’union à travers l’histoire, des méditerranéens, relève plutôt de la fable. Ne construisons pas le nouvel édifice sur l’erreur. Faisons l’inventaire de ce qui nous rapproche et de ce qui nous sépare. La Méditerranée fut plutôt une aire de démarcation, une frontière civilisationnelle et politique. Le dépassement des contentieux historiques n’implique guère le gommage des réalités, l’occultation des indicateurs culturels et politiques différentiels, la sous-estimation des référentiels. Tout accord nécessite une prise en compte de l’identité de l’autre, de ses perceptions et de ses attentes. Autre postulat nécessaire, les relations politiques se fondent, sur la construction de compromis, prenant en compte les enjeux des différents acteurs. Le discours du consensus n’a pas sa place dans ce domaine. Et n’oublions pas que tout accord international est un habillage des rapports de forces.

I - Les enjeux de l’UPM : Vérité élémentaire, transgressée lors de la célébration de son culte fondateur, l’Union pour la Méditerranée, n’a pas comme ambition de re-actualiser une vision du passé. Elle est, bel et bien, un projet d’avenir. C’est en tant que tel, qu’elle fut appréhendée, par le Président Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne électorale, à Toulon en février 2007. « La France, avait-il dit, a cru qu’en tournant le dos à la Méditerranée, elle tournait le dos à son passé alors qu’en réalité, elle tournait le dos à son avenir». A-t-on pris la juste mesure de cet objectif primordial ?

Autre fait, qui constitue le back ground de l’initiative française, l’enjeu de l’Union Méditerranéenne, re-actualisée par sa nouvelle version UPM, est la construction d’un partenariat global, comprenant les pays sud-méditerranéens et leur glacis arabe. Dans ce nouveau périmètre, la coopération mise en avant comme objectif, opèrerait un dépassement des conflits politiques, qui affectent l’aire arabe.  La question palestinienne et le différend arabo-israélien seraient, dans le cadre de ce processus de coopération économique,  mis de côté, transgressés, sinon marginalisés et/ou occultés. Est-ce que l’utopie d’une coopération dans cet environnement conflictuel particulier de « ni guerre ni paix » peut résister aux faits ? On comprend, dans ce contexte, l’enjeu de « normalisation » que craint l’opinion arabe. Ce qui accrédite la thèse présentant la Méditerranée orientale et non le Maghreb, comme enjeu de l’UPM. Autrement, le partenariat du 5+5, ou du 6+6, appelé à le remplacer, par l’adjonction de l’Egypte et de la Grèce, aurait suffi. Ce qui aurait d’ailleurs exigé son institution formelle. Nous pensons plutôt que les projets méditerranéens ou euro-méditerranéens, veulent appréhender l’élargissement de leur aire, par un dépassement du blocage politique du conflit israélo-palestinien, mis entre parenthèse, dans cette nouvelle approche stratégique globale. De ce fait la centralité de la Méditerranée, mise en avant par l’initiative générique et redimensionnée dans l’UPM est une opération de faire valoir des intérêts des pays nord-méditerranéens et désormais de l’ensemble de l’Union Européenne. Est-ce à dire qu’elle n’est pas en mesure de servir l’aire arabe ? Tout dépend des perceptions, des attentes, de l’identification des enjeux par leurs acteurs et surtout par leur mobilisation pour assurer leur re-appropriation du projet.

II- La réaction arabe : Tunis et Rabat accueillirent favorablement l’initiative du Président Sarkozy, qui rejoignait leur approche méditerranéenne et leur ouverture sur l’Europe. Le Caire, candidat à l’UMA et au 5+5 ne tarda pas à exprimer son adhésion, dans le cadre de son souci de participer à toutes les constructions régionales et d’assurer sa présence dans toutes les instances internationales. Alger tarda à s’exprimer, offusquée vraisemblablement par son exclusion dans la répartition des rôles et la distribution des charges. Prenant l’initiative d’un sommet surprise des représentants des pays de la rive sud, à Tripoli, le 10 juin, Mouammar Kadhafi dénonça l’initiative franco-européenne. « Nous ne sommes ni des affamés ni des chiens pour qu’ils nous jettent des os », dit-il, dénigrant les propositions de coopération en matière de commerce, de sécurité et d’immigration. Les autres chefs d’Etat (Maghreb et Syrie) ne se sont pas publiquement exprimés, lors de cette instance. Alors qu’Alger devait réserver sa décision de participer ou non au Sommet, confortant la position tripolitaine, les autres pays maghrébins confirmeront leur présence. Dans le cadre de sa politique d’ouverture, la Syrie annonça, qu’elle serait présente à Paris, le 13 juillet.

Nous remarquons cependant que l’accueil arabe à l’initiative française européanisée reste mitigé. Tout en appréciant son objectif de dynamiser le partenariat euro-méditerranéen, sa réhabilitation des acteurs du Sud et sa prise en compte de leurs attentes, les analystes sud-méditerranéens estiment que les projets formulés sont bien en deçà des objectifs de l’initiative du Président Sarkozy. Les plus optimistes d’entre eux espèrent qu’une dynamique progressive pourrait la développer, pour lui permettre de répondre aux enjeux et aux défis de l’aire par la constitution d’une communauté fondée sur la paix, la solidarité et la prospérité. Autre cause de leurs réserves, plutôt que la peur de la normalisation avec Israël, exprimée par l’opinion moyen-Orientale, le risque de mettre entre parenthèses le traitement de la question palestinienne, dans ce processus de construction régionale constitue un véritable consensus arabe, ainsi d’ailleurs que l’occultation de la dimension politique de l’approche. Peut-on admettre, de gaîté de coeur, cette option de désengagement, alors que les graves problèmes du Moyen-Orient requièrent une entré de l’Union Européenne, sur la scène internationale, pour atténuer les effets du nouvel ordre et mettre à l’ordre du jour une gestion multi-polariste des affaires internationales.

Conclusion : La réunion du 13 juillet réussira vraisemblablement à fonder l’UPM. Le nouveau-né ne sera point au niveau des ambitions méditerranéennes et des attentes de leurs populations. Est-ce à dire, qu’il n’a pas les moyens d’assurer sa mue, de réaliser sa refondation, à l’épreuve des exigences de ses propres acteurs. Ce petit pas pourrait, si on lui accorde le préjugé favorable, constituer un électrochoc, faire échec aux processus de freinage et assurer l’ouverture des horizons.

Pour réussir, il doit donner « la priorité aux vrais défis, qui concernent directement les peuples méditerranéens, à savoir l’emploi, la circulation des personnes, la désertification, l’eau et énergie et l’environnement » (Forum de Réalités, Tunis, 11 juin, 2008). Fait important, il ne doit pas se condamner prématurément en transgressant l’appropriation collective du projet, annoncée par le discours fondateur. Le choix du siège dans un pays du Sud - et pourquoi pas celui annoncé de Tunis, susceptible de rallier, à plus ou moins brèves échéances, les réserves de Tripoli et d’Alger - et l’adoption de mécanismes d’exécution adéquats pourraient dynamiser son action et multiplier ses effets d’entraînement. Pour résister à la pesanteur ambiante, Il faut rester à l’écoute de tous et instaurer une politique d’adaptation régulière aux exigences. Il faut convaincre les plus récalcitrants de part et d’autre de la Méditerranée. Fut-elle une union à géométrie variable, l’UPM doit impliquer nécessairement l’Algérie et la Libye. Elle ne doit pas défier la solidarité de la communauté maghrébine ou ignorer les attentes de l’aire arabe, alors que la nouvelle configuration ménageait tous les acteurs européens.  Autre nécessité, elle doit « éviter que le Sud méditerranéen ne devienne « le pare choc » de l’Europe face à l’Afrique » (Forum de Réalités, Tunis, 11 juin, 2008). La crédibilité du projet est à ce prix.

D’autre part, règle d’or de la gestion des affaires internationales, on ne peut occulter la donne politique dans un projet de cette envergure. Comment créer une communauté de prospérité, de coopération et de solidarité, sans assurer un climat de paix ? Il faudrait peut être inaugurer la mise sur pied de ce processus par la création, dans le cadre de ce partenariat, d’un comité ad hoc pour faire valoir des solutions aux conflits et différends, traiter les questions graves de l’aire telles que la question palestinienne.  Peut-on négliger cette conditionnalité de la réussite !

 

Professeur Khalifa Chater,

Vice-Président de l’Association

des Etudes Internationales

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Published by professeur Khalifa Chater - dans Partenariat Barcelone
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22 juin 2008 7 22 /06 /juin /2008 15:56

 Est-ce que le Moyen-Orient  connaît "un début de règlement de ses crises" ? Le diagnostic de l'analyste Mona SALEM (AFP, 19 juin) paraît trompeur. Examinons les différents repères de cette soi-disant velléité de sortie de crises :

1- Au Liban, on semble s'orienter vers une normalisation des relations entre  la majorité et l'opposition. Mais  l'élection d'un président par consensus n'occulte pas la fracture et n'assure pas les conditions requises pour un consensus sur les enjeux, les alliances, les modalités gouvernementales et les mécanismes de prise de décision. C'est dire que nous sommes en présence d'un accord de circonstances. Le pire est pour le moment évité mais les vents contraires menacent de re-actualiser le différend fondamental, entre les différentes communautés. La démarcation est réelle .

2- A Gaza, la trêve laborieusement conclue entre Hamas et Israël est ponctuelle. Ses effets sont limités dans le temps dans la mesure où le conflit entre les protagonistes est irréductible. Israël est fermement décidé à poursuivre la "pacification militaire" pour assurer, de gré ou de force, la pérennité de l'occupation coloniale. La gestion de la question, par ses gouvernements successifs, à l'exception de Rabin, montre qu'elle est fermement hostile au processus de paix, alors que le quartet se contente de gérer la question palestinienne, sans volonté de la traiter. Comment inciter, dans ces conditions, les factions palestiniennes à mettre fin à la résistance alors que les négociations semblent vouées à l'échec. Comment éviter les surenchères et les dérives des diagnostics de désespoir. Ne perdons pas de vue que l'arrêt du processus de paix et l'absence de toute alternative crédible mettent en échec les mouvements modérés et discréditent, devant leur opinion, les partisans de ce dialogue impossible.

3- Les négociations israélo-syriennes, gelées depuis 7 ans et engagées par l'intermédiaire de la Turquie, peuvent certes aboutir à l'évacuation par Israël du Golan, qu'elle occupe depuis 1967. Mais il  ne faut pas surestimer les effets de cette reprise des négociations, vu les conditions avancées par Israël : Normalisation des relations, abandon du soutien du Hizballah et du Hamas, dégagement de l'alliance avec l'Iran, outre une  prise de distance par rapport à la cause palestinienne. Ce qui implique une dénaturation du régime syrien. On est loin des formules des "paix de braves", que requièrent  de telles situations.

Début de règlement de ces crises ? Nous pensons que l'état hébreux cherche plutôt à réaliser, à son profit,  une véritable stabilisation du Proche-Orient, qui lui permette de garder les mains libres en Palestine. Ce statut-quo  colonial est conforté par les grandes manoeuvres engagées dans la région. "L'absence de rôle" de Washington dans cette période électorale aux Etats-Unis ne peut que favoriser l'enlisement des négociations. "C'est une période de pause temporaire", affirme Gamal Abdel Gawad, chercheur du Centre d'études politiques et stratégiques d'Al-Ahram du Caire (AFP, 19 juin). Une pause certes mais avec ses tragédies, ses morts, ses blessés quotidiens, dans chaque camp, en dépit du combat inégal entre la résistance et la force de dissuasion étatique.

Bush a pris le pari d'assurer la création d'un Etat Palestinien, avant la fin de son mandat. Clinton a engagé des négociations fructueuses, lors des derniers mois de sa présidence. Doit-on attendre la fin du mandat du nouveau Président, pour remettre la question palestinienne, à l'ordre du jour ! Est-ce qu'un retour de la conscience au Moyen-Orient n'est pas en mesure d'engager une paix, au profit de tous, par la dynamique interne ? 

 

Professeur Khalifa Chater

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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 15:28


Sous l’égide de la Ligue des Etats arabes, une réunion de concertation des dix pays concernés par le projet de l’Union pour la Méditerranée se tint au Caire, le 24 mai 2009. Il était temps. L’initiative française, reformulée et re-dimensionnée par l’Union Européenne  risquait d’être présentée aux dix pays sud-méditerranéens, "clefs en main", en dépit du discours générique sur l’appropriation collective du projet. En effet, la réunion de l’Union Européenne, qui a fixé les contours de l’UPM, n’a pas cru devoir tenir compte des résultats des consultation des pays du Sud effectuées par le Président Sarkozy, annonça une remise en cause du siège dans le Sud, par la création d’une instance parallèle à Bruxelles et formula unilatéralement les cinq projets de la future institution. Le risque de voir l’UPM vidée de sa substance ne pouvait que susciter l’inquiétude de ses partisans.

La réunion du Caire devait faire état des inquiétudes de certains pays arabes, dans la mesure où l’objectif de consensus était bien en deçà de la démarche d’une union annoncée et maintenue dans le titre.  Ce qui limite l’ambition du projet et risque de remettre en cause sa raison d’être. On évoqua aussi le contexte géopolitique défavorable à la construction d’un partenariat, alors que le processus de paix est bloquée. Comment transgresser, dans ces conditions, le préalable de l’assainissement des relations, de la culture de la paix et du dialogue à ce partenariat ? Les déceptions suscitées par l’expérience de Barcelone qui a occulté son objectif fondateur relatif à la création d’une aire de paix, de solidarité et de prospérité partagée furent évoquées. Dans quelle mesure est-ce que le projet de l’UPM devait donc avoir une valeur ajoutée ?

Tout en affirmant leurs exigences relatives à la co-présidence tournante du Nord et du Sud, de la co-direction et du choix du siège au Sud, les ministres des Affaires étrangères des dix pays concernés ratifiaient la proposition égyptienne relative à la désignation de l’Egypte et de la France, comme premiers présidents. Le choix du siège devait revenir à Tunis, vu sa position géographique centrale en Méditerranée, sa proximité de l’Europe et son absence de différends avec tous les membres de la nouvelle communauté. Le Maroc ou l’Algérie devaient assurer le co-secrétariat.

Dans le cadre de l’étude des projets, la réunion fit état des risques de voir l’UPM d’accorder la priorité aux intérêts européens, à ses préoccupations relatives à l’émigration et à la sécurité. Elle remarqua que les questions du transfert technologique, de l’emploi, par exemples n’ont pas été évoquées. De nouvelles réunions devaient finaliser une vision commune à présenter à la réunion euro-arabe de Slovénie, le 9 et 10 juin 2008, pour assurer la re-appropriation collective du projet.

 

 

Professeur Khalifa Chater

 

 

 

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