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14 octobre 2005 5 14 /10 /octobre /2005 00:00

D’un usage désormais courant, le concept « société de l’information » semble définir la mutation globale que subit notre ère. Que couvre au juste ce vocable, qui nomme l’ère postindustrielle ? Peut-il aussi désigner l’ère post-agricole, puisque certaines sociétés sont appelées à rejoindre l’ère de l’information, par un passage sans transition ou presque de l’économie agricole et artisanale à la post-industrialité et à l’information qui semble la dépeindre ?

Serait-il suffisant de fonder notre analyse sur le thème générique de l’information ?  D’une certaine façon, l'avènement de l'imprimé  peut être considéré " comme point d'entrée dans l'age de l'information", puisqu'il a permis, non seulement de faire entrer la production et la distribution de documents divers dans les circuits marchands mais également d'effectuer un contrôle d'une rigueur inconnue jusque là sur la production et diffusion du texte[1]". Nous avons affaire, certes, à un instrument de multiplication standardisée des produits de la connaissance.

Mais la post-industrialité dépasse l’ère de l’imprimé, vu les performances du processus de l’information et de la communication dans notre société contemporaine. Le concept « Société de l’information » définit, de fait, cette mutation globale, cette révolution culturelle majeure, induite par la conjugaison des innovations technologiques relatives à l'informatique, aux télécommunications et aux autoroutes de l’internet. Essayons d’examiner les significations de ce concept, à l’appui de sa genèse et de son inscription dans l’itinéraire d’évolution sociétale et de l’histoire des modes de communication.

I - Théorisation d’une mutation globale : Société pré-industrielle, société industrielle, société de l’information, ces vocables utilisés successivement ont pour objet de définir des repères d’évolution globale, lors du passage d'une ère socioculturelle à une autre, par l'accomplissement des processus innovatoires. L'ère de la révolution industrielle, par exemple, dont l'avènement s'explique par l'apparition  de la machine à vapeur, brevetée par son inventeur James Watt, en 1776 ne s'inscrit dans les faits, comme mutation  de la société occidentale, que bien plus tard, lorsque son usage fut généralisé, en tant qu'instrument unifiant les différents secteurs de l'extraction, de la fabrication et des transports et les soumettant à son propre rythme. Ayant assuré sa large diffusion et son emprise quasi universelle, "la nouveauté absolue", devint alors, le critère de définition de cette mutation globale qu'elle a marquée. Elle généra un nouveau système socio-économique, à savoir " le capitalisme industriel". Annoncée par l'apparition du  microprocesseur, la société de l’information est marquée  par le passage de l'informatique, à l'information et à la logique numérique, l'ordinateur restant un outil majeur d'intégration de ses  infrastructures technologiques et de construction des "espaces cybernétiques[2]".

Du point de vue, de la perspective de l'histoire des modes de communications, 5 grandes ères différenciées  peuvent être identifiées:

1 - L'ère préhistorique, avant la découverte de l'écriture. La parole était le mode d'expression dominant.

2 - Le Moyen âge dominé par l'écriture. A juste titre, compte tenu des niveaux de la diffusion de cet outil, Talcott Parsons[3] distingue les Sociétés "intermédiaires archaïques" telle l'ancienne Egypte qui se caractérisent uniquement par ce qu'il appelle «craft literacy» (l'«écriture réservée » aux tâches essentielles du pouvoir et du clergé) et les sociétés intermédiaires avancées,  les "empires historiques" comme ceux de Rome ou de Chine, où l'écriture  fait  partie de l'éducation générale de la classe dominante.

3 - Les temps modernes, annoncée par la renaissance et la découverte de l'imprimerie.

4 - L'ère industrielle. La galaxie de Gutenberg continuera à développer sa suprématie, au cours de cette aire[4].

5 - L'émergence de la société postindustrielle et les systèmes d'information qu'elle introduit et diffuse.

 

 

 

Préindustrielle

 

 

Industrielle

 

 

Postindustrielle

 

 

Ressource

 

 

Matières brutes

 

 

Energie

 

 

Information

 

 

Mode

 

 

Extraction

 

 

Fabrication

 

 

Transformation

 

 

Technologie

 

 

Travail intensif

 

 

Capital intensif

 

 

Savoir intensif

 

 

Type

 

 

Action contre la nature

 

 

Action contre la nature fabriquée

 

 

Action entre les individus

 

 

 

 

Source : Daniel Bell, Les contradictions  culturelles du capitalisme , Paris, PUF, 1979, p. 206.

Dans cette configuration sociétale postmoderne, les deux itinéraires du changement global et instrumental (qui concerne les outils nouveaux de communication) se rejoignent et s'interpénètrent. Ce qui constitue un fait marquant de notre ère car cette société nouvelle qui s'édifie, se définit, entre autres, par la dimension information, érigée en donnée constitutive de la postindustrialité[5].  Nous devons, dans ce cadre, rappeler les réserves de certains chercheurs qui estiment que l'avènement de l'imprimé  peut être  considéré " comme point d'entrée dans l'age de l'information", puisqu'il a permis, non seulement de faire entrer la production et la distribution de documents divers dans les circuits marchands mais également d'effectuer un contrôle d'une rigueur inconnue jusque là sur la production et diffusion du texte[6]". Il s'agit, dans les deux cas, d'instruments de multiplication standarisée des produits de la connaissance. Mais la redéfinition du concept de "la société de l’information", et sa re-actualisation permettra de dépasser ces réserves, en relation avec les instruments qui la fondent.

II -Définition, redéfinition et actualisation du concept : L’avènement de la société de l’information prend, par conséquent, le relais de la société industrielle. Appelée postindustrielle, elle ne tarde pas à se définir, par la prise en compte des innovations technologiques, qui y jouent le rôle central, le facteur principal et dans une large mesure déterminant de sa mutation.

a) Différents sens du mot information : D’après le Dictionnaire Philosophique Lalande, le verbe informer a d'abord signifié: « donner une forme à une matière », c’est-à-dire lui donner la vie. D’après la définition familière, toujours selon  le Dictionnaire Philosophique Lalande,  informer signifie « connaître quelque chose à quelqu'un[7]». Citons, d’autre part, les implications de l’expression de Descartes «les idées informent l'esprit[8]». Ce passage du contexte aristotélicien à la pensée de Descartes induit un changement de registres, puisqu’on se réfère désormais à l’esprit et non plus à la matière. Est-ce qu’on se rapproche du sens actuel ? Si, dans la mesure où on se réfère au transfert de la donnée, de la connaissance. Mais nous retiendrons que le sens premier rejoint l’information comme enjeu global, impliquant une mise en forme décisive et significative, qui annonce la redéfinition de la société par la donne information. Notre approche prend donc en ligne de compte ce passage obligé, mais favorisant le flash back, entre les deux définitions : informer l’esprit et former la matière.

Nous devons cependant tenir compte de la signification anglo-saxonne du concept, qui  « désigne par news (les nouvelles), l’information et piece of news (mot à mot morceau de nouvelles) : une information… Pour les anglo-saxons l’information est une entité générique, dont on extrait un petit morceau[9] ».  Je me permettrais de présenter, à titre d’exemples, ces deux définitions :

- « toute donnée pertinente que le système nerveux central est capable d'interpréter pour se construire une représentation du monde et pour interagir correctement avec lui[10] ». Définition de l’encyclopédie  wikipedia)

- « Connaissance consignée, inscrite, dans le but de sa transmission[11]».

Informer signifie donc communiquer une donnée, dont on ne peut guère limiter son champ. Ce qui nous incite à rappeler que l’information ne peut se limiter à la presse et au journalisme.

Notons cependant que certaines définitions privilégient la prise en compte de l’apport des nouvelles technologies qui servent l’information. Prenons comme exemple cette définition : « (data), matière première de l'informatique[12]… »

b) La société de l’information : Comment définir et décrire la société de l’information ? Certes, elle semble faire l’objet d’un consensus, sanctifié par le discours international. En réalité, elle est l’objet d’une diversité d’approches, selon les enjeux que lui assignent les acteurs : informaticiens concernés par les problèmes d’accès, de câblage et des performances techniques, hommes d’affaires recherchant des marchés mondialisés, intellectuels, hommes de lettres, chercheurs, en quête de bases scientifiques et les usagers de toutes sortes plus intéressés par la communication, le tchat et la quêtes des produits numériques updates. Mais nous devons, d’autre part prendre acte des mutations, que j’appellerais historique, de la terminologie : On se réfère dans ce cas à « la détention et la bonne utilisation de l'information économique, scientifique, sociale et politique  (en vue) d’une une recherche de productivité et de rationalisation[13] ». Cette définition met en valeur le rôle désormais essentiel de l’information, en général, puisqu’elle « constitue une révolution culturelle, économique et sociale sans précédent car elle touche simultanément toutes les parties du monde et toutes les activités[14] ».  Tout en signalant les effets d’entraînement de « de l'innovation technologique et sa mondialisation[15]», la définition occulte la donne désormais déterminante de la société de l’information.

Ce que mette en valeur les définitions actualisés, mises à l’ordre du jour : « La société de l'information désigne une société dans laquelle les technologies de l'information jouent un rôle central[16] ».

Déterminée par l’apport de l’ordinateur et par les nouvelles technologies, émergeant dans sa mouvance et accomplissant les mutations qu’il favorise, l’information relève de la logique informationnelle et, par conséquent, du processus de numérisation qu’elle induit nécessairement. Ce qui implique le dépassement de la signification originelle, par l’adoption et l’intégration des technologies qu’il met en œuvre. C’est ce que j’appelle une re-définition ou plutôt une révision du concept, remis à jour, re-actualisé par le langage et le système de communication de l’ère que nous appelons, faute de mieux, post-Gutenberg. 

 Notre définition de la société de l’information s’inscrit dans cette mise au point conceptuelle : L’information numérique, constituant le facteur essentiel et intégrateur des mutations de la société, dans toutes ses dimensions. L’information numérique concerne les modes de communications (données évidentes), le savoir (patrimoine, bases de données, recherches, découvertes, acquis scientifiques divers), le pouvoir et ses différents processus de gestion, la sécurité,  la guerre (renseignements et direction des opérations etc.) et je n’oublierais pas la connaissance de l’intime (biométrie, scannage des organes, traitement informatique des données médicales) et même la restructuration de la société par son organisation en réseaux et la mise en relation des segments d’une société de plus en plus fragmentée sinon désintégrée.

Conclusion : Nous devons cependant situer cette société de l’information, dans son contexte de l’ère-monde, dans toutes ses dimensions politiques, culturelles, économiques et financières. Force est de reconnaître, d’autre part, en rejoignant les analyses de Dominique Wolton[17] « qu’il n’y a pas d’information universelle », vu la relation quasi organique de la donnée, objet de la transmission et de la communication avec  « des valeurs, intérêts et une représentation de la société qui varie dans le temps et dans l’espace, ainsi qu’à des rapports de pouvoirs » et que le concept  «recouvre des réalités radicalement différentes dans l’économie, la société, la politique, la science, la culture[18]».

D’autre part, la complexité des situations et l’évolution différentielle nous incitent  à considérer la société de l’information, comme un ideal-typus et à dégager les différents niveaux de son accomplissement, évitant toutes généralisations et perceptions réductrices. Les secteurs moteurs de la société de l’information dynamisent et accélèrent les mutations. Mais leur action atténuée, sinon mise en échec par les pesanteurs, sinon les séquelles des sociétés encore définies, comme agricoles ou industrielles. Il s’agit, dans ce cas d’une prise en compte des mutations annoncées, sinon anticipés.

                                            Professeur Khalifa Chater

                               Vice-Président de l’Association

                                     des Etudes Internationales

 



[1] - Voir la position de  Jean-Claude Guédon in " le savoir partagé : entre l'information et la communication, Revue Universités , fév. 95, pp.36-38. Voir p. 37.

 

 

 

[2] -  Nous adoptons la définition de Michael Benedickt :  " Une réalité, mise dans sa globalité en réseau,  servie, reliée et générée par l'ordinateur, multidimentionnelle et (en fait) artificielle ou virtuelle" ( Michael Benedickt, "Cyberspace, Some Proposals", in Cyberspace : First Steps, Ed. by Michael Benedickt ).

  

[3] - Voir Talcott Parsons, Evolutionary universals in sociéty , American Sociological Review ,  1964, vol. 29, pp. 332 -346,  cité par  Antony Giddens, La constitution de la société , in  note critique, Parsons et l'évolution, pp. 325 -337. ).

 

 

 

[4] - Marshall McLuhan, The Gutenberg Galaxy , Routledge , London , 1962.

 

 

 

 

[5] - Voir Daniel Bell, Les contradictions  culturelles du capitalisme , Paris, PUF, 1979, pp. 206 - 207. L'auteur reprend  l'analyse entreprise dans son précédent ouvrage, The coming of postindustrial society , Basic Books, New York, 1973.

[6] - Voir la position de  Jean-Claude Guédon in " le savoir partagé : entre l'information et la communication, Revue Universités , fév. 95, pp.36-38. Voir p. 37.

 

 

 

[7]  - Voir les définitions de Jacques Dufresne de l’Encyclopédie de l’agora in  http://agora.qc.ca/cvdufresne.html

 

 

 

 

[8]<

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16 septembre 2005 5 16 /09 /septembre /2005 00:00

L’intervention américaine en Irak devait, assurer, d’après ses promoteurs, l’émergence d’un nouveau Moyen-Orient pacifique, libéral et moderne. Une accélération de l’histoire en somme, devant intégrer l’aire arabe dans le monde américain sinon occidental ! Dans le cas qui nous intéresse, le discours américain devait  assurer la promotion libérale de l’Irak par la disparition d’un régime de dictature, rejetant l’ordre américain au Moyen-Orient.

Ne nous attardons pas sur les arguments de circonstances invoqués pour justifier la guerre d’Irak. Les armes de destruction massives - l’ultime menace  irakienne ! – s’étaient révélées inexistantes. D’autre part, les liens du régime irakien avec al-Kaïda, étaient une vue de l’esprit. L’histoire, certes, ne se renouvelle point. Mais elle fournit des exemples de comportements éloquents : Le « droit d’ingérence » colonial a permis, en effet, la grande dépossession territoriale, soi-disant pour promouvoir la civilisation. L’évocation de la menace a, d’autre part, été instrumentée par les troupes françaises d’occupation, qui ont invoqué « le péril des Khemirs », pour justifier la conquête de la Régence de Tunis, en 1881.

Rien ne sert de revenir au passé, fut-il immédiat ! Mais les événements sur le terrain permettent d’étudier judicieusement le dossier et d’apprécier  ou de dénoncer les initiatives des acteurs sur la scène moyen-orientale, en attendant l’évaluation des historiens qui nécessite une prise de distance, une étude des conséquences et une lecture globale des documents des protagonistes et parfois de leurs professions de fois, ou de leurs regrets.

On peut cependant noter que des observateurs perspicaces, évoquent un nécessaire « retrait des troupes américaines » d’Irak, à l’instar de l’évacuation du Vietnam entre 1969 et 1972 (voir Henri Kissinger, « lessons for an exit strategy », Editorial, The Washington Post, 12 août, 2005). Cette comparaison avec la débandade américaine - fut-elle suggérée et nuancée ! - est significative.  En Irak, comme au Vietnam, l’échec a permis une prise de conscience de l’opinion américaine et un engagement populaire, obligeant les décideurs à prendre acte.  Nous devons cependant tenir compte des spécificités des deux cas. L’enjeu américain en Irak concerne, en effet, la sécurité énergétique et le contrôle des richesses pétrolières, donne inexistante dans le cas vietnamien. Par conséquent, la prise en compte de tels intérêts devait retarder le retour du pendule et prolonger le calvaire américano-irakien. Mais les désastres provoqués par l’ouragan Katerina, (plus de 800 morts et des régions entièrement dévastées) rappellent aux Américains les priorités intérieures et consolident les positions isolationnistes. 

Fait important l’enjeu sécuritaire de l’expédition a été, bel et bien, redimensionné par la tournure des événements. Inscrite curieusement et sans justification, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, l’intervention contre l’Irak a développé les champs d’expansion d’un terrorisme généralisé. L’Irak «libéral» et «pacifié », but proclamé de l’intervention est devenu une aire d’instabilité, d’anarchie, d’insécurité et de terrorisme aveugle.  Point d’Etat, mais des mouvances ethniques, s’accommodant d’un gouvernement de mollahs chiites, qui influent sur les mécanismes de prise de décision. En attendant le consensus fondateur du nouvel Etat qui tarde à se construire, la partition technique et religieuse est à l’ordre du jour.

Est-ce que l’ordre a réellement changé au Moyen-Orient ? Résultat évident de la guerre, l’Irak n’est plus une puissance régionale. Périphérie politique par rapport à la métropole américaine, périphérie religieuse par rapport à l’Iran chiite, membre tolérée, en tout cas de seconde zone, dans ses aires d’appartenance naturelles arabe et musulmane, l’Irak est et le restera pour longtemps « le ventre mou » du Moyen-Orient, même s’il réussit son laborieux jeu de balançoire entre ses alliés du cœur et ses partenaires, par nécessité diplomatique conjoncturelle.  Tôt ou tard, il engagera une révision déchirante de sa carte d’alliance, à moins que l’Establishment international qui gère ses affaires, ne le prive, et pour longtemps, de son pouvoir souverain de prise de décision. Une telle méprise mettrait à nu le bien fondé du discours de « l’ingérence démocratique » !

L’intervention américaine en Irak a, d’autre part, affaibli et fragilisé les partenaires traditionnels des Etats-Unis. Preuve à l’appui, les Etats-Unis ont opté pour un engagement préférentiel des pays du Golfe, qui ont servi de relais à leurs troupes, avant l’assaut. Ils ont, sans doute, pris conscience des réserves que suscitait la guerre contre l’Irak, en Arabie Saoudite, en Egypte et en Jordanie. Et d’ailleurs, la guerre d’Irak n’avait-elle pas pour ultime objectif de réviser leur carte des alliances, dans la région et dans une certaine mesure d’ériger, comme choix alternatif, l’Irak comme allié essentiel, comme pôle pétrolier d’avenir ? Peut-on aussi expliquer l’adoption du scénario de contrôle et éventuellement du containment de l’Irak, par ces partenaires privilégiés, par la volonté de susciter  un jeu de concurrences entre les alliés ? Peut-être, est-ce que les décideurs américains ont tout simplement compris les positions délicates des Establishments qui doivent tenir compte de leur opinion publique. Ils ont ainsi voulu éviter de les embarrasser ? Mais ce choix, occultant des acteurs de poids ne pouvait être que conjoncturel.

Une ligne de démarcation sinon de fracture sépare les aires d’alliance des zones de mésentente, de neutralité, ou de non-alignement. Optant pour les voies diplomatiques et tenant compte des rapports de forces, la Syrie cherche à établir, avec tous les partenaires, des  relations apaisées. Ni défi, ni rupture, mais une volonté de tenir compte de l’environnement et de maintenir le dialogue, tout en tentant d’assurant la sauvegarde de ses intérêts bien compris. Faut-il dire qu’elle adopte la stratégie du joueur d’échecs, ou plutôt celle du roseau « qui plie, mais ne rompt pas ». La position de l’Iran, semble par contre, défier l’Establishment international qui veut freiner sa politique nucléaire, ne serait-ce hors de ses  objectifs militaires. Faisant valoir sa souveraineté, confortée par une glorieuse histoire d’empire, l’Iran critique cette politique de « deux poids, deux mesures », dans un Moyen-Orient où la règle de l’interdiction de la prolifération atomique s’accommode de l’exception israélienne. Les déboires américains en Irak, la cohésion nationale iranienne et l’absence de consensus des grands ne favorisent guère un engagement militaire, contre Téhéran. D’autre part, la politique irakienne des Etats-Unis l’incite à ménager l’arc chiite, un allié possible, dans le cadre d’une nouvelle donne. En attendant, l’Iran constitue une puissance régionale de poids, puisque les Etats-Unis se préoccupent toujours de mettre au point un scénario B. 

Que représente dans cette situation, le projet du «Grand Moyen-Orient» ? La non-résolution de la question palestinienne et l’ampleur de la tragédie irakienne expliquent, dans une large mesure, le rejet d’une initiative présentée dans un contexte de tutelle. L’évacuation de Gaza, largement encouragée par le gouvernement américain, annonce, peut-être, une volonté de traiter la question palestinienne. Première étape de réalisation d’un plan de paix, assurant la décolonisation et la création d’un Etat palestinien ou simple alibi, permettant, par l’abandon d’une zone de tension, difficile à gérer, la sauvegarde de la Transjordanie et Jérusalem Est ? La suite des événements fournira la réponse. Ce qui est certain, c’est que la résolution de la question palestinienne est une condition sine qua none de l’assainissement des relations et de l’établissement de la paix au Moyen-Orient.

Problème de « gouvernance » ? Les réformes ne peuvent guère être imposées par une intrusion étrangère, dans une région marquée par son combat pour la décolonisation et qui attribue - à tort ou à raison, peu importe ! - ses déboires en Palestine, par l’implication partisane de certaines puissances occidentales. Je disais, dans un article précédent qu’il faudrait prendre la juste mesure du ressentiment arabe. Mais une normalisation de ce Moyen-Orient tragique, une affirmation de sa souveraineté et une réalisation de ses justes causes permettraient de créer les conditions nécessaires de sa promotion libérale, sous l’effet de sa dynamique interne. Il faudrait cependant, mettre comme priorité absolue, la mise en échec des forces de repli - longtemps encouragées, hélas, par ses ennemis d’aujourd’hui - et faire valoir les réformes susceptibles d’assurer la promotion de la société et son progrès. Dans ce domaine, la stratégie d’émancipation tunisienne (manifeste des réformateurs éclairés et praxis) doit être méditée.

                                                  Professeur Khalifa Chater

                                                     (Tunis, 16 août 2005)

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1 septembre 2005 4 01 /09 /septembre /2005 00:00

une idéologisation de la culture de guerre !

Professeur Khalifa Chater

L’ère post-guerre froide consacre la fin des idéologies et des discours utopiques qui éloignent l’homme de son quotidien, en lui ouvrant des perspectives d’avenir, promettant un lendemain meilleur. «Demain on rase gratis» annonçait des affiches dans les échoppes des coiffeurs de jadis. Idéologie combien on a tué en ton nom, dans tes différentes visions totalitaires ! Est-ce à dire que tout est dans le meilleur des mondes, que le vécu n’a pas besoin d’être amélioré, que le développement inégal doit perdurer, que les rapports asymétriques doivent se maintenir, sinon s’accentuer, que les relations internationales n’ont pas besoin d’être régularisées et re-équilibrées ?

L’ambitieux projet de Kofi Annan de réforme de l’ONU définit comme priorité, entre autres, «la lutte contre la pauvreté, l’élargissement du conseil de sécurité et la codification de l'entrée en guerre » etc. Ce qui atteste le niveau de prise de conscience de la communauté internationale de la gravité des enjeux et de l’urgence de la re-actualisation du principe fondateur de l’Onu, impliquant la re-dynamisation de son action, selon les normes remises à l’ordre du jour.

Plus de justice internationale et plus de solidarité, identification de grands projets fédérateurs de co-développement, institution d’une culture de paix ! Plus d’action et moins de discours, pour engager des programmes d’amélioration des conditions de vie. La définition des visions globales de promotion de la communauté internationale constitue la meilleure alternative à la fin des utopies.

Des voies pessimistes restent, cependant, attachées aux utopies guerrières. Le discours du «choc des civilisations» semble s’inscrire dans cette mouvance. Faut-il coûte que coûte trouver un ennemi, pour compenser la disparition de l’URSS ? Adoptant comme explication, la théorie de Samuel Huttington, Henri Kissinger explique sinon légitime la guerre d’Irak, en ces termes : «Elle concerne moins la géopolitique que le choc des idéologies, des cultures et des croyances religieuses» (Editorial, Lessons for an exist Strategy, Washington Post, 12 /8/2005). Il serait hasardeux d’occulter les objectifs politico-économiques de l’intervention anglo-américaine en Irak et d’expliquer l’initiative du Président Bush, par le discours huttingtonien. Par respect pour les normes bien établies de la communauté internationale, il faut rejeter ses implications géostratégiques et redimensionner ce discours de la dérive qui joue en faveur des extrémistes des deux bords.

Khalifa Chater 

1er septembre 2005

 

 

 

 
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28 août 2005 7 28 /08 /août /2005 00:00

La stratégie de Bruxelles à l’épreuve de l’expression référendaire

 Professeur Khalifa Chater

Il faut prendre la juste mesure du rejet du traité constitutionnel européen par la France et les Pays-Bas. Cet « événement politique majeur », pour les deux pays concernés, la communauté européenne et les remises en cause qu’ils induit nécessairement, - ne serait-ce ce rejet salutaire de la pensée politique unique européocentriste  instituée par les gestionnaires de l’Union – concernent évidemment ses différents partenaires géopolitiques méditerranéens, atlantiques et internationaux.

Du point de vue strictement européen, les reproches françaises et dans une certaine mesure hollandaises se réfèrent vraisemblablement à la montée du chômage, à la suite des délocalisations au profit des nouveaux pays de l’Union, à la faveur d’une uniformisation du marché, ne tenant pas compte des différences des salaires et des mesures de protection sociale.  D’autre part, les subventions de mise à niveau ont été largement financées par les pays riches de l’Union. Les «souverainistes» français  font valoir les dépassements sinon les empiètements des prérogatives de l’entité nationale.  Cet aspect ne saurait être occulté par une mise en avant des considérations de politique interne qui jouent évidemment dans toute consultation politique.

Les doléances concernent d’ailleurs la gestion des hauts fonctionnaires de l’Union, dans une ère post-politique qui a redimensionné, pour faire face aux défis de la mondialisation, la prise en compte des attentes des citoyens et ses options –fussent-elles souvent non -exprimées de politique intérieure et extérieure !  Le souci d’un élargissement d’envergure du marché, se légitimant par le mythe d’une Europe unie a induit un processus d’uniformisation, agissant comme un bulldozer, transgressant  les spécificités géopolitiques, les données de l’histoire lointaine et immédiate et les dimensions différentielles des réalités.  Or, l’intégration globale immédiate d’une Europe si différente peut provoquer, comme contrecoup, un rejet d’humeur ou de raison. L’expression  référendaire française et hollandaise relève de ce processus, dont on a surestimé les dimensions conjoncturelles et/ou nostalgiques. Et d’ailleurs, l’exercice politique fait valoir parmi ses exigences la prise en compte de l’opinion publique.

Autre considération essentielle, le projet d’une définition d’une politique étrangère commune, dans le cadre de la mise en œuvre du traité constitutionnel. Or, les citoyens de l’U.E. ont réalisé, durant la gestion de la guerre et de l’après-guerre d’Irak, la démarcation entre les vues d’une Europe dite « vieille », - puisque fidèle à ses principes fondateurs - et d’une Europe atlantiste, soucieuse de s’aligner sur son libérateur de l’emprise soviétique.

Mais cette « pause» qu’induit nécessairement le « non » français, suivi par le «non » hollandais, doit concerner également le partenariat euro-méditerranéen, dans le cadre d’une  re-actualisation du processus de Barcelone, à l’occasion de son dixième anniversaire. Comment ressusciter et accréditer auprès des peuples d’Europe et de la Méditerranée cette vision solidaire de concertation, de coexistence, d’échange et de co-développement. L’élargissement de l’Europe a provoqué un recentrage continental, dont on ne doit pas sous-estimer les effets. Il explique la mise en œuvre de la politique de voisinage qui opte pour des relations bilatérales, aux dépens du partenariat collectif et global. Est-ce à dire que la politique de voisinage sonne le glas de Barcelone, appelé à se limiter à la définition des enjeux et des principes, privilégiant le discours à la praxis ou du moins réservant la mise en œuvre aux accords asymétriques de voisinage.

Khalifa Chater

chaterkhalifa@topnet.tn

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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24 août 2005 3 24 /08 /août /2005 00:00

La  fin du leadership régional ?

 Professeur Khalifa Chater

    Dans un souci de désidéologiser notre approche, nous avons préféré utiliser l’expression aire arabe plutôt que monde arabe. Tout en reconnaissant l’importance du tissus relationnel arabe (langue et culture, mémoire historique, cause palestinienne commune, identification de l’autre), nous avons préféré, dans un souci de prise en compte de l’état de l’opinion et des Establishments et de re-actualisation de la pensée politique arabe, dégager le terrain de la recherche des concepts idéologiques sérieusement mis à l’épreuve par les successives guerres du Golfe de 1990 à nos jours. Fin du nassérisme et du Baath, les utopies n’ont pas pu transgresser les pesanteurs de la réalité. La solidarité, affirmée comme un absolu, a pris désormais une dimension réaliste, faisant valoir les intérêts bien compris des différents états[1]. 

     En tant qu’espace, l’aire arabe est bien entendu, une entité géopolitique, c’est-à-dire  « un terrain de manoeuvre de la puissance locale, régionale et mondiale» et «un enjeu pour le contrôle des voies stratégiques, de ressources vitales, mais aussi de territoires ou de lieux symboliques[2]».  Or le séisme irakien a redimensionné les acteurs arabes du Moyen-Orient, redessiné la carte géopolitique, par un rééquilibrage des pôles, en relation avec le nouvel état des rapports de forces dans la région. Fait d’évidence, il inscrit, dans les faits, la  fin du leadership régional. Est-ce que tous les acteurs arabes ont pris la juste mesure de cette donne, qui doit annoncer, après la fin de la «guerre froide arabe», l’aire du partenariat multilatéral !

  Le leadership américain ? « Vassalisation » du Moyen-Orient, l’expression est certes bien exagérée ! Mais la nouvelle donne fait valoir la présence américaine sur la scène, comme acteur dominant sinon exclusif. En tant que tel, il entretient un réseau d’alliances, privilégiant des partenaires qu’il associe dans la réalisation de sa stratégie. Notre analyse doit rappeler cette identification américaine de  la «carte des alliances» et des pôles de suspicion, essentiellement la Syrie et le Soudan. Dans cette vision dichotomique, il n’y a pas de place à une aire d’indifférence. Mais la hiérarchisation des alliances change selon le contexte, les nécessités de la stratégie sinon les états d’âme de la conjoncture. Rappelons que les Etats-Unis avaient tenus à associer, dans leur première guerre contre l’Irak leurs alliés traditionnels l’Arabie saoudite et l‘Egypte, élargissant même la coalition à la Syrie, jadis réfractaire au jeu politique américain. Ils ont, par contre, privilégié, au cours de la seconde guerre contre l’Irak, le recours aux pays du Golfe et à la Jordanie. Ce changement de partenaires, qui s’explique aussi par les réserves des alliés de la première expédition, révèle de nouvelles options. Et d’ailleurs, la guerre d’Irak avait, entre autres objectifs, le choix du « nouvel Irak », comme partenaire privilégié, sur la scène moyen-orientale. Ses gisements pétroliers, sa richesse agricole mais aussi son poids démographique permettaient de compenser et/ou de compléter les atouts des ressources pétrolières de l’Arabie et démographiques de l’Egypte, permettant par ailleurs de consolider et de développer le réseau des alliances et de le hiérarchiser, selon le besoin. Le déroulement des événements devait, certes, réviser les prétentions utopiques du scénario et faire valoir une option plus réaliste, dans un système d’alliance différentielle conjoncturelle. Il faut donc tenir compte des rapports de forces qu’il induit, réagir en conséquences et définir les stratégies nationales, en connaissance en cause de la conjoncture. Loin de «l’œil du cyclone» le Maghreb échappe à ce mode de traitement du Moyen-Orient. Le règlement du contentieux américano-lybien met à l’ordre du jour l’établissement de relations «apaisées».

   Palestine, les armes de la paix !   Est-ce que la réunion de Charm el-Cheikh, le 8 février 2005 est susceptible de remettre à l’ordre du jour le processus de paix en palestine. Le sommet Ariel Sharon-Mahmoud Abbas avait certes des ambitions limitées. Il s’agissait d’amorcer un dialogue et de lui assurer les préparatifs nécessaires. Mais les dossiers du règlement de la question palestinienne (création de l’Etat, démantèlement des colonies, statut de Jérusalem, question des réfugiés) n’ont pas été abordés. Abbas et Sharon se sont à mettre un terme à quatre années de violences qui ont fait plus de 4.300 morts de part et d'autre. Mais les observateurs avisés savent que l’objectif sécuritaire mis en avant par le premier ministre israélien ne pouvait être réalisé que par un traitement des questions politiques. Nous ne partageons pas les vues de ceux qui estiment que le sommet assure le triomphe des vues de Sharon. «L’homme de guerre», le faucon a dû changer son fusil d’épaule, sinon se convertir en « colombe». Il a, vraisemblablement, reconnu comme évidence la nécessité de reconnaître le fait palestinien, pour assurer la sécurité d’Israël, créer les conditions de son intégration dans son environnement, à l’heure de la mondialisation. Mais ses vues idéologiques doivent subir une sérieuse révision. L’état sur le terrain et les recommandations américaines –  résultat d’une appréciation pragmatique de l’importance de l’enjeu palestinien dans l’aire arabe et le monde musulman – peuvent le convaincre pour adopter cette « raison d’Etat ». Du côté palestinien, la prise de position de Mahmoud Abbas est courageuse, dans la mesure où l’arrêt de l’Intifadha a lieu, sans garantis politiques. Pays assujetti, la Palestine ne peut faire des concessions qui aliènent le recouvrement de sa souveraineté. C’est dire la marge de manœuvre limité de Mahmoud Abbas. Israël doit reconnaître cette réalité. Fait intéressant, les précédentes négociation, en présence du Président Clinton et les « négociations » de Bellin et Rabbo, agissant en « explorateurs » non officiels ont précisé les enjeux territoriaux. Une volonté politique peut  finaliser l’accord, en faveur de cette « éclaircie».

   La présence du Président égyptien et du roi de Jordanie – un quartet alternatif ? - permet de conforter la trève de fait annoncée lors du sommet quadripartite de Charm el Cheikh. La normalisation des relations avec les pays arabes - condition Sine qua none – apparaît comme un objectif important de la politique de Sharon. Annoncée prématurèment par l’Egypte et l’Egypte, agissant en éclaireurs, la normalisation fait valoir l’importance des «armes de la paix».

   Syrie/Liban,  la nouvelle donne: L’adoption par le Conseil de Sécurité de la résolution 1559 (2 septembre 2004) s’inscrivait  dans le nouvel ordre mis à l’ordre du jour  au moyen-Orient. Rappel à l’ordre de la Syrie, la résolution demandait l’évacuation des troupes étrangères. Il était temps ! Dépassant l’accord de Taëf (22 octobre 1989), la résolution recommandait expressément la dissolution et le désarmement des milices libanaises et non libanaises. L’appel de l’Onu renforçait les vues de l’opposition souverainiste qui prenait ses distances vis-à-vis du Président Lahoud. La contestation adoptait comme slogan,  la fin de « l’ère de la tutelle ». L’attentat à l’explosif, le 14 février, qui a coûté la vie à l’ancien premier ministre Rafic Hariri, devait susciter une mobilisation populaire, hostile au pouvoir établi et à la présence syrienne. Les accusations prématurées, propagées essentiellement par la rumeur publique créaient un climat de suspicion évident, attesté par la demande de l’opposition d’ouverture d’une enquête internationale.

   Dans l’état des choses, vu la complexité de la situation au Moyen-Orient, la diversité des mouvements de résistance et de dérives terroristes, l’ampleur du jeu des acteurs sur les scènes, les arrières-scènes d’une scène impliquée dans une mutation profonde la multitude des alliances et des contre-alliances, aucun scénario ne peut être privilégié. La stature de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, ses positions réalistes et nuancées, sa prise en compte des rapports de forces régionales et internationales n’étaient pas de nature à plaire à tout le monde. On ne pouvait ni exclure une opération jihad international, ni une stratégie de défense du statu quo ou de rééquilibrage. Mais la grave épreuve montre la nécessité de prise en charge des Libanais de la gestion de leurs affaires, y compris bien entendu la défense de leurs frontières et la défense de leur sécurité. La voie de la raison doit l’emporter pour imposer la reconstruction du consensus national et l’établissement de relations équilibrées entre la Syrie et le Liban, deux partenaires stratégiques de fait. Bien entendu l’application de l’accord de Taëf, mesure de sagesse et de Realpolitik, ne saurait être différée, pour éteindre ce foyer de crises et faire échec aux velléités d’interventions étrangères. La lucidité recommande d’anticiper les prises de position. 

   La recomposition du paysage politique : Les faits majeurs qui ont eu lieu au Moyen-Orient mettent un point final aux concepts désormais désuets du « croissant fertile » et de la « Grande Syrie ». Par contre, on enregistre l’émergence d’un arc chiite susceptible de remettre en question les équilibres fondateurs de la géopolitique arabe. Est-ce la fin annoncée de l’état-nation et le retour au système ottoman, fondée sur une prise en compte des ethnies, sous la suzeraineté de la Sublime Porte ? Il serait hasardeux d’expliquer le présent par le recours à des catégories conceptuelles d’un passé révolu.

   Redistribution des cartes ou reconfiguration géopolitique, comment définir alors les mutations actuelles du Moyen Orient ? Les bouleversements actuels du paysage irakien a, bien entendu,  ses effets d’entraînement sur la Syrie. Est-ce à dire que le sort des deux républiques sœurs, façonnées par l’idéologie du Baath, érigé en parti unique et totalitaire, est scellé ? Nous ne le pensons pas. L’idéal unitaire a été, en effet, mis en échec par la praxis politique, expression des intérêts divergents et des options des dirigeants. La démarcation des réseaux d’alliances, conjoncturels sinon contre - nature, au cours des différentes guerres du Golfe, explique le jeu concurrentiel des deux régimes. Cela relève désormais de l’histoire lointaine. Au Sud de la vallée du Nil, les événements du Darfour, qui se déclanchèrent comme par hasard, après la conclusion des accords, qui avaient pour objectif de mettre fin à la guerre civile, ne pouvaient que fragiliser le régime et susciter l’intervention extérieure.

  Plus de jokers, plus de leadership, la nouvelle donne limite désormais la marge de manœuvre des différents acteurs. Les manœuvres théâtrales ne doivent pas nous induire en erreurs. Comment faire face aux défis de la conjoncture, dans cette aire arabe, « un espace de solidarité » qu’on ne peut réduire à sa simple expression géographique ? Fin des utopies, est-ce que l’épreuve actuelle fait valoir désormais la gestion réaliste des affaires, la prise en compte des rapports de forces et la mise à jour d’une stratégie de la reprise de l’initiative, fondée sur une dynamique de progrès, de réformes et de développement globale. Peut-on rêver lucidement d’une libération des pesanteurs du passé, pour réussir cette  confrontation avec les dures réalités du présent ? Ce qui implique une analyse critique  de la condition arabe.

Professeur Khalifa Chater

 


 


[1]- J’avais écrit en 1991, après l’occupation du Koweït –acte grave, tragique et désastreux – et la formation de la coalition contre l’Irak, que les Etats arabes ont « ôté le masque». Ils  assument désormais plus  franchement leur liberté de manœuvre. Il était d’ailleurs temps qu’ils abandonnent le discours hâtif du consensus, pour élaborer des compromis réalistes, face aux défis.

[2] - Voir Alexandre Defay, Géopolitique du Proche-Orient, Puf, Que Sais-je ?, Paris, 2003, pp. 5.

 

 

 

 

 

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4 août 2005 4 04 /08 /août /2005 00:00

Note de lecture

 «l’ère posthégémonique*» ?

Professeur Khalifa Chater

 «Nous sommes sorties de l’ère hégémonique américaine (1945 -1990) et sommes maintenant propulsés dans une ère posthégémonique » (p. 39).

Vu l’état du monde, les rapports de forces, la carte géopolitique actuelle, l’énoncé d’ Immanuel Wallerstein apparaît comme une parole prophétique qui transgresse la réalité. A défaut d’arguments, l’avènement d’un monde réellement pluraliste, marqué par la fin de l’hyperpuissance américaine, apparaît comme Deux ex machina, c’est-à-dire le dénouement plus heureux que vraisemblable qui conclue une pièce de théâtre. Quelques années plutôt, Emmanuel Todd, a cru prédire, avec un empressement enthousiaste, le déclin des Etats-Unis d’Amérique[1]. Or, la réalité est bien têtue. Annoncer la fin d’un fait d’évidence, le rôle dominant et hégémonique de l’acteur américain, sur la scène internationale est une gageur bien difficile. Sur quel argumentaire peut-on prendre le risque de formuler ?

Postulat préliminaire d’Immanuel Wallerstein, l’ère d’hégémonie américaine (1945 - 1989). Tout en faisant valoir la «grande dichotomie idéologique du XXe siècle» et en affirmant que les deux idéologies, appelées curieusement le wilsonisme et le léninisme  ont, toutes les deux, cherché à s’assurer « l’intégration politique de la périphérie du système-monde» (p. 13), l’auteur définit l’Union soviétique, durant la guerre froide, comme « un sous-ensemble de la puissance impériale des Etats-Unis » (p.44). Pouvait aussi aisément occulter les différentes dimensions et les graves conséquences de la lutte bipolaire, qui a marqué le système-monde et marqué de ses empreintes la plupart des conflits internationaux ou régionaux, en dépit d’un partage, par résignation, des espaces, admettant les faits accomplis. La chute de l’empire soviétique, en 1989, une défaite concluant un duel acharné, ne peut faire oublier à l’historien, l’état bipolaire du monde et les manifestations de puissance de l’URSS.

Immanuel Wallerstein cite, parmi les symptômes de déclin hégémonique :

-        une puissance économique accrue des alliés,

-        l’instabilité de la monnaie et le déclin de l’autorité sur les marchés financiers,

-        le déclin de la polarisation politique mondiale, « force organisationnelle (et stabilisatrice) et de la tension qui en découlait »

-        un déclin dans la disponibilité générale de la population à investir sa vie dans le maintien de la puissance hégémonique (p. 73).

En d’autres termes, l’analyste reprend, en le revisitant les facteurs de la puissance hégémonique du XIXe –XXe siècles : le contrôle des capitaux, des matières premières et des marchés, qui fonde la puissance industrielle et la vocation impériale qu’elle inscrit parmi les priorités de son développement. Peut-on d’ailleurs reprocher à l’historien braudélien[2] de ne pas inscrire ses schémas de pensées dans la théorie de Braudel et du concept de l’économie-monde, durant les différentes ères historiques ? Or, les temps nouveaux sont marqués par le saut de la rupture et non de la continuité. Pour comprendre le monde d’aujourd’hui, nous avons besoin d’un nouveau paradigme[3]. La prise en considération des facteurs sociaux économiques doit être mise en relation avec la «la production informationnelle», privilégiant les ressources immatérielles, ce qui implique les avancées dans le domaine du savoir et de l’innovation et/ou découvertes. Les éléments constitutifs de l’économie « immatérielle» sont, bel et bien, l’expression actuelle de la nouvelle puissance, à l’heure de la mondialisation. Or l’avancée des Etats-Unis, dans ce domaine, est incontestable. Elle assure la maîtrise de l’information et de la communication, la domination de l’espace et une supériorité manifeste dans l’économie-monde, par sa gestion des flux globaux financiers et commerciaux, confortée par la supériorité technologique évidente. L’observateur avisé ne peut perdre de vue ses éléments de puissances, qui nous renvoient au « modèle analytique de l’hégémonie des Etats-Unis », mis au point par l’analyste autrichien Egon Matzner :

 «L’hégémonie des Etats-Unis est basée sur la suprématie dans trois domaines clés, qui sont liés entre eux. En premier lieu, on doit mentionner le noyau militaire/technologique, dont le fondement est deuxièmement, le noyau militaire/industriel. Le troisième domaine d’influence est de nature idéologique/médiatique[4] ».

Inscrivant ses attentes dans le « processus cyclique normal », Immanuel Wallerstein annonce «une nouvelle phase A de Kondratiev, basée sur des nouveaux produits de pointe protégées par le monopole, concentrés dans de nouvelles localisations» (p. 74). Or, rien ne permet de conforter ces prévisions, qui situent les visions d’avenir, dans les schémas de pensée superficiellement remis à jour, d’une histoire cyclique sinon répétitive. L’histoire certes continue, n’en déplaise à l’idéologue Fukuyama l’idéologue. Nous partageons, dans ce domaine, la conviction d’Immanuel Wallerstein, titre de son ouvrage. Mais  pas «l’histoire qui roule sur rails, selon un plan infaillible et grâce à un aiguilleur infaillible[5]», qui annonce la victoire du prolétariat ou l’itinéraire des libertés, d’après les théories respectives marxistes ou libérales. L’ère post-guerre froide a mis en valeur la discontinuité historique et établi l’incapacité à prévoir les mutations, dans un monde à la recherche de sens et des normes.

Ainsi redéfinie, la problématique ne peut qu’inciter à un examen prudent des puissances substitutives annoncées par l’auteur : Le Japon (future puissance maritime et aérienne) et l’Union Européenne (puissance terrestre). Fait surprenant, la Chine ne figure guère dans l’horizon. Remarquons, d’autre part, que l’auteur se risque même à évoquer une «guerre (mondiale) de trente ans» entre le Japon et les Etats-Unis, se terminant par «le triomphe probable du Japon» (p. 74). Nous laissons à notre historien-géopolitologue la liberté d’assumer cette conclusion que nous ne partageons pas et que nous considérons dans plutôt comme une « hypothèse» de travail, élaborée sur « les grandes lignes du modèle « traditionnel » (ou « normal » ou précédent)». Mais Immanuel Wallerstein n’écarte point, sans l’instrumentaliser dans son traité, «l’irruption de nouveaux processus  ou de nouveaux vecteurs » (p. 75).  Ce qui risque de remettre en cause et son argumentaire et ses conclusions.

Outre la compétition pour l’hégémonie, fin observateur des temps présents, Immanuel Wallerstein remarque que « la période qui vient de se clore était un temps d’espérances, d’espérances sans doute le plus souvent déçues, mais il était tout de même possible d’espérer. Le temps qui vient sera un temps de turbulences et de luttes davantage nées du désespoir que de la confiance dans l’avenir » (p. 39). Ces prévisions à courts termes semblent plus à la portée de l’historien.

Khalifa Chater

(3 août 2005)



* Immanuel Wallerstein, L’histoire continue, France,  Editions de l’Aube, 1999 et 2005.

[1]  - Emmanuel Todd, Après l'empire - Essai sur la décomposition du système américain,
Gallimard, Paris, Gallimard, 2002).

[2] - Immanuel Wallerstein est, en effet, le Directeur du centre Fernand Braudel, à l’université de Birghampton.

[3]   - Voir Alain Touraine, Un nouveau paradigme, pour comprendre le monde d’aujourd’hui, Paris, Fayard, 2005.  

[4]  - « Mondialisation dans un monde unipolaire, donnée à l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts, « Beit al-Hikma, Tunis, février 2003.

[5]  - Voir Arthur koester, le zéro et l’infini, Paris, Calmann-Levy, 1945, p. 35.

 

 

 

 

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30 juin 2005 4 30 /06 /juin /2005 00:00

Conflit de leadership et débats sur la définition !

Professeur KhalifaChater

« Il faut prendre les chose comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités. Bienentendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe !l’Europe ! l’Europe ! mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifierien. » (Le Président Charles de Gaule, entretien télévisé, 14 décembre1965).

Le rejet de la constitution européenne parla France et les Pays-Bas, l’échec du Sommet du Bruxelles (16-17 juin 2005),qui s’en suivit, traduisent une volonté de pause et de réflexion générale, remise à l’ordre de jour par le processus de l’élargissement et le recentragede l’Union et les projets relatifs à sa mutations en entité politique,dépassant ses prérogatives fondatrices de marché. Comment expliquer autrement la double pause du processus de ratification de la Constitution et de la négociationdu budget 2007-2013 de l'Union, décidée lors du sommet de Bruxelles ? Les déboires de l’Union Européenne font valoir, au-delà de l’opposition franco-britannique et du marchandage qui marqua les dernières assises européennes, à propos de la remise en cause française du fameux "chèque britannique" et de la demande anglaise de révision de la PolitiqueAgricole Commune, (PAC), qui profite essentiellement  à  la France, la nécessité d’une reconstruction du consensus hâtif de la vulgate unitaire. Il ne s’agit guère d’une crise conjoncturelle.« L‘agitation de surface » résulte de l’émergence d’une vague de fonds, qui atteste que des« forces de profondeur sont à l’œuvre », selon l’explication braudélienne.La prise en compte de l’importance des enjeux, de la diversité des partenaires,de leurs centres d’intérêts et de leurs cartes d’alliances, permetd’approfondir le diagnostic, de dégager le malentendu générique, enfoui par lediscours dans l’underground. Mais les réalités sont têtues et finissent parappréhender les acteurs de la scène politique. Profonde et inscrite dans ladurée, la crise concerne la définition de l’Union Européenne et la guerre pour le leadership qu’elle met àl’ordre du jour, dans une conjoncture difficile. Mais a-t-on pris conscience, qu’aucun des partenaires, sinon protagonistes, n’est assez fort pour être le maître d’œuvre de l’ordre européen en voie d’édification. L’U.E. à l’épreuve de laguerre d’Irak ? Fut-il grave, l’événement fut le simple révélateur d’unEtat de fait, d’une mésentente profonde, alors que les « protagonistes se heurtent à des difficultés pours’adapter à l’ordre mondial qui s’ébauche<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> ».Leur choix différentiel au cours de la tragédie irakienne permit de dégager les oppositions essentielles, affectant gravement, les opinions publiques, quidécouvrirent brutalement l’absence d’une vision européenne consensuelle.

I – Au-delà des discordes historiques :Des analystes avisés ont cru devoir rappeler la discorde historique, entre la Grande Bretagne et La France. On se rappelle l’intransigeance du Président Charles de Gaulle vis-à-vis de la Grande-Bretagne. La définissant comme un« cheval de Troie américain ». Il refusa longtemps son entrée dans les assises européennes. les Britanniques intégrèrent la communauté européenne,en 1973.  Ne sous-estimons ni nesurestimons les effets de ce contentieux historique. Mais reconnaissons que cette entrée tardive s’explique par des données objectives, que le généralfaisait valoir : la dépendance de la Grande-Bretagne vis-à-vis des États-Unis d’Amérique et le rejet de la conception britannique, exclusivementlibre-échangiste, de l’Europe<!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]-->. Et,d’ailleurs, la Grande Bretagne exprima son attitude spécifique - une donnée évidente de la géopolitique - en n’adhérant pas à l’espace Schengen et à l’Euro. La construction du partenariat privilégié entre la France etl’Allemagne, binôme moteur de l’Union, montre que les réalités de l’heure comptent plus que les contentieux historiques que les dirigeants des deux pays ont courageusement dépassés. La concordance franco-allemande s’explique par les points de vues similaires sinon  proches des dirigeants et la cohérence desenjeux.

La crise actuelle a permis la résurgencedes effets de l’appréciation différentielle des dirigeants entre les partisans d’une aire de marché et ceux qui optent pour une construction d’une entité politique. Le texte de la Constitution, soumis aux parlementaires et/ou lecteurs exacerbe le conflit en révélant une démarcation fondée sur des itinéraires historiques différents entre construction libérale et une vision sociale. Mais l’élargissement de l’Europe aggravait la situation, en remettant,par l’adhésion des anciens Etats communistes, alignés sur les Etats-Unis, les équilibres fondateurs, mais combien instables, de l’Union Européenne.

II – Conflit de leadership :N’ayant jamais connu de structure politique unifié, les Etats européens peinent à fixer les règles de jeu d’une construction encore fragile et en mutationrapide. Henri Kissinger a remarqué avec pertinence que « même s’ils devaient réussir, ces Etats ne disposeraient pas pour autant d’un principe directeur susceptible de régler le comportement (communautaire<!--[if !supportFootnotes]-->[3]<!--[endif]-->)».L’Europe est conditionnée par « les concepts d’Etat-nation, souverainetéet équilibre des forces, qu’elle a inventés<!--[if !supportFootnotes]-->[4]<!--[endif]-->». Unconflit de leadership se pose évidemment entre les puissances régionales : Angleterre, France, Allemagne.Marchant sur trois pieds, l’Europe se mutait cahin-caha, condamnée àreconstruire des consensus provisoire. La guerre d’Irak a, d’ailleurs, permis d’identifier par l’un des protagonistesde la scène internationale une vieille Europe et une Europe nouvelle, intégrant dans le giron anglo-américain les pays de l’Est qui viennent de rejoindre l’Union. Ce qui affaiblit, sinon remis en cause le binôme moteur France/Allemagne. Mais le rejet français de la constitution ne pouvait que fragiliser cette entente fondatrice, remise en cause par l’incohérence des attitudes des deux pays vis-à-vis de la Constitution. Du fait de l’évolution de son opinion publique, le gouvernement Schröder était en sursis, condamné à plus ou moins brève échéance, alors que le triomphe du non affaiblissait le Président Chirac. Dans l’état actuel des choses, le leadership franco-allemand était soumis à rude épreuve et, de surcroît, critiqué par la reconfiguration des alliances, à la suite de l’épreuve irakienne et de l’élargissement.

La Grande Bretagne, qui assume depuis le début juillet la Présidence de l’Union, dans le cadre du système de rotation, aspire à assumer désormais le leadership, conforté par la re-dimension de laFrance sur la scène européenne et la crise politique allemande. Elle peut faire valoir, auprès de ses nouveaux alliés, ses positions atlantistes. Mais ses options mitigées et son engagement prudent et calculé dans l’Union Européenne, ne peuvent l’ériger en partenaire de plein droit. Assise entre deux chaises, sinon plus, la Grande Bretagne peut davantage constituer une force de blocage ue d’entraînement, d’autant plus qu’elle ne souhaite pas dépasser la dimensionmarché de l’aire européenne. Une participation dans un séminaire européen,(Lisbonne, 9 juin 2005) m’a permis de prendre acte d’un éventuel leadershipibérique. La démarcation géopolitique des gouvernements espagnol et portugais rend l’entreprise peu crédible. Quel serait alors le statut d’une union européenne, ne bénéficiant pas de l’engagement des puissances régionales ? Pourrait-il affirmer l’indépendance d’une union, lui permettre de se libérer des pesanteurs de l’aire post-communiste et monopolaire.

Conclusion : Une Europe qui nesuscite pas de rêves, qui n’arrive pas à se légitimer par l’adoption d’une ligne politique commune, qui reste ballonnée entre les positions contraires de la géopolitique, mais aussi des options économiques et sociales, comment sortirde l’impasse ? l’Union européenne doit réaliser qu’elle est condamnée à une gestion multilatérale et qu’elle doit s’affirmer, en se repositionnant par rapport aux velléités atlantiques et auxappels des partenaires traditionnels de l’Euro-Méditerrannée. Fait surprenant, mais révélateur, la crise européenne a occulté Barcelone, enterrant de fait ce dossier, dans les assises de prises de décision des Sommets de chefs d’Etats etde gouvernements. Est-ce que la renaissance de l’Union Européenne n’impliquepas aussi une re-orientation des jumelles de Bruxelles, vers les partenaires méditerranéens ?   

KhalifaChater
24juin 2005 

 

 

 

 

 

<!--[if !supportFootnotes]-->

<!--[endif]-->

<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> - Henry Kissinger, Diplomatie, traduit del’anglais par Marie-France de Paloméra, Paris, Fayard, 1996, p. 15.

 

[2]<!--[endif]--> - Voir les conférences de presse du général de Gaulle auPalais de l’Élysée les 14 janvier 1963, 16 mai 1967 et 27 novembre 1967. Voirle site : http://gaullisme.free.fr/GEIIBAtlantiqueOural.htm.

<!--[if !supportFootnotes]-->[3]<!--[endif]--> - Henry Kissinger, Diplomatie,op.cit , p. 15.

 

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