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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 13:00

Vidéo sur le site d'ARTE :

 

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 17:02

Est-ce que le régime libyen est une “sur le chemin des négociations? Certains médias se sont hâtés de l’annoncer, interprétant l’appel à une solution politique des organisations internationales (Nations Unies, Ligue des Etats Arabes, Union Africaine), réunies au Caire, le 18 juin 2011. En fait, la réunion exprima la volonté d'accélérer le lancement d'un processus politique qui réponde aux aspirations légitimes du peuple libyen. Vu l’éloignement des positions, l’ébauche d’un scénario de transition est pour le moment prématurée. La situation sur le terrain  bloque toute stratégie de mouvement des protagonistes, au delà de Brega, verrou stratégique et cité pétrolière à 240 kilomètres à l'ouest de Benghazi. Les faits sont têtus et ils attestent l’enlisement de la situation. Pour sortir de l’impasse, une médiation de pays voisins semble envisagée. Mais les acteurs doivent, au préalable, accepter l’état des faits et inscrire l’accord, dans la nouvelle donne, marquée par l’engagement populaire qui a remis en cause l’ordre établi.

Les régimes de Ben Ali et de Moubarak sont tombés comme des fruits mûrs. Défiés par la contestation populaire, ils ont tenu moins d’un mois : Déclenchement de la révolution tunisienne le 17 décembre et jour de la colère en Egypte le 25 janvier; départ de Ben Ali le 14 janvier et de Moubarak le 11 février. Objets d’un rejet évident, les régimes du Yémen et de la Libye ont  refusé toute initiative de dialogue, en vue d’une sortie de crise. L’Establishment international confirma la perte de légitimité de ces régimes, qui s’accommodèrent de leur total isolement diplomatique. Affrontement entre les forces de sécurité  et le peuple citoyen, montée des périls, l’escalade mit à l’ordre du jour la guerre civile et la répression totale, sans retenue et sans ménagement. Devant les situations différentielles des pays concernés par le printemps arabe, l’analyste doit revoir ses grilles de lecture, discerner les différences de situations, esquisser un tableau comparatif de la nature des Etats, ou plutôt l’interrelation entre le discours fondateur et son application sur le terrain.

L’étude du cas de l’épreuve libyenne nous permettrait de nuancer le diagnostic dominant et peut être de dégager les clefs de la pesanteur géopolitique, qui retardent la réalisation de la solution préconisée.

 La Libye constitue  vraisemblablement l’ultime régime idéologique dans l’aire arabe. La troisième voie que le colonel Kadhafi préconise et qu’il définit dans le livre vert fait valoir une vision tiers-mondiste spécifique. La culture politique de la Jamahiriya exprime une volonté d’homogénéisation de masse, transgressant tous les horizons, au-delà même de la nationalité libyenne. Cela concerne, bien entendu, le discours, atténué lors de  son application, par les états de fait. Mais le parcours idéologique, tout en zigzags et rebondissements spectaculaires - qu’il nous suffise de rappeler le passage de l’ère panarabe à l’ère panafricaine et la modération des options radicales et la révision des alliances, après la guerre du Golfe - met à l’ordre du jour plutôt des  oscillations que des hésitations. Ses passages à clefs s’inscrivent dans une “théorie de revirement”, confortée par une possession de la vérité qui empêche toute culpabilisation ou remise en cause. De ce point de vue, les chronologies du printemps arabe sont vécues par les autorités contestées comme des “complots”, d’un “monde coupable”, qui leur en veut. Une telle appréciation de la situation n’est pas de nature à favoriser une rapide prise de conscience, en faveur d’une nécessaire solution.

Autre fait d’évidence, le leader libyen a nécessairement adapté la mise en application de son discours à l’état de la société, à sa composition tribale  et aux rapports de forces. Il a donc composé avec l’infrastructure sociale de son pays, fut-il en avance par son cursus, ses objectifs et ses ambitions. Disposant d’une économie de rente, le pouvoir était à même d’assurer la politique de redistribution opportune, au service d’un clientélisme  politique. Il fallut donc asseoir “l’utopie révolutionnaire”, sur des assises populaires et particulièrement sur les structures tribales encore vivaces. Nous préférons ne pas recourir pour son analyse à la théorie de la segmentarité  d’Ernet Gellner, étant donné qu’il n’y avait pas au Maghreb, de société sans Etat (stateless society). La segmentarité s’y accommodait, en effet, d’une alliance  avec le pouvoir, qui faisait valoir la théorie de assabiya d’Ibn Khaldoun, c’est-à-dire  une alliance entre les tribus et  les clans qui intégrait des rapports avec le pouvoir.  L’Etat serait donc, la résultante de ces réseaux d’alliances.  Les dynasties qui se succédaient au Maghreb, au cours de l’histoire, puisaient la force nécessaire à leur existence et à leur maintien,  dans leur alliance privilégiée avec la tribu qui les a aidées à prendre le pouvoir.

Le pouvoir libyen conforta son discours idéologique fondateur, par son alliance différentielle avec le réseau tribal, cette transposition moderne du clientélisme. Cetteretraditionnalisation du système, qui assure le soutien du régime libyen, par les tribus qu’il a privilégiées. D’autre part, les divisions tribales réactualisées retardent la reconstruction du consensus, entre les différentes composantes de la société. Vu la situation présente et l’importance des enjeux, la solution exigerait l’élargissement du Conseil de la résistance, par l’adhésion négociée avec les tribus de la région occidentale que faciliterait l’abolition du leadership idéologique contesté. Mais la feuille de route de la restauration libyenne devait inscrire comme priorité la transgression du tribalisme et du régionalisme, par une mobilisation  générale, à même de dynamiser la modernisation de l’Etat et l’ouverture des horizons, qu’une dérive idéologique a instituée. La situation du Yémen est spécifique, vu son environnement et son réseau traditionnel des alliances. Mais le tribalisme que le contexte risque de dynamiser, bloque actuellement la sortie de crise ou plutôt la retarde. Fait important à ne pas négliger, la lever de bouclier des populations, en Libye et au Yémen et leur soulèvement quasi général, constituent un important facteur de reconstruction de l’union. Ils font valoir la relation de solidarité et de coopération entre citoyens responsables, égaux en dignité et en droits. Il faut prendre la juste mesure de ce processus de modernisation, mettant fin aux séquelles  du système politique clientéliste d’antan.

 

Pr. Khalifa Chater

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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 00:26

“La région est maculée du sang des peuples au Yémen, en Syrie et en Libye par des dirigeants censés présider des républiques: le Président gouverne durant son mandat puis quitte le pouvoir. Ce qui est censé se produire. C'est la façon d'être des républiques. Mais notre réalité dit l'inverse. La réalité de notre région dit que les présidents que subissent nos peuples du genre des dirigeants du Yémen, de la Syrie et de la Libye fonctionnent selon la règle, je vous gouverne ou je vous tue” (Tarek el-Hamid, Ech-Chark al-Awset, 4 juin 2011).

 

Très attendu, après le départ de Ben Ali le 14 janvier et de Moubarak le 11 février, celui du Président du Yémen eut lieu le samedi 4 juin, fixant un troisième repère au feuilleton à suspense des changements de régimes, dans le contexte du printemps arabe. Les républiques monarchiques défraient la chronique, en inventant des subterfuges pour assurer le maintien au pouvoir de ceux qui les ont confisqués. Fuites ou départs volontaires des anciens présidents Ben Ali et Moubarak ? L’ouverture des archives permettra aux historiens du futur de répondre à la question. Elle éclairera les zones d’ombres, les jeux du pouvoir, les manœuvres des hommes de cour, en relation avec le contexte international, que nous ne pouvons pas éluder.  Mais nous ne devons pas relativiser le rôle de la contestation populaire qui a exercé sa contrainte,  en appelant les dirigeants contestés à “dégager”. Alors que Ben Ali et Moubarak ont été relativement prompts à s’exécuter - poussés par certains à la sortie -, le Président Salah a fait la sourde oreille. Il accepta la solution honorable que lui offrit le Conseil du Golfe mais tint pas sa promesse. Il refusa, à trois reprises, de signer l’accord, privilégiant la solution sécuritaire. Pis encore, il mobilisa ses adeptes pour la répression et mit à l’ordre du jour la guerre civile, en engageant sa clientèle à l’affrontement tribal.

L'attaque du palais présidentiel, par des obus, le vendredi 3 juin, a blessé le Président, le Premier ministre, deux vice-Premier ministres et les présidents des deux chambres du parlement. Aller simple ou aller et retour, le départ du Président Salah et de ses proches collaborateurs, pour des soins en Arabie Saoudite, suscite une vacance du pouvoir alors que l’attaque a décapité le gouvernement. L’intérim est désormais assuré par  le vice-président, Abdel Rabbo Mansour Hadi. Pouvait-on se hasarder à parler d’un changement de régime ? Les jeunes de la révolution  se sont empressés de célébrer ce départ, qu’ils estimaient définitifs. Mais la réalité est bien plus complexe. Ahmed, le fils aîné du Président Salah, commande les troupes d'élite de la garde républicaine et trois de ses neveux contrôlent les agences de renseignements et de sécurité du pays. Vu la nature clientéliste du régime et la distribution des pouvoirs militaires et sécuritaires entre les membres de la famille Salah, le vice-président n’a pas les coudées franches pour prendre le contrôle du pouvoir et, si possible, saisir cette opportunité pour tenter de rétablir le dialogue et inaugurer une ère de transition, par la réalisation d’une réconciliation générale.

Le contexte actuel peut cependant conforter sa position, car le changement du régime constituait désormais une priorité pour les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. Les ingrédients de l’équation yéménite sont désormais graves : instabilité, insécurité, guerre civile, réactualisation du tribalisme, sans oublier l émergence de la Kaïda, favorisée par ce contexte. Les pourparlers entre l’ambassadeur des USA et le vice-président, alors qu’il venait de prendre le pouvoir,  le 5 juin 2011, attestait que le traitement de la crise était désormais perçu comme une urgence. Toute perte de temps, mettait en échec le changement dans la continuité que les USA préconisaient. De son côté, l’Arabie Saoudite craignait les débordements de l’élan révolutionnaire, sur son flanc sud. La redynamisation de la contestation au Bahreïn cette semaine et le sit in du Koweït, le 3 juin, demandant au premier ministre de “dégager”. en reprenant le slogan du printemps arabe et en revendiquant l’instauration d’une monarchie constitutionnelle, ne pouvaient que susciter l’inquiétude de l’ensemble des pays du Golfe. Dans quelle mesure, est-ce que la nouvelle donne ne favorise pas le retour à la médiation des pays du Conseil du Golfe, comme une exigence absolue, vu la gravité des effets d’entraînement de  la poursuite de l’enlisement au Yémen ? 

 

Pr. Khalifa Chater

 

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 13:43

Fait d’évidence, sinon vérité de La Palice, l’Union du Maghreb arabe relève plutôt du discours que des actes. Une institution embryonnaire effective a été créée, d’un commun accord, pour incarner la volonté d’union. Elle parvient à maintenir les liens organiques. Mais la non tenue, depuis de nombreuses années,  du sommet qui détient les prérogatives essentielles, paralyse l’appareil et le contraint à limiter ses ambitions. Nous ne pouvons cependant parler d’une absence de concertations. Mais elles se réalisent, lorsque la conjoncture le permet, lors des Sommets arabes, africains et dans les instances internationales. Fut-elle considérée comme un choix stratégique, par les acteurs politiques, l’UMA est perçue par les opinions publiques comme une utopie, dont la réalisation est constamment différée par les divergences de la conjoncture, sinon l’incompatibilité des ambitions régionales.  Nous préférons parler de malentendus entre les acteurs, sinon de sautes d’humeur. Or, la concertation entre les dirigeants pouvait facilement rapprocher les points de vue, identifier des solutions ou des compromis, pour relativiser  les divergences, surévaluées et érigées en contentieux. Une solution maghrébine aurait, peut être, permis de traiter  le dossier saharien. L’a-t-on essayé ? Nous n’en sommes pas la, pour le moment. La nouvelle conjoncture, les péripéties du printemps arabe et les tempêtes qui l’accompagnent mettent à l’ordre du jour une pause conjoncturelle, qui n’exclut d’ailleurs pas le développement des relations bilatérales et la mise à l’épreuve de la maghrébinité,  illustrée par le traitement de l’émigration libyenne actuelle, en Tunisie et l’affirmation d’une solidarité fraternelle, transgressant les frontières.

Les effets de la nouvelle conjoncture : L’esquisse d’une nouvelle carte géopolitique dans l’aire arabe et au Maghreb constitue la nouvelle donne. Elle suscite naturellement des redéfinitions des enjeux et des repositionnements. La Tunisie, qui a anticipé le mouvement de libération démocratique est actuellement préoccupée par la reconstruction du nouveau régime, l’application institutionnelle du mouvement d’émancipation  populaire et la restauration de son économie. Prenons la juste mesure de ces nouvelles priorités. En Algérie et au Maroc, les Establishments, sollicités d’engager des réformes, ont privilégié les réponses politiques aux réactions sécuritaires des pays du Moyen-Orient. La aussi, la gestion interne prévaut actuellement. Elle explique la situation d’attente, sans toutes fois remettre en question l’attachement à l’UMA.

En Libye, on peut parler actuellement d’une situation d’enlisement et de blocage de l’horizon, en attendant la fin de la guerre et l’adoption d’un scénario de sortie de crise. La reconstruction de l’Etat et la redéfinition du nouveau régime constitueront des priorités absolues. Fait à ne pas exclure, l’UMA doit attendre son  choix d’alliance, entre le Maghreb et le Moyen-Orient, qui a longtemps perturbé son engagement dans les instances de l’Occident arabe.

L’intégration du Maroc au sein du Conseil du Golfe : Fait surprenant, les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe se sont déclarés, lors de leur récent sommet (Riyad 10 mai 2011), favorables à une adhésion de la Jordanie et du Maroc à leur groupement régional. L’annonce de l’intégration du Maroc, qui abrite le siège de l’UMA, au sein du Conseil du Golfe, suscita les inquiétudes des observateurs tunisiens et algériens, qui furent prompts à évoquer une défection susceptible de mettre fin à leur instance d’union. “ Va-t-elle sonner le glas de l’Union du Maghreb Arabe ? Un attachement qui, il faut bien le reconnaître, ne doit pas  peser bien lourd face aux perspectives  que cette adhésion peut ouvrir à un pays comme le Maroc en matière d’emploi et d’investissement s’interroge, Leaders, la revue électronique tunisienne (12 mai). Position plus affirmée du journal algérien al-Watan, qui mit en avant, au-delà du souci de sauvegarder l’UMA, les craintes d’une remise en cause de l’ordre arabe :

Nouveau défit pour la Ligue arabe et pour l'Union du Maghreb Arabe. Les limites géographiques sont effacées… Les lignes d’une nouvelle politique arabe se dessinent…Les pays du Golfe veulent prendre la locomotive du monde arabe ( al-Watan, 12 mai).

 

La déclaration du Maroc exprima son souci de calmer le jeu et de dissiper les craintes d’une sortie de l’UMA :

Le Royaume du Maroc a accueilli avec un grand intérêt l'invitation adressée par le Conseil de Coopération du Golfe (CCG), aux fins de son adhésion à ladite organisation…  A cette occasion, le Maroc tient à rappeler l'importance et la particularité des relations fraternelles qui le lient aux pays du Golfe Arabe et se félicite de la concertation profonde et de la solidarité agissante entretenues avec ces pays. Il  réitère, par ailleurs, son attachement naturel et irréversible à l'idéal maghrébin et à la construction de l'Union du Maghreb Arabe, choix stratégique fondamental de la nation marocaine” (Communiqué du ministère des Affaires Etrangères, Agence Maghreb Presse, 11 mai 2011).

Risque d’une entrée du Maghreb, dans la politique des axes arabes, le défi ne doit pas être sous-estimé. Les pays d’Afrique du Nord avaient tenu, jusqu’alors, à servir la cause arabe, à défendre la question palestinienne, en optant pour une politique de rapprochement, sans engagement déclaré dans les alliances géopolitiques du Moyen-Orient. La nouvelle conjoncture, l’onde de choc du printemps arabe et la recomposition de la carte géopolitique, incitent les acteurs maghrébins à mettre leurs pendules à l’heure, pour assumer le choix de la maghrébinité, revendication historique et actuelle prioritaire de leurs citoyens. La pause conjoncturelle de l’UMA doit permettre sa reconstruction et sa dynamisation.

Pr. Khalifa Chater

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 14:59

 

Les révolutions du printemps arabe ont été les produits de la dynamique interne.  Expressions d’un mécontentement général, d’une remise en question de leurs Establishments, d’une volonté d’affirmer la souveraineté populaire, elles se sont déclenchées, à la suite de la révolution tunisienne qui les a anticipées et précipitées. Est-ce à dire, qu’elles  n’ont pas subi les effets de la pesanteur de la géopolitique et que les grands acteurs internationaux ont adopté une attitude de neutralité totale ? Nous ne partageons pas les approches de ceux qui expliquent tous les événements par "le jeu de l’ombre", la théorie du complot qui justifieraient les déboires des Arabes et nourrissaient les ressentiments de leurs populations. Ce discours de déculpabilisation des Establishments arabes doit être abandonné, puisqu’il empêche d’appréhender les problèmes avec lucidité.  Par contre, il serait naïf d’occulter le jeu politique international, fut-il complexe et souvent non revendiqué ! - et de nier ses effets sur la tournure des événements, particulièrement sur les questions centrales du Moyen-Orient. Dans ce contexte, l’analyste averti doit prendre en ligne de compte que les acteurs internationaux ne pouvaient pas s’accommoder d’être en situation d’hors jeu, dans ces mutations qui affectent le Moyen-Orient et peuvent susciter une révision des rapports de forces. Elles ne se limitèrent, certes, point aux simples  condamnations des exactions de la répression et aux actions humanitaires qu’elles ont prises.  Mais les mesures d’accompagnements qu’elles ont prises et les réactions qu’elles ont manifestées traduisent des positions différentielles, en relation avec les intérêts dominants, les jeux d’alliances et les équilibres régionaux.

L’Establishment international a certainement modifié sa configuration et ses modes d’action. Nous préférons parler désormais de "la Diplomatie de connivence", adoptant le concept de Bertrand Badie (titre de son livre, in La Découverte, 2011). Dépassant l'expression consensuelle "post-bipolaire" pour identifier la fin de la guerre froide entre les Etats-Unis et l'URSS, il fait valoir que l’Establishment dominant, qu’il appelle "le directoire du monde", manie judicieusement la coopération et la compétition. La première s'impose  "quand un intrus se montre impétueux" alors que la seconde prend le relai quand les intérêts nationaux sont en jeu. La diplomatie de connivence, ainsi définie, régit et assure le pilotage du système d'interdépendance. Les positions  adoptées par les puissances, dans le traitement des insurrections du Moyen-Orient, illustrent cette stratégie différentielle.

Au Yémen, l’intervention des puissances a été hésitante, condamnant la répression, mais évitant de prendre une attitude décisive. Elle préféra laisser l’initiative au Conseil du Golfe. Ali Abdullah Saleh a refusé, samedi 30 avril 2011, de signer le plan de sortie de crise prévoyant sa démission alors qu'il avait donné son accord de principe, quelques jours au paravent.  Résignation, attentisme, son refus ne suscita point d’intervention énergique. Comment expliquer cette attitude de complaisance ? Volonté de ménager un allié contre le terrorisme ? Importance de l’intérêt géostratégique, à sauvegarder ? Porte du détroit de Bâb Al Mândab, le Yémen occupe une position stratégique sur la route du pétrole près de la Corne de l’Afrique. Crainte de débordement du mouvement insurrectionnel, en Arabie et dans les pays du Golfe ?

Au Bahreïn, la contestation populaire est occultée, sinon culpabilisée. La vague de protestation et les multiples sitting, en faveur des réformes, en février et en mars ont été brutalement stoppés par l’intervention des forces de Conseil de Coopération du Golfe et l’envoi des troupes d’Arabie et des Emirats. Les pays occidentaux et certaines capitales arabes ont certes exprimé leurs inquiétudes. L’administration américaine s’est dite "très préoccupée par la violence des répressions". Mais on ne dépassa pas les vœux pieux. Abritant la Ve flotte dans le Golfe, le Bahreïn représente pour les Etats-Unis une base militaire et politique et un poste de commandement des forces navales. D’autre part, la contestation populaire fut définie comme une opposition religieuse  chiite et, en tant que telle, elle suscita une bataille diplomatique, avec l’Iran,  accusé de s'immiscer dans les affaires chiites de Bahreïn où règne une minorité sunnite, qui détient le pouvoir. Le sommet de Riyad, des pays du Golfe, le 10 mai confirmerait cette approche. Cette guerre d’influence permit d’occulter la question, ignorée, comme par hasard, par les chaînes de télévision du Golfe, qui se sont pourtant mobilisées pour couvrir l’actualité du printemps arabe. En tant que  rempart face à l’influence iranienne, le régime du Bahreïn est ménagé.

En Syrie, les réactions mitigées de la communauté internationale face à la répression peuvent surprendre. Les puissances occidentales étaient censées exprimer leur soutien aux adversaires d’un régime qui fait partie de la mouvance radicale, face au clan des pays modérés, alliés des  Etats-Unis.  La répression fut certes vigoureusement condamnée. On évoqua même l’adoption de mesures de sanctions. Mais la volonté de sauvegarder la stabilité dans la région et la défense de l’ordre régional arabe actuel, semblent prévaloir. La diplomatie de connivence craint l’ouverture de la boite de Pandore.

Tout en célébrant la victoire démocratique, l’Establishment international semblerait craindre les effets du réveil du monde arabe et le traitement de la politique étrangère de ses pays, conformément aux vœux et aux attentes de leurs  opinions publiques. Ces attitudes  ne constituent-ils pas des marqueurs significatifs ? L’Establishment international a dû, certes, s’accommoder des révolutions de Tunis et d’Egypte et soutenu l’insurrection de la Libye. Mais il resterait plutôt favorable au Moyen-Orient au "modèle de stabilité autoritaire" ? Peut-on expliquer cette dichotomie entre le discours et les actes, par la pesanteur géopolitique ? L’actualité permettra de mettre à l’épreuve l’argumentaire occidental en faveur de la démocratisation et la moralisation de la gestion des affaires internationales. Nous y reviendrons.

Pr. Khalifa Chater

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 09:25

L’Annuaire encyclopédique,  IEMed de la Méditerranée, 1910, qui vient d’être publié, est une œuvre magistrale, fort précieuse pour faire le bilan du partenariat euro- méditerranéen.  Rassemblant 63 spécialistes éminents, elle  transgresse le simple diagnostic, puisqu’elle présente un état des lieux, identifie les pesanteurs, les conditions sine qua none, dans certains cas, et évalue les scénarios d’avenir, en relation avec les attentes des populations de l’aire. Encore une fois, l’Iemed fait œuvre utile, sous la direction de l’ambassadeur Senen Florensa, grand expert de la Méditerranée et grand connaisseur du Maghreb. Signalons, que ce directeur du projet a voulu éviter tout discours politiquement correct, tout langage de bois, pour engager les auteurs à ouvrir le débat, susciter les controverses, présenter la diversité de leurs opinions et conjuguer une approche multidisciplinaire fort pertinente.

Dans sa préface, Senen Florensa, le Directeur Général de l’Iemed montre la voie. Il reconnaît courageusement que le blocage du processus de paix, qu’il explique diplomatiquement par ‘‘les faits des dynamiques internes’’, a constitué une ‘‘impasse qui a particulièrement entravé le déploiement institutionnel’’ de ‘‘L’Union pour la Méditerranée : processus de Barcelone’’. Nous relevons aussi  l’intérêt prioritaire, qu’il accorde dans sa vision globale du projet, à ces deux facteurs : l’emploi et l’investissement, qui dit-il, à juste titre ‘‘conditionneront la capacité, à longs termes de la région à surmonter une crise, qui pénalise les pays méditerranéens, à des rythmes divers’’. De ce point de vue, Senen Florensa occulte les priorités sécuritaires et anti-migratoires, qui ont marqué le discours des partenaires européens

L’étude de l’environnement du partenariat  a été traitée, comme une donne de réalisme politique, le constat d’un état de fait, d’un jeu d’acteurs : L’examen de l’interférence de la politique étrangère américaine est pris en considération et traité par Stuart E. Eisenstadt, l’auteur du projet du partenariat américain avec le Maghreb. Eugenio Bregolat Obios, identifie l’influence de la Chine, dans l’aire et fait valoir la nécessité pour les pays riches de  l’Union Européenne, ‘‘d’offrir de meilleures conditions, que la Chine, en commençant par ouvrir leurs marchés agricoles’’. Sans être ignorée ou surévaluée, le traitement de l’impact de l’Iran sur l’aire méditerranéenne tient compte de l’appréciation différentielle des deux rives et affirme, en conclusion solennelle: ‘‘Aujourd’hui plus que jamais, l’UE doit faire preuve de cohérence à la table des négociations internationales car la majeure partie du nouvel ordre naissant prend formes aux portes de la région euro-méditerranéenne’’ (approche d’Anoushiravan Ehteshani). Nous souscrivons à cet appel, qui aurait dû aborder le débat sur les différences de vision du danger nucléaire des différents acteurs de la région.

Constat de consensus des auteurs, l’œuvre collective fait valoir que la Méditerranée est une priorité absolue pour l’Europe. Prenons la juste mesure de ce constat, une évidence pour les observateurs du Sud, qui regrettent qu’une aile dominante de l’U.E. privilégie l’axe oriental et considère le Sud, comme simple périphérie. Nous ne nous attarderons pas sur les papiers biens judicieux, consacrés aux effets de la crise économique. Nous y reviendrons, lors de l’examen des effets complexes de l’ouverture commerciale, de la rupture de certains équilibres fondateurs, et des rapports économiques asymétriques. L’étude des relations Israël-Palestine était unilatérale. Elle a été heureusement compensée par Antonio Segura, qui a rappelé des données  significatives oubliées   par le premier auteur : le rapport Goldstone, la crise de la flottille de paix, le dommage collatéral sur l’UPM.

Le thème essentiel, l’UPM, a été traité par Senen Florensa, ‘‘militant’’ de la cause euro- méditerranéenne. Tout en présentant les bénéfices attendu de l’élan actuellement insuffisamment dynamisé, dans le contexte du blocus du processus de paix, en faisant valoir les projets pertinents mis en œuvre, il remarque, que ‘‘cette obsession des six projets d’envergure risque de nous amener à oublier la vision globale du partenariat’’. Partageant ces vues, nous estimons que l’UPM doit se redéfinir, pour mettre à l’ordre du jour une vision globale, un programme ambitieux de co-développement et de solidarité, développant le partenariat dans ses différents axes. Nous y reviendrons pour examiner les conditions du dépassement du statut actuel de ‘‘l’UPM, processus de Barcelone’’. Ce qui nécessitera de  surdimensionner ses ambitions.

 

Pr. Khalifa Chater

 

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 16:16

  Pour tout commentaire, je vous convie à lire cet extrait du poète Aboul Qacem Chabbi. Le poète rebelle Chabbi (Tozeur 1909-Tunis, 1934) , incarne avec le alim révolutionnaire Tahar Haddad (El-Hamma, 1899 -  Tunis, 1935), selon mon approche, la  ‘‘modernité critique’’, l’audace créatrice, la promotion citoyenne.   

La volonté de vivre


‘‘Lorsqu’un jour le peuple veut vivre,

Force est pour le destin de répondre,

Force est pour les ténèbres de se dissiper,

Force est pour les chaînes de se briser’’

"qui n'aime point escalader les monts,
"traine à jamais dans les crevasses".

 

(La volonté de vivre, 1933)

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 06:15

Mondialisation et fermeture de l’horizon, nous vivons, semble-t-il, l’ère des paradoxes, c’est-à-dire  la présence de deux propriétés mutuellement exclusives dans un phénomène. Comment signifier autrement l’entrée spectaculaire dans les réseaux sociaux, la domination de l’internet et ses applications annexes et l’apparition des phénomènes de rejet de l’autre, celui qui n’appartient pas à votre culture, à votre religion ou à votre ethnie. Fussent-elles des cas de dérives exceptionnelles, les attaques  des lieux de culte, les culpabilisations des minorités religieuses ou linguistiques nous appréhendent et nous inquiètent. Comment interpréter autrement cette régression de la civilisation, au XXIe siècle ?

A l’ère des grands progrès scientifiques, ces opérations qui tentent de réactualiser les guerres de religions et rappellent des temps révolus, attestent, tragiquement, les faiblesses de l'esprit humain de leurs auteurs, pis encore de leurs commanditaires et plus précisément leur manque de discernement. Comment admettre ce retour à la Jahiliya, l’ère-anté-islamique que l’Islam a bel et bien transgressée, dénoncée et condamnée ?

La tragédie d’Alexandrie - l’attentat dans la nuit de vendredi 31décembre 2010, dans une église copte d'Alexandrie qui a fait 21 morts -  heurte l'opinion commune. Elle représente une  situations-limite, un acte intolérable, car elle a pour objectif diabolique de remettre en cause “le vivre-ensemble”, cet idealtype que l’humanité a patiemment forgé, au cours des siècles.  Rien ne permet de comprendre cet acte qui déroge au droit commun, rien ne permet de pardonner de tels crimes. A l’épreuve de l’événement, notre aire arabo-musulmane doit énergiquement annihiler ces scories de la pensée rétrograde, de la culture de la jungle, des guerres tribales, ethniques ou religieuses.

Comment tolérer ces velléités de mettre en échec le processus d’émancipation vers un mieux-vivre, notre “ gage d’humanisation ” , notre paradigme de progrès et son corollaire d’une pensée intrinsèquement liée aux références éthiques qui identifient l’homme comme valeur fondamentale dans le vivre-ensemble. Dans un monde qui se soucie de promouvoir “une philosophie sans frontières”, un universalisme de droits, une éthique de solidarité internationale, ceux qui veulent pêcher dans les eaux troubles doivent être mis en situation de hors jeu.

Situation moins grave mais surprenante, un ministre libanais veut interdire les ventes immobilières entre chrétiens et musulmans. Cette position fut considérée comme "une réaction outrancière à une situation inacceptable", soi-disant  pour arrêter une campagne d’achat systématique, car elle  "relance un débat communautaire inutile pour le pays qui est déjà sous tension ". Cette position discriminatoire, au Liban, qui a pris audacieusement, le pari du vivre ensemble, ne peut être tolérée. Rien ne doit, d’autre part, encourager la création d’un environnement susceptible de favoriser un processus quelconque  d’émigration des chrétiens du Moyen-Orient, qui l’appauvrirait dangereusement. N’oublions pas le grand apport des libanais chrétiens à la renaissance de la culture arabe, l’apport des Palestiniens chrétiens à la défense de la cause nationale et le rôle incontestable de l’élite chrétienne en Egypte, en Irak et en Syrie.  Toute politique d’ostracisme remet en cause notre richesse culturelle, notre vision humanitaire et notre quête de sens.

Situation d’épreuve, la carte géopolitique du Moyen-Orient doit  remettre à l’ordre du jour sa grille de lecture du non-dit : Je citerais, parmi ses tendances, la redynamisation des identités ethniques, aux-dépens de l’Etat-nation, la restauration des guerres rituelles, le développement de l’exclusion, l’émergence des dérives,  dans le contexte de la culture de la passion et de la violence et la guerre de l’ombre contre les Lumières et le progrès. Une évaluation de la situation permet, certes, heureusement de constater que ces dérives sont des exceptions, qui expriment des positions marginales. Mais une identification rationnelle des stratégies de renaissance et de promotion, ne peut tolérer ces tactiques archaïques, dont le processus de désintégration sociétale ne doit pas être toléré. 

 

 

 

 

                                                             Pr.Khalifa Chater 

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Published by Pr. Khalifa Chater - dans Aire arabe
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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 21:43

“Les tensions pourraient bien s'aviver sur la péninsule coréenne et devenir hors de contrôle si la situation présente, particulièrement, n'est pas gérée proprement, et cela ne serait dans l'intérêt de personne” (message du président américain Barack Obama au président chinois Hu Jintao, lundi 6 décembre 2010).

Bruits de bottes, tactiques de provocation, ou simples confrontations de discours fondateurs, avec les effets démonstratifs évidents,  la crise coréenne suscite de sérieuses inquiétudes. Le message téléphonique du Président Obama au Président chinois, à la veille de nouvelles manœuvres de soutien américain de leurs alliés, atteste que la péninsule coréenne est désormais un épicentre de la géopolitique mondiale.  Nous ne revenons pas sur les principaux événements, des repères de cette conjoncture de tension. Les relations quotidiennes de la presse les ont décrites et inscrites dans leurs contextes. Notre propos a pour objet d’identifier la toile de fond du jeu de scènes et des manœuvres sur le terrain, pour expliciter les données structurelles des dynamiques internes respectives et de la carte géostratégique, dans cette aire. D’ailleurs “le coup de semonce” de Pyongyang contre Séoul semblait répondre à des objectifs intérieurs et extérieurs. Il s’agissait, selon les observateurs, de “renforcer la solidarité interne en vue de la succession” et de pousser les Etats-Unis et la Corée du Sud, vers la table des négociations.

La péninsule coréenne est marquée par la frontière infranchissable, la “balafre”, héritée de la guerre froide, qui la divise. Conséquence de l’après-guerre, la carte géopolitique oppose désormais un pays libéral qui a réalisé son miracle économique et un Etat communiste, s’accommodant d’un leadership héréditaire. Approfondissant les définitions réductrices des deux Corées,  Patrick Maurus effectue une révision de la problématique, à partir des représentations identitaires de leurs habitants. Son essai : La Corée dans ses fables (Paris, Actes Sud, 2010)  montre que les deux entités - aussi opposées qu’elles soient-  ont en partage une "coréité" qui repose sur un sentiment d'être victime (de leurs voisins puis des grandes puissances).  La Corée fut marquée par la colonisation japonaise (1910-1945). D’autre part, à  la suite de l’occupation, en 1945, par l'URSS au nord et les Etats-Unis au sud, elle fut scindée en deux Etats, en 1948, qui menèrent, deux ans plus tard, une guerre fratricide. Patrick Maurus explique par cette victimisation, l’émergence d’un nationalisme ethnique exacerbé au Nord, quifait de la "coréité" la clé de voûte de l'idéologie, et du communisme une notion secondaire. Cas d’espèce, le matérialisme historique s'ancre d’autre part, dans le mythe, puisque la revendication nationaliste évoque l’épopée du roi fondateur Tangun : de nature semi-divine, il serait venu sur Terre il y a cinq mille ans. "La Corée devient ainsi aussi ancienne (= honorable) que la Chine et le Japon" et le nationalisme se fonda dès lors sur "une éternité sanguine et raciale".

L'identité profonde des coréens explique  le désir de réunification de leurs citoyens et sans doute leur souffrance née de l'impossible réconciliation, dans la conjoncture actuelle.  Cette situation a été analysée par le documentaire du journaliste indépendant, Alexandre Dereims, Han - le prix de la liberté ”. Film sur les des réfugiés de Corée du Nord qui tentent de s'exiler en Thaïlande en passant
par la chine,  Han signifie à la fois le peuple coréen dans son ensemble et la souffrance de l'âme coréenne. 

Mais la donne internationale ne semble pas œuvrer pour assurer, dans l’état actuel des choses, les conditions favorables à la réunification. La Chine désapprouve les velléités guerrières de la Corée du Nord et lui conseille volontiers une certaine retenue. Mais une Corée unie et proaméricaine dérangerait Pékin. D’autre part, les Etats-Unis, sont certes soucieux de renforcer leurs positions dans la zone Asie- Pacifique. Mais, en dépit de la gravité de leurs griefs envers Pyongyang, ils s’accommoderaient bien du statu quo pour éviter tout acte de provocation  sérieuse à l’égard de la Chine. En dépit des inquiétudes que suscite la politique militaire de la Corée du Nord, le statu quo reste à l’ordre du jour, vu l’imbroglio international que susciterait le changement de son statut (voir Son Chemin, Courrier international, 2-8 décembre 2010). Mais est-ce que la dynamique interne n’est pas susceptible de susciter une mobilisation citoyenne, pour transgresser cette situation paradoxale et réaliser l’unité rêvée de la péninsule coréenne ?

Pr. Khalifa Chater

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 10:04

Le Sommet de l’Otan (Lisbonne 19-20 novembre) avait pour ordre du jour de redéfinir les objectifs de l’Alliance atlantique, en relations avec les nouveaux enjeux de l’ère post-guerre froide. Certains diraient que l’Otan est  ‘‘à la quête d’un sens’’,  depuis la disparition de l’ennemi qu’elle a été mise en œuvre pour le combattre. Depuis lors, ses mécanismes de fonctionnement vivaient une conjoncture d’errance, sinon une pause de réflexion. Certains avaient cru pouvoir l’inscrire dans la vision réductrice, partisane et polémique du   ‘‘choc des civilisations’’. Elle sut éviter la dérive et réagit, en mettant à l’ordre du jour le dialogue avec les pays de la rive sud de la Méditerranée  (décision du sommet d'Istanbul). Confirmant le rapprochement entre l'Alliance et les pays du Maghreb et du Proche-Orient, elle fait valoir sa volonté de développer avec eux sa coopération. L’invitation de la Russie au Sommet de Lisbonne s’inscrit dans la construction d’un nouveau partenariat stratégique. Nous y reviendrons.

Les deux opérations effectuées par l’Otan, dans l’ex-Yougoslavie et l’Afghanistan s’inscrivaient dans une politique de gouvernance mondiale. Prenant le relais de l’ONU elles se proposaient d’assurer l’exécution militaire des décisions de l’Establishment international effectif. Cette stratégie permit de rétablir un certain ordre dans les Balkans et d’assurer la coexistence des Etats issus du démembrement de la Yougoslavie. Par contre, les opérations d’Afghanistan n’eurent pas de résultats probants, de l’aveu des acteurs sur le terrain. Montée des périls, la guerre continue à faire rage, avec ses tragédies humaines et ses morts d’hommes quotidiens. Pis encore, le terrorisme qu’elle devait subjuguer connut un développement territorial grave, avec son extension au Pakistan. Est-ce à dire que l’option  militaire privilégiée ne pouvait tenir lieu de solution politique ? De fait, l’intervention étrangère suscita un phénomène de rejet, tout en s’accommodant d’un projet de société rétrograde et d’une économie parallèle, sauvegardant le commerce de la drogue.

Il était dans la logique de la géopolitique que l’Otan prenne acte de la situation et adopte un planning d’évacuation. Ratifiant la décision prise par le Président Obama, les 28 chefs d'Etat et de gouvernement réunis à Lisbonne ‘‘ont donné leur aval à une stratégie de sortie d'une majorité de leurs 150.000 soldats à mesure que la responsabilité des combats sera transférée à l'armée afghane, tout en s'engageant à soutenir à long terme le gouvernement de Kaboul’’. Ce passage de relais devrait débuter au plus tard l'été 2011, et se poursuivre jusqu'à la fin 2014. ‘‘Nous avons lancé le processus par lequel le peuple afghan va redevenir maître de sa propre maison’’, a déclaré Anders Fogh Rasmussen, le  secrétaire général de l'Otan.  Mais que le langage diplomatique ne nous trompe pas. Il s’agirait plutôt de prendre acte de l’échec de l’intervention militaire. Retour au pont de départ, les Afghans doivent engager le processus politique de construction d’un consensus d’une gouvernance indépendante, réalisant l’entente, la culture de la paix et la promotion des habitants. La dynamique interne devrait faire valoir le retour à ces normes excluant, il va de soi, le terrorisme.

Autre question primordiale traitée, il s’agirait d’adopter  un nouveau concept stratégique, qui devait permettre d’assurer la mue de l’Otan, ou du moins son adaptation à la nouvelle donne internationale.  L'objectif plus général, a déclaré M. Rasmussen, est aussi de définir à ce sommet ‘‘la direction que va suivre l'alliance dans les 10 prochaines années’’ pour la rendre ‘‘plus efficace, plus engagée dans le monde que jamais auparavant’’. Dans ce cadre, le Sommet de Lisbonne  adopta le projet d’un bouclier antimissile destiné à protéger les populations d'Europe. Il s’agirait de faire face aux nouvelles menaces (cyberattaques, terrorisme, prolifération balistique et nucléaire, sécurité des approvisionnements énergétiques etc.).

Le sommet Otan-Russie, qui eut lieu le 21 novembre et l’invitation de la Russie à collaborer au système de défense antimissile,  montrent que l’Otan a cessé de l’identifier comme une menace. ‘‘Notre sécurité est indivisible’’, a déclaré M. Rasmussen devant les 29 participants, dont le président Dimitri Medvedev. Bernard Guetta parle, à juste titre, d’un ‘‘nouveau front international, qui se cherche ’’. Il se hasarde même à annoncer que ‘‘les vieilles puissances se rapprochent face aux nouvelles’’ (Géopolitique, France inter, 22 novembre 2010). En fait, dans cette conjoncture, le  nouvel ennemi n’est pas défini. L’évocation de l’Iran, cité hâtivement par l’un des participants comme menace susceptible de mettre en péril les forces militaires de l’Otan ne parait pas crédible. Ne s’agit-il pas d’un leurre, destiné à brouiller les cartes, à cacher les vrais desseins ? Certains dirigent leurs regards vers l’Asie et vraisemblablement la Chine. Néanmoins, rien ne permet de faire valoir cette probabilité, dans le monde actuel où la confrontation est, pour le moment, essentiellement commerciale et monétaire.

Pr. Khalifa Chater

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