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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 21:45


 

Traversant une conjoncture difficile, confortée par le blocage du processus de paix, l’aire arabe doit faire face à des défis structurels et conjoncturels sérieux. Conscient de la gravité des enjeux, le Sommet de Syrte  s’est montrés soucieux de dynamiser la Ligue arabe et de renforcer ses mécanismes d’exécution. Dans ce contexte, il mit, à l’ordre de jour, le développement du partenariat  arabe avec l’Afrique et celui des pays du voisinage.

Le projet d’une «Ligue de voisinage arabe»,   qui inclurait des pays comme l’Iran et la Turquie, présenté au Sommet de Syrte, par Amr Moussa, suscita  un riche débat. On a pris, vraisemblablement,  acte du changement du paysage politique par l’effet de la dynamique régionale, qui a induit une perception d’une aire arabe qui transgresse ses frontières. Le report de l’adoption ne peut être expliqué uniquement par les divergences géopolitiques. Projet d’envergure, il nécessitait une réflexion approfondie. En fait, la politique de voisinage, ne pouvait réformer le pacte fondateur de la Ligue des Etats arabes, ni changer sa composition, ni ses objectifs. L’inscrire comme une alternative à l’action nationalitaire pouvait être considéré comme une «fuite en avant», au mieux, une pause de réflexion. Certains diraient une tactique de repli, par un processus d’élargissement ! Prenons l’exemple de la politique de voisinage de l’Union Européenne, elle élargit le champ de sa coopération, sans abandonner ses prérogatives essentielles, sans se démettre.

La politique de voisinage de la Ligue des Etats Arabes, permettrait de développer un partenariat de solidarité, identifier de multiples champs d’action politiques, économiques et culturelles. Mais il ne peut s’agir d’intégration. Cette politique de voisinage doit, d’ailleurs, s’accommoder des divergences entre les partenaires : l’Iran, la Turquie et les acteurs arabes, leurs prises en comptes de leurs intérêts et les centres concentriques de leurs aires d’influence et d’intervention. La révision de la politique iranienne, après la chute de la monarchie et la nouvelle politique turque, en faveur du monde arabe constituent des arguments importants, pour tisser un réseau de liens, au profit de tous. Ainsi défini, en tant que partenariat de solidarité,  ce processus  est inscrit dans les faits et dans l’opinion arabe. 

Dans cet ordre d’idées, le développement ou plutôt la réactualisation du partenariat avec l’Afrique serait d’un apport précieux. Nous constituons, ensembles, une aire de solidarité. D’ailleurs les pays du Maghreb et l’Egypte appartiennent aux deux aires arabe et africaine. Le Sahara constituait un relai, semblable aux mers et aux océans, puisque le dromadaire était appelé le vaisseau du désert. Mais la colonisation a érigé le Sahara, en frontière, coupant les ponts d’antan, les remplaçant par les rapports asymétriques entre les métropoles et les colonies. La fin de l’ère postcoloniale et la promotion, depuis lors, des souverainetés africaines, induit un changement de perspective, au profit du partenariat arabo-africain.

Bien entendu, le développement des partenariats, ne devrait pas dispenser l’Establishment de la Ligue, des réformes qui paraissent indispensables. Miroir certes, des Etats arabes, la Ligue traduit leurs relations différentielles,  vu la démarcation géopolitique du Moyen-Orient. Mais, le système générique de la coopération arabe est appelé à  réactualiser  l’ensemble de ses mécanismes et de ses modes d’action. Ne faudrait-il pas  s’adapter à la nouvelle conjoncture internationale et à la carte géopolitique arabe actuelle ?

Nous pensons, en effet, que "l'ordre arabe" actuel a mis sur le même pied les différents pays arabes ou presque. Il est appelé, à instituer la collégialité dans la prise de décision et à créer les mécanismes de l'action politique collective. Cette approche  implique la concertation et la construction du compromis, pour identifier la politique communautaire à adopter et l’adaptation des instances de la Ligue, à cet effet. Bien entendu, la conjoncture actuelle a fait valoir les options réalistes et la diplomatie rationnelle, qui constituent, semble-t-il, les dividendes positifs d'une décennie d'épreuves.

Peut-être faudrait-il également remarquer le rééquilibrage de l'ordre arabe, vraisemblablement au profit du Maghreb, dans le cadre de l'homogénéisation de ses options internationales, la distanciation modératrice de ses positions au sein de la famille arabe, sans oublier la complémentarité de son économie, fondée sur l'exploitation des hydrocarbures, avec une production agricole et industrielle importante. Peut-on parler du temps du Maghreb !

 

Pr. Khalifa Chater

 

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 10:54

Situé au nord-est de l'Afrique, à la charnière des mondes arabo-musulman et africain, le Soudan est actuellement soumis à rude épreuve. Le référendum pour l’autodétermination  du Sud, qu’il a mis, à l’ordre du jour, pour mettre fin à la guerre civile, risque de faire valoir la partition de sa région méridionale et de dénoncer son compromis fondateur, après la décolonisation. N’oublions pas, d’autre part, qu’il ne peut être isolé des zones de tensions géopolitiques de son environnement. Prenons la juste mesure de ce scénario, à risque, pourtant possible et selon certains protagonistes plutôt probable. La guerre civile qui a ravagé ce pays depuis une quarantaine d’années traduit des clivages ethniques, religieux et linguistiques importants. La situation est aggravée par la convoitise des puissances, qu’il suscite, pour son pétrole et la perte du laborieux statu quo qu’il annonce sur le partage des eaux du Nil, entre les pays voisins.

Genèse et développement de la discorde : Les lignes de failles entre le Nord et le Sud, non suffisamment prises en compte, au cours du XIXe et XXe siècles,  expliquent la genèse de la discorde. La démarcation  culturelle, ethnique et religieuse entre les principales composantes et les hostilités qu’elle suscite (Arabes contre Africains, Nuers et Shilluks contre Dinkas, Islam contre christianisme et animisme) expliquent, dans une large mesure les racines du conflit. Mais des facteurs  économiques et politiques l’ont nourri, depuis lors. Les champs pétrolifères étant, pour l'essentiel, localisés au Sud, les sudistes reprochent aux autorités de Khartoum de vouloir contrôler ces richesses à leur unique profit.

A juste titre, Gérard Prunier, chercheur au CNRS et spécialiste de l'Afrique orientale affirme que  " la question du Sud, principal problème de la nation soudanaise depuis l'indépendance, n'est pas apparue en 1956. En fait, l'opposition Nord-Sud est consubstantielle à l'existence du Soudan en tant que nation et date de l'occupation égyptienne, c'est-à-dire de 1820". La structure ethno-politique, du pays, créait, depuis l’indépendance (1er janvier 1956), une situation de risque. Les Sudistes souhaitèrent faire valoir leurs différences et affirmer leurs revendications. Leurs dirigeants préconisaient le pluralisme culturel et religieux du Soudan, tout en favorisant un système fédéral dans un État laïc. Par contre, l’Establishment inscrivait la création des institutions, dans le cadre de l’unité nationale, avec comme corollaire l’arabisation. Ses adversaires lui reprochaient de ne pas tenir des croyances animistes ou chrétiennes des populations du Sud. Ils ajoutaient, à leurs griefs, une certaine domination de l’appareil administratif, par l’élite nordiste.

De ce fait, la guerre civile s’inscrivit dans les faits. La décision du Président Numeiri, en 1983, d‘instaurer la charia et d’étendre le domaine du droit musulman, cantonné depuis la colonisation au droit personnel et au droit pénal, mit le feu aux poudres. Mais il ne faut pas réduire le conflit à l’initiative religieuse qui l’a déclenchée : Elle s’expliquerait par l’opposition entre deux cultures et peut-être même par la situation conflictuelle évidente entre le Centre nordiste et la périphérie sudiste. La guerre du Darfour (Ouest du Soudan), s’inscrit, également, dans ce cadre.

L’accord de paix du 9 janvier 2005,  signé à Nairobi entre John Garang (APLS) et le vice-président Ali Osmane Taha, représentant le gouvernement soudanais, met fin à 21 ans de guerre civile. Cet accord prévoit un régime d'autonomie de 6 ans au Sud-Soudan, période à l'issue de laquelle un référendum d'autodétermination sera organisé. Mais les relations de tensions dominèrent et se perpétuèrent.

Soudan, le risque de partition : La préparation du référendum au Soudan s’engage dans un climat de tension, de déclarations d’hostilité et de risques d’affrontement. Pourquoi cette montée des périls ? Quels sont les enjeux réels ? Deux consultations sont prévues par l'accord de paix de 2005 qui a mis un terme à des décennies de guerre civile entre Nord et Sud. Les deux scrutins auraient lieu le 9 janvier 2011. Le premier verra les Sud-Soudanais se prononcer sur une éventuelle indépendance vis-à-vis du Nord, et le second portera sur le rattachement de la région pétrolifère d'Abyei à l'une ou l'autre des entités si le pays se divise. Or, les relations entre Khartoum et Juba, capitale du Sud semi-autonome, restant très tendues, des négociations préalables  n’ont pas pu s’engager, pour élaborer des compromis, mettre au point des conditions d’entente. Dans cette situation conflictuelle, les dirigeants du Sud semblent plus enclins à l’option séparatiste.

La question du pétrole constitue l’élément de discorde et la raison d’intervention extérieure. Le Soudan produit actuellement 500.000 barils de brut par jour, dont les trois quarts proviennent des champs pétrolifères au Sud-Soudan ou dans des zones contestées à la lisière Nord-Sud. En dépit du contexte de crise, les discussions sur le partage du pétrole, la frontière et la citoyenneté se poursuivent entre les protagonistes. La richesse pétrolière du sud-Soudan et la nécessité d’utiliser  les oléoducs traversant le Nord-Soudan afin d'exporter son pétrole, incitent les deux parties à collaborer. Mais la politique n’exclut pas les surenchères, les prises de positions de passion et met parfois en échec les décisions de raison. 

 

Fait d’évidence, une partition éventuelle du Sud mettrait en cause le consensus africain sur l’intangibilité des frontières et ouvrirait la boite de Pandore. Ce qui explique les déclarations des Sommets arabe et arabo-africain de Syrte en faveur de l’unité nationale du Soudan. D’autre part, le Sud assure le passage des eaux du Nil vers le Nord et l’Egypte. De ce point de vue, le Caire est bel et bien concerné par la question. Des arrangements, des ententes entre les pays voisins sont possibles. Elles permettraient d’apaiser les relations et fournirait au Sud Soudan, région enclavée, de transgresser un éventuel isolement territorial.

Fait important et qu’on ne doit pas perdre de vue, la question énergétique et les risques d’affrontement religieux expliquent le rôle des acteurs internationaux. Faut-il s’étonner du jeu d’Israël, dans les coulisses de ce théâtre de l’ombre ?

Pr. Khalifa Chater

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 17:16

Compte rendu d'une conférence

Alger, Hôtel Hilton, 5 novembre 2010

 

 

 

Le Pr Chater Khelifa invité de l’INESG : En l’absence d’un leadership, une gestion collective des problèmes et conflits


 

Alger 5 novembre]Le professeur Chater a fait un rappel des faits et évènements qui ont marqué l’histoire contemporaine du Monde arabe, depuis la création de la Ligue Arabe à l’invasion US de l’Irak

Reflexion sur l’ordre du Monde arabe à l’heure du nouveau Moyent Orient : mythe et réalité, tel est le thème de l’importante conférence-débat animée par le professeur Chater Khalifa, président de l’Association tunisienne des relations internationales , jeudi après-midi à l’hôtel Hilton, en présence de hauts cadres de ministères et d’institutions, de chercheurs universitaires et d’étudiants.
Organisée par l’INESG ( Institut national d’études de stratégie globales), la rencontre a permis à l’éminent spécialiste tunisien des relations internationales de faire un large constat de la déplorable situation dans laquelle se trouve actuellement le Monde arabe, sans manquer de s’interroger sur les voies et moyens à même de lui ouvrir des perspectives réelles à l’avenir, l’autorisant à jouer un rôle concret dans la région et dans le monde. Dans ce contexte, le professeur Chater a fait un rappel des faits et évènements qui ont marqué l’histoire contemporaine du Monde arabe, depuis la création de la Ligue Arabe à l’invasion US de l’Irak, en soulignant à chaque fois, l’échec flagrant des démarches initiées par la Ligue des Etats arabes en vue de régler tous différents et conflits rencontrés par ses membres individuellement ou par la Nation  arabe, comme le montre clairement le problème palestinien. Illustrant ses propos par des caricatures bien inspirées, relevées dans plusieurs journaux arabes connus, tels que “Chark El Awsat”, “ El Ahram” et El Qods El Arabi”, il a souligné que la rue arabe qui n’est pas dupe de ce qui se passe, suit les sommets, critique les résolutions, sans oublier de demander aux membres de la Ligue, le passage aux actes. Comment, sur quelle base, avec quels moyens de persuasion effective, s’est intérrogé le conférencier en déplorant l’absence “d’acteurs” puissants pour mener le jeu politique - par référence à la théorie de Brezinski (USA)-depuis la mort du leader égyptien Djamel Abdenasser et l’incapacité des monarchies du Golfe à s’affirmer sur la scène arabe, malgré leurs immenses richesses pétrolières et puissance de leurs médias. Résultat logique de tous les échecs répétés de la Nation, l’Iran et la Turquie  (dans une moindre proportion) se placent sur l’échiquier arabe, grâce aux accords de coopération bilatéraux et surtout aux alliances stratégiques nouées avec les régimes arabes (cas de l’Iran avec la Syrie) et avec les partis politiques (Hezbollah du Liban et Hamas de Palestine), non sans mettre à nu le rôle “déshonorant” attribué par l’occident à l’Egypte et l’Arabie Saoudite à la faveur de l’invasion US de l’Irak. L’éminent professeur a évoqué également les menaces sérieuses de la partition du Soudan et ses conséquences sur l’Egypte, la crise politique au Liban, avant de conclure que la gestion collective des problèmes et conflits constitue la meilleure solution actuellement, en l’absence de leadership sur la scène arabe, tout en souhaitant un reéquilibrage des forces au profit du Maghreb Arabe. L’ordre pourra sortir de la conciliation et de l’équilibre des intérêts , suggère Henri Kissinger, rapporte le conférencier en appelant les pays arabes à mettre la modernité à l’ordre du jour, à conjuguer avec les nouvelles mutations géopolitiques.
Mourad A.

El MOUDJAHID.COM : Quotidien national d'information

 

Mise à jour mercredi 10 novembre 2010

 

mercredi 10 novembre 2010 07:41:18

 

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 16:18

L'UE soutient “la solution de deux Etats démocratiques vivant côte-à-côte dans la paix et la sécurité” et ces Etats “devront garantir pleinement l'égalité de tous leurs citoyens… Dans le cas d'Israël cela veut dire qu'ils soient juifs ou pas ” (Déclaration de Catherine Ashton, Maja Kocijancik, la porte-parole de la chef de la diplomatie européenne devant la presse. Bruxelles, 12 octobre 2010).

Le gouvernement Netanyahu  a adopté, dimanche 10 octobre 2010,  un projet de loi exigeant que tout candidat à la citoyenneté israélienne jure loyauté envers “ l'Etat juif et démocratique d'Israël”. Deux poids, deux mesures, les juifs immigrants en Israël obtiennent automatiquement la nationalité israélienne tandis que les non-juifs doivent nécessairement prêter serment envers “ l'Etat d'Israël”. Cette loi remet en cause les droits de la minorité arabe qui regroupe 20% de la population israélienne. Elle institue, d’autre part, un mécanisme d’exclusion définitive,  des réfugiés palestiniens des guerres de 1948 et 1967. La race remplacerait ainsi le droit du sol et le droit du sang, au mépris des droits de la citoyenneté et de l’autodétermination des peuples. Cette velléité de redéfinition donne un éclairage sur le régime pseudo démocratique.

Dénonciation des résolutions de l’ONU, le deuxième texte annoncé, imposerait au gouvernement un référendum pour toute concession territoriale dans la partie arabe de Jérusalem et sur le plateau du Golan. Prenons la juste mesure de cette volonté de légitimer la colonisation et l’occupation territoriale. Est-ce que la communauté internationale, peut longtemps tolérer cette négation de son discours fondateur, explicitée par la volonté de perpétuer une situation d’apartheid ?

Comble de provocation, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu a proposé lundi 11 octobre  à  Mahmoud Abbas de reconnaître Israël comme l'Etat-nation des Juifs, en échange d'un nouveau moratoire sur la poursuite de la colonisation en Cisjordanie. Une telle offre hors normes, ne pouvait qu’être rejetée.  

Cette volonté de poursuivre la colonisation exclut toute perspective de paix. Alors que les négociations avaient pour objectif d’évacuer les territoires occupés, de démonter les colonies, de restaurer les droits des réfugiés, dépossédés par des implantations étrangères, la politique israélienne persiste et signe. Les raisons invoquées : problème de majorité parlementaire, invocation des questions de sécurité, ne sont que des subterfuges. Or, la communauté internationale, faisant valoir des jeux d’alliance non explicités, semble s’accommoder de cette duperie.

Dans l’état actuel des choses, les interventions de persuasion d’un pouvoir récalcitrant ne pouvaient que lui permettre de gagner du temps, d’établir des faits accomplis, d’assurer l’extension des colonies, des institutions de non-droit.

L’impasse doit inciter la communauté internationale à effectuer une révision radicale de sa gestion de la tragédie palestinienne. Elle doit passer à la vitesse supérieure, dépasser les comportements d’indulgence  et parfois les traitements de faveur. Une mobilisation diplomatique doit permettre de conforter la veille stratégique. Le retour aux normes devrait constituer la condition sine qua none de l’établissement d’un partenariat. L’exemple de la lutte de l’Afrique du Sud, contre le pouvoir discriminatoire et la stratégie de résistance diplomatique qu’elle a mis en œuvre, pour l’accompagner, lui ont permis d’atteindre le rivage du salut. Fidèle à cet exemple, l’Afrique ne pouvait rester indifférente à la réactualisation d’une telle stratégie d’émancipation, selon le modèle mis en valeur par Nelson Mandela, objet d’une célébration unanime de tous les partisans de la liberté.  Le Sommet arabo-africain de Syrte rappelle cette épopée victorieuse.

Pr. Khalifa Chater

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 21:45

“ L’Europe dans le miroir de l’Allemagne ”, plutôt que “l’Europe dans le miroir de la Suède” (référence à l’arrivée de l’extrême droite au parlement suédois) ou “l’Europe dans le  miroir des Roms”  (référence à l’épreuve des émigrés de Bulgarie et de Roumanie). Le choix de ce titre me permet d’adopter, en la corrigeant, la formule utilisée cette semaine, par des observateurs  avertis qui ont tenté de définir très approximativement l’évolution de l’Europe.

Il ne s’agit certes pas de minimiser l’impact du succès  des nouvelles extrêmes-droites européennes, de l’Italie aux Pays-Bas et du Danemark à la Suisse, en passant par la Belgique. A la recherche de l’événement, les médias d’Occident leur offrent volontiers les plateaux de télévision et leur permettent de diffuser leur discours d’exclusion, de rejet et de dérive. Mais ne surestimons guère ces faits de surface qui ne représentent pas l’opinion publique générale, ni en Suède, pays pionnier, inventeur de la social-démocratie moderne et de l'Etat-providence le plus performant du demi-siècle passé, ni en France, pays des Droits de l’Homme, ni ailleurs. Evolution marginale que les partis de la Droite traditionnelle qui continuent à ne pas aborder de front le recul économique et industriel de l’Europe, préfèrent ménager, sans réaliser ses graves effets, sur leur cohésion nationale et leurs relations méditerranéennes et internationales.

La question du renvoi des Roms atteste plutôt l’échec de la stratégie de leur intégration, dans l’Union Européenne. Le débat passionné qu’elle a suscité entre les partenaires européens est une véritable  “tempête  dans un verre d’eau”, un événement éphémère que la raison  de l’Etat européen en formation, dépassera dans les plus brefs délais.  La aussi, les états d’âme, les humeurs marquent les boulevards de l’information, ces “petites lucarnes”, qui croient devoir traduire les opinions publiques. Ells adoptent le discours “politiquement correct”, qui  réduit leurs champs d’investigations à des visions réductrices et bien souvent nombrilistes, en deçà même des approches européocentristes. Ne faudrait-il pas plutôt replacer ces “faits divers”, érigés en événements, dans les marges de la radicalisation droitière de certains pays et de l’émergence d’une Europe sociale, contestant les plans de rigueur adoptés dans le contexte de l’après-crise. L’observateur étranger ne peut que constater l’ampleur d’une mutation, sous l’effet incontestable de la dynamique intérieure. Face aux enjeux du contexte, les velléités identitaires minoritaires et ses discours de replis expriment des nostalgies d’arrière-garde, dans notre ère -monde. Il faut les mettre sur “le compte des pertes et profits”, tout en les identifiant dans les surenchères politiques.

La commémoration du vingtième anniversaire de l’unification de l’Allemagne cette semaine célèbre un épisode symbolique de la fin de la Guerre Froide et un fait marquant de l’actualité  internationale. Aspiration réalisée de la nation allemande, l’unité fut accomplie dans les meilleures conditions possibles, dans le cadre d’une solidarité assumée. L’évaluation de la situation atteste cependant les progrès limités de l’intégration globale. Certaines régions de l’ex-Allemagne de l’Est n’ont pas encore atteint le niveau socio-économique général. On ne peut effacer d’un trait de plume les effets de l’histoire et de la géopolitique. L’Allemagne nouvelle subit les effets de la coexistence de deux cultures, qui marquent les générations de la guerre froide. Puissance économique et acteur important de l’Union Européenne, la nouvelle Allemagne exprime ses vues et imprime sa marque, dans le cadre du compromis unitaire de l’Union Européenne.  Elle fait valoir volontiers ses relations préférentielles vers l’Est, compensant les vues des pays euro-méditerranéens. L’option prioritaire en faveur de “la politique de voisinage”, adoptée par l’Union Européenne et la redimension du projet initial de l’Union Méditerranéenne correspondent à sa géopolitique. Ce qui n’exclue pas d’ailleurs une politique volontaire d’ouverture sur les pays sud-méditerranéens, mettant en valeur les relations culturelles et le partenariat.

Dans son discours, lors des festivités de l’unité, le 3 octobre, à Brême, en présence de la chancelière Angela Merkel et de son prédécesseur Helmut Kohl, ainsi que du président de l'Union européenne Herman Van Rompuy, le président Christian Wulff a insisté sur l'intégration des immigrés musulmans, présentée comme l'un des grands défis de l'Allemagne :

 “Vingt ans après la réunification, nous sommes devant l'immense tâche de trouver une nouvelle solidarité dans une Allemagne qui fait partie d'un monde changeant à toute vitesse …  Bien sûr, la chrétienté fait partie de l'Allemagne. Bien sûr, le judaïsme fait partie de l'Allemagne. Mais à présent, l'Islam fait également partie de l'Allemagne”.

Plus d'efforts d'intégration de la part des étrangers et plus de tolérance de la part des Allemands, le président allemand prend ses distances par rapport aux discours de l’extrême-droite. Il demande la prise en compte de l’apport de l’émigration et de l’enrichissement démographique. Ce rejet des velléités d’exclusion devrait permettre de corriger le tir et de condamner les dérives tous azimuts, par un simple un retour aux normes.

Fait pertinent, l’actualité du weekend a été marquée par le soutien de la Chine à la Grèce et la prise en charge de sa dette, par l'achat de nouvelles obligations grecques. Soutien de l’Euro, recherche de marchés, comment évaluer l’initiative de compensation chinoise, que des critiques hâtives ont présenté comme l’ouverture d’une porte d'entrée de Pekin sur l'Europe et les Balkans. ‘‘L’Europe dans le miroir de l’Allemagne’’ doit s’accommoder des effets de la mondialisation.

Pr. Khalifa Chater

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 10:36

L’actualité semble annoncer des mutations importantes de l’ordre international. S’agit-il, d’une volonté de re-équilibrage, d’une recherche d’une meilleure assise du pluralisme, ou tout simplement d’une identification de nouveaux centres d’intérêts ? L’analyse de la carte géopolitique montre, en effet, une redimension relative de certaines puissances. Fait d’évidence, l’analyste ne doit pas perdre de vue, que les stratégies des puissances, font valoir leurs ambitions, en relation avec les rapports de forces et qu’elles corrigent et adaptent leurs réseaux d’alliance, en conséquence. Mais la dynamique est souvent ralentie, paralysée ou mise en échec  par la pesanteur de la géopolitique. Quels sont donc désormais les facteurs de puissance ?

Les grands acteurs sont actuellement des puissances industrielles ou plutôt des puissances post-industrielles  qui ont des possibilités d’interventions militaires, d’hégémonie économiques, de surveillance technologique, dans cette ère de l’information et du renseignement. D’autre part, la possession de puissants moyens de diffusion de l’information expliquent leurs jeux de rôle, en tant que softpower, diffusant leurs visions. Nous empruntons la définition de Zbigniew Brzezinski, de l’acteur stratégique : “tout État ayant la volonté et la capacité d’exercer puissance et influence au-delà de ses frontières” (Le grand échiquier, 1997).

Paul Kennedy a annoncé dès 1989 la chute des grands pouvoirs (Naissance et déclin des grandes puissances, Paris, Payot, 1989). Mais rien ne semble accréditer cette prophétie qui associe les USA à ce déclin.  Le pouvoir américain a été certes mis à l’épreuve lors de la présidence de Bush junior. Son unilatéralisme a été sérieusement contesté. Mais la tournure des événements sauvegarde les prérogatives de l’hyperpuissance. Le nouveau pouvoir américain sauve la mise en optant pour une politique plus multilatérale et en associant davantage les autres puissances à la prise de décision et à la gestion des grandes affaires (G8, G20, réunion des membres du Conseil de Sécurité plus l’Allemagne, dans le contentieux de l’Iran). En tout cas, l’hyperpuissance américaine n’est pas contestée, dans la mesure où le monde reste, dans une large mesure, monopolaire. Elle domine la scène internationale et intervient dans ses différents champs.

Cependant, il y a une redimension effective des puissances européennes, non compensée par la constitution de l’Union, un géant économique, exerçant sur la scène internationale, un pouvoir en deçà de sa capacité économique. Europe de l’Ouest, Europe de l’Est, alliance différentielle avec les USA, axes Berlin/Paris, Londres/Paris, différents pôles, la cohérence de la stratégie et du discours de l’Union Européenne est encore affecté par ces divisions, sinon ces antagonismes. En dépit de grandes concertations,  en vue d’engager un meilleur processus décisionnel, l’Union Européenne n’a pas encore identifié une stratégie globale pour dynamiser son rôle sur la scène internationale.

D’importants acteurs ont émergé, sur la scène internationale. Des études ont fait valoir que le Bric (acronyme qui désigne le groupe de pays formé par le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine) aspire à prendre les relais de  la contestation de l’ordre occidental. D’autres observateurs croient devoir ajouter la Turquie qui s’est illustrée par sa politique indépendante, en tant que puissance régionale. Des observateurs ont inscrit les relations internationales dans “la perspective  d’une nouvelle ère centrée sur l’Asie”. L’émergence de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud annonce un changement de la donne. Mais l’analyse de la situation atteste que la grande mutation géopolitique annoncée, ne se traduit pas en actes. Au mieux, elle serait différée, selon l’analyse de Gérard Chaliand. « Il n’y a pas, dit-il, de monde multipolaire en vue parce qu’il n’y a pas d’union entre Européens, pas de moyens à la mesure des ambitions de la Russie, parce que le Japon n’a toujours pas d’autre volonté qu’économique et que la Chine a besoin de temps. Enfin, parce que seuls les Etats-Unis, quelles que soient leurs difficultés ou leurs erreurs, ont la flexibilité et le dynamisme nécessaires pour faire face, avant les autres, aux mutations et aux défis. » (l’Atlas stratégique. Géopolitique des rapports de force dans le monde, 1983).

Nous constatons, en effet, que la puissance économique des grands acteurs d’Asie ne s’est pas encore traduite par des engagements conséquents dans la gestion des relations internationales. D’autre part, le Bric n’a pas érigée une politique alternative, à l’instar du tiers-mondisme, par exemple. Fait significatif, le rapprochement de la Russie et de la Chine des positions des USA, au Conseil de Sécurité et la non-participation de l’Inde, le grand acteur de Bandung, à l’initiative turco-vénézuélienne, reflètent un repositionnement différentiel. Dans l’état actuel des choses, la pesanteur géopolitique assure davantage la sauvegarde du statu quo, en dépit de l’émergence de grands acteurs d’Asie et leur prise en compte par leurs partenaires de l’Establishment international.

Pr. Khalifa Chater

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 10:23

Au Moyen-Orient, l’histoire semble se précipiter. Les chasses croisées des acteurs, de différents niveaux, semblent annoncer  l’ouvertures de perspectives nouvelles. L’observateur avisé doit cependant séparer  le discours et la réalité, les manifestations protocolaires et les engagements politiques, le surplace pour la consommation populaire et les vraies initiatives de dialogue.

Nous dégageons les faits suivants, dans l’actualité de ces jours - ci :

En ce qui concerne le processus de paix, les Etats-Unis qui s'efforcent désormais de promouvoir un dialogue direct entre Palestiniens et israéliens ( lettre d’Obama à AbouMazen, 16 juillet 2010), mobilisent leurs relations d’alliances, à cet effet. Consultée par l’autorité palestinienne, la Ligue des Etats Arabes a "donné à M. Abbas son feu vert pour passer des pourparlers indirects à des pourparlers directs", selon l’appréciation de la situation par l’autorité palestinienne (Le Caire 29 juillet).

Vietnamisation de la guerre en Afghanistan où aucune perspective de sortie de guerre n’est actuellement envisagée. Fait important, 102 députés démocrates à la Chambre des représentants ont refusé, le 27 juillet, à leur président de continuer à financer sa guerre en Afghanistan. Il a fallu le soutien de la quasi-totalité des députés républicains pour que la Chambre accepte les 33 milliards de dépenses militaires supplémentaires que lui réclamait l'Administration Obama.

Escalade en Irak. Juillet 2010 fut le mois le plus meurtrier depuis mai 2008, avec 535 morts.

Au Liban, le Sommet du roi Abdallah d'Arabie saoudite, du  président syrien Bachar al-Assad et du Président libanais, le vendredi 30 juillet, pour circonscrire une éventuelle guerre civile, suite aux révélations sur une possible mise en cause du Hezbollah dans l'assassinat de l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri.

Dans notre quête d’analyse de l’actualité, l’identification de ces faits-événements, de ces actes repères ont bien plus d’importance. Peut-on affirmer qu’elles s’inscrivent dans une volonté laborieuse de sortir des impasses, de transgresser les statu quo tragiques ?  Peuvent-elle annoncer, sinon créer un mouvement de dynamisation et de synergie ?  

En ce qui concerne la question palestinienne, les efforts du Président Obama sont méritoires. Ses déboires, lors de ses premières tentatives de traitement de la question palestinienne, sa résignation devant le refus israélien d’arrêter la colonisation territoriale, ont longtemps bloqué ses initiatives.  Pouvait-il se désengager alors que l’impasse risque de remettre en question l’approche de  son appel du Caire ou du moins de limiter son impact ? En dépit de cette situation, le Président Obama ne désespère pas. Mais quelles sont les chances de réussite de son pari ?

En ce qui concerne  l’Irak et l’Afghanistan,  le Président américain fait face à une situation qu’il a héritée. Le départ annoncé des troupes américaine d’Irak ne signifie pas hélas l’établissement de la paix et de la concorde entre ses habitants. Sur quelles bases faudrait-il reconstruire le consensus et instaurer “le vivre ensembles” ? Comment faire pour faire valoir la “décision des urnes”, redimensionner les conflits ethniques et/ou pseudo religieux ?  La communauté internationale doit se mobiliser pour assurer la reprise du développement et de la croissance d’un Etat jadis prospère.

Pour l’Afghanistan, une révision déchirante de la politique d’intervention est envisagée par le Président Obama. La stratégie de contre-insurrection   qu’il aprésentée par, lors de son discours de décembre 2009, à l'académie militaire de West Point, n’a pas donné de résultats convaincants. Le président américain qui en prend acte, doit tenir compte de la fronde de la gauche du Parti démocrate”, qu’elle a suscitée (Renaud Girard, Le Figaro, 2 août 2010).  Mais la révision stratégique est plus facile à émettre qu’à réaliser.

Au Liban, le temps a fait son œuvre. La sortie de la guerre civile a été un “miracle” de la communauté libanaise. Des observateurs pessimistes évoqueraient un “équilibre instable”. Dans cet environnement semé d’embûches, le Liban subit les effets des engagements guerriers sur son propre territoire et dans son voisinage.  Il peut être à la merci des luttes entre les acteurs de la scène moyen orientale. Ce risque est, pour le moment, heureusement écarté. Une conjoncture de paix conforterait cette situation de concorde.

Que peut-on donc faire pour accélérer la réalisation des objectifs de paix et de concorde au Moyen-Orient ? Est-ce que la priorité ne consiste pas à fixer de nouvelles directions et un nouvel ordre du jour ? Nous estimons que de nouveaux engagements devront être pris et élaborés dans le cadre de nombreuses interactions dynamiques successives. Une révision de la problématique doit être mise à l’ordre du jour. Ne faut-il pas aussi tenir compte de l’évolution de la dynamique intérieure, des conséquences des sentiments de colère et de ressentiments d’une population opprimée par l’occupation et des réactions de solidarité de l’aire arabo-musulmane.  Le virage stratégique de la Turquie s’inscrit, dans une large mesure, dans une prise en compte de son opinion publique. Une vision multilatérale  de la géopolitique, conforme au changement du rapport de forces qui se profile au Moyen-Orient et dans le monde permettra une réflexion lucide, en vue d’instaurer le climat de paix, seule alternative aux surenchères et à la montée des extrémismes.

Pr. Khalifa Chater

 

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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 23:52

Le processus diplomatique ne s’est pas suffisamment préoccupé des évolutions sur le terrain et de leurs conséquences. Quelles évolutions ? D’abord la colonisation. (Dennis Ross, ancien médiateur américain au Proche-Orient, interrogé sur l’erreur commise au sommet de Camp David en 2000).

 

Dans sa dernière livraison, intitulée "A un ami israélien",  plus exactement  l'intellectuel et ancien ambassadeur Elie Barnavi, Régis Debray pose, à propos de la situation palestinienne, l’interrogation hamlétienne  -  référence à la pièce de William Shakespeare -  : "To see or not to see" (voir ou ne pas voir). Cette  question est désormais essentielle dans notre monde régi par les images. A juste titre, Régis Debray relève le décalage entre la réalité sur le terrain et son identification partisane, par le discours israélien, relayé par le politiquement correct occidental :   "On ne boucle pas une population, on évacue un territoire".  "On ne l'écrase pas sous un déluge de feu, on conduit une guerre asymétrique...Il n'y a pas de Mur, mais une clôture de sécurité». Autres exemples, ce discours emploie les expressions "croissance naturelle" et  colonies sauvages", au lieu de nettoyage ethnique. Il parle de "moratoire" ou de "pause" dans les négociations, au lieu de répit dans l'annexion, permettant le grignotage et la poursuite de la colonisation. Or, il faut rappeler les maîtres mots qui définissent l’état actuel de la Palestine, l’occupation et l’exploitation  et d’après la définition de Régis Debray  "l'administration d'un protectorat".

Régis Debray a été chargé en octobre 2006, par le président de la République française de l’époque, M. Jacques Chirac, de « conduire une enquête de terrain sur la situation des diverses communautés ethno-religieuses au Proche-Orient». Il lui recommanda d’adopter "une démarche sans exclusive, conduite auprès de tous les secteurs d’opinion ". Régis Debray, présenta aux autorités françaises, le 15 janvier 2007, une note sur la Palestine et sur les risques impliqués par les faux-semblants rhétoriques en vigueur, dans une certaine langue de bois internationale :

“L’écart, dit-il,  entre ce qui est dit parce que nous souhaitons l’entendre (retraits locaux, assouplissements des permis, levée d’un barrage sur vingt, inflexion du ton, etc.) et ce qui est fait sur le terrain, et que nous répugnons à voir (maillage des colonies, constructions de ponts et tunnels, encerclements des localités palestiniennes, expropriations des terres, destructions des maisons, etc.), prend les proportions, les uns diront de double jeu, les autres de schizophrénie… « Judée-Samarie » est le nom donné à la Cisjordanie par les cartes et les manuels scolaires israéliens, où l’effacement de la « ligne verte » de 1967 est désormais un acquis légalisé … un théâtre à deux scènes, où l’une, l’internationale, voit la redite de mots vagues au flou avantageux (retrait, coexistence, Etat) mais où les choses sérieuses (implantations, routes, tunnels, nappes aquifères) se passent à côté, sur le théâtre d’opérations qui décidera à terme (sans publicité)”.

Prenant acte du désintérêt officiel que suscita son rapport, vu la pesanteur de la géopolitique favorable au discours israélien, Régis Debray rend publique son rapport le 7 août 2007, l’intitulant   : "Pour une cure de vérité au Proche-Orient ". Il persiste et signe, en poursuivant son analyse et en publiant récemment son diagnostic, dans sa lettre à un ami.

Perdant de vue ces considérations, occultant la politique de colonisation et d’apartheid, le processus diplomatique a conduit à l’impasse et à la montée des périls qui nourrit la colère arabe, met à l’ordre des jours les stratégies de désespoir et les dérives extrémistes qui en résultent. Ce qui redimensionne les réunions du quartet, les concertations diplomatiques, les négociations directes ou indirecte des protagonistes et même les rencontres au sommet destinées à redynamiser le processus de paix. Inscrite hors contexte, puisque l’autorité palestinienne a décidé de mettre fin aux négociations directes, avant l’arrêt de la colonisation, la  rencontre entre le Premier ministre Salam Feyadh et le  ministre de la Défense israélien Ehud Barak, lundi 5 juillet, ne pouvait ouvrir de nouvelles perspectives. Elle confirma, d’ailleurs, les positions arrêtées par l’Establishment israélien.

Que faut-il attendre, dans ce contexte, du Sommet du 7 juillet entre Netanyahu et le Président Obama, à la maison Blanche, sachant le rejet israélien de la stratégie du Président américain, relative à la question palestinienne ? Les observateurs ont remarqué, certes  une volonté commune de tourner la page d'une période de tensions. Mais, en dépit du  ton conciliant des deux partenaires,  il n’ ya pas eu d’avancée susceptible de créer des conditions favorables à la reprise des négociations. Dans le contexte de la poursuite de la colonisation, du développement de la pacification et du blocage, le souhait exprimé par Netanyahu, de passer des pourparlers dits de proximité, menés sous médiation américaine à un dialogue direct, est un vœux pieux, sans portée effective.

Il faut reconnaître, comme fait d’évidence, l’absence d’un repositionnement israélien en vue, au profit du règlement de la question palestinienne, en dépit des demandes du Président  Obama.  Et pourtant, le changement de la donne  depuis la guerre contre Gaza et l’assaut contre la flottille de la liberté dans les eaux internationales auraient pu favoriser "un retour de la conscience". A juste titre, Pascal Boniface, Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) remarquait récemment qu’après l’attaque au large de Gaza, Israël "a perdu la bataille de l’opinion" (L’Humanité, 26 juin 2010). Autre fait important, la relation conflictuelle entre la Turquie et Israël - qui ne pouvait être conjoncturelle - annonçait un changement des rapports de forces dans l’environnement, puisqu’elle remettait en cause l’alliance stratégique d’antan. Constat lucide de Régis Debray, dans sa lettre à un ami israélien : “«Si la soudure avec l’Occident vous garantit l’immunité, la coupure avec l’Orient vous garantit l’insécurité”.

   Pr. Khalifa Chater

- Debray, Régis, A un ami israélien,  Avec une réponse d'Elie Barnavi, Paris, Flammarion. 2010 - 156 p.

 

 

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Published by Pr. Khalifa Chater - dans Relations internationales
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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 18:55

Tout paradoxe politique implique une double polarité, une vitrine éclairée et une face d’ombre, sinon d’irrationnel. Dans le cas du paradoxe de l’été, la farniente, la  torpeur et la douce oisiveté qui l’accompagnent, assurent la déconnection  de l’actualité immédiate. "les vacanciers sur la plage", à la montagne ou dans les sites campagnards de repli, vivent en marge du monde, occultent ses bouleversements, ses affrontements et les tragédies qu’ils perpétuent.  Alors que le citoyen du monde vit au ralenti, dans un contexte de désintéressement évident, de la géopolitique internationale, les faits d’actualité, les risques d’intervention, ou tout simplement la sauvegarde de statu quo hégémonique tirent profit de cette mise en somnolence saisonnière. C’est ce que j’appelle le paradoxe de l’été.

La coexistence de la farniente avec la coupe du monde - saga de l'été - , ne pouvait que favoriser cet état "d’ankylose" de l’esprit ou du moins ce ralentissement de la réflexion critique devant l’événement international et parfois la montée des périls. “Le jeu de société”, qui définit les différentes  compétitions sportives, est curieusement porté aux nues. Ce fut, se hasarda à dire François Bégaudeau,  la victoire de la pensée ”. Il évoqua  une logique de guerre civile rédemptrice, quand il faudrait s'ouvrir sur le grand large d'un foot dont l'étape sud-africaine a confirmé la dimension mondiale ”, tout en remarquant que la France  demeurera une nation de foot de seconde zone ” (Le Monde, 12.07.2010).  La compétition sportive devient ainsi une alternative à l’étude des rapports de forces entre les nations.  

 Dérive de la pensée, la coupe du monde a, cette année, érigé en devin, en analyste de la géopolitique du football, Paul le poulpe. Le céphalopode de l'aquarium d'Oberhausen aurait anticipé tous les résultats de l'équipe allemande depuis le début du Mondial - quatre victoires et deux défaites, contre la Serbie puis l'Espagne. Avant chaque match, Paul se voyait présenter la même nourriture dans deux boîtes en plastique ornées du drapeau de chaque pays. Son choix a toujours correspondu à l'issue du match à suivre, au plus grand désarroi cette fois des supporters allemands. Grande question à l’ordre du jour, Paul est-il doué d’intuition, ou serait-il un simple charlatan ? Angel Guerra, expert espagnol en poulpes de l'Institut des Enquêtes Marines du CSIC à Vigo, ne croit pas aux pouvoirs surnaturels de Paul, le célèbre poulpe. Mais qui peut démentir cette donnée désormais bien enraciné. Suscitant la colère par son parti pris partisan, Paul est désormais l’objet d’une haine très vive, chez les partisans des équipes vaincues. Faut-il le laisser mourir de sa propre mort, dans un plus ou moins bref délai, selon  sa propre biologie ou lui infliger  le châtiment des sorcières ?  Une prise de distance par rapport aux surenchères sportives de la coupe, permettrait le retour de la conscience et de la lucidité.

Une autre facette  du miroir du paradoxe de l’été, le vouloir  vivre ensemble  a été sérieusement affecté, en marge du monde du jeu. Constat d’évidence, l'histoire sur la scène politique ne nous ménage pas  ses irruptions discontinues, ses  événements dramatiques. Quelques exemples permettraient d’étayer cette réflexion :

Deux attentats à la bombe,  attribués à un mouvement intégriste somalien  ont fait, dimanche soir 11 juillet,  au moins 64 morts à Kampala, la capitale ougandaise, dans un restaurant et un club de sport qui retransmettaient la finale de la Coupe du monde de Football.

Onze agents secrets présumés accusés d'appartenir à un réseau travaillant pour la Russie ont été officiellement inculpés mercredi 7 juillet par le parquet de New York. Ce qui atteste que la fin de la guerre froide s’accommode d’une poursuite de la guerre de renseignements. Précipitation des faits, l’opération judiciaire se termina, deux jours plus tard, par un échange d'espions, entre les USA et la Russie à l'aéroport de Vienne. La caricature prend ainsi le relai de l’affrontement de l’ère bi-polaire. Ce qui atteste que les grands acteurs ne prennent pas de vacances politiques.

Nous n’oublierons, d’autre part, en essayant de baliser la carte géopolitique du Moyen-Orient, le risque de  guerre civile en Irak, les affrontements en Afghanistan, la poursuite du blocus, de la colonisation et de la "pacification ", en Palestine, les effets d’entraînement des tensions entre les protagonistes à propos de l’enrichissement nucléaire, en  Iran.

Le paradoxe de l’été construit  ainsi une barrière virtuelle entre   le jeu sur le terrain du sport et les confrontations sur les scènes de la géopolitique. Mais les contentieux et les situations conflictuelles qu’elles nourrissent  se perpétuent, sans perspective crédible de sortie de guerre. Et pourtant, l’éthique fondatrice des jeux a pour objectif la rencontre des peuples, l’établissement d’une culture de paix et les affrontements désintéressés, au service de l’homme. Elle doit permettre de faire valoir cet universalisme, porteur de paix, de coopération et de solidarité.

Pr. Khalifa Chater

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 23:57

N’occultons pas les dimensions géopolitiques de la coupe du Football. Les compétitions auxquelles elle donne lieu concernent, bien entendu, les relations internationales. Ces affrontements sur le terrain suscitent des tensions, attisent des animosités et éveillent des rivalités, heureusement conjoncturelles. Faut-il s’en étonner… ? Le classement qu’elles établissent et la hiérarchisation qu’elles font valoir peuvent susciter des jalousies, des contestations de l’ordre sportif dominant. En tant que telle, la coupe du monde du football crée des situations de défis, des mises à l’épreuve et parfois  des dérives nationalistes. Dans ce contexte, la colère est mauvaise conseillère. Peut-on, d’ailleurs, nier les effets des états d’âme dans tous les domaines des relations internationales ? Nous ne pouvons malheureusement pas exclure du monde conflictuel le Football, alors qu’il ne constitue, en fin de compte qu’un jeu, qui devrait impliquer la fraternité, la concorde et la convivialité.

Etant donné que la phase préliminaire de la compétition permet aux meilleures sélections de chaque continent de se qualifier pour la phase finale qui se déroule dans un pays organisateur, nous pouvons  tracer l’historique géopolitique de la coupe du monde, par l’étude comparée des pays sélectionnés et des comportements lors des phases de compétition. Les analystes ont relevé que seules sept nations sont au palmarès de la Coupe du monde. D’autre part, le Brésil qui est la seule équipe à avoir disputé toutes les phases finales de compétition, détient le record d'éditions remportées avec cinq succès. L’Italie tenante du titre, compte quatre trophées, soit un de plus que l'Allemagne . L'équipe vainqueur de la première édition, l'Uruguay, gagne deux fois l'épreuve tout comme l'Argentine , autre pays d'Amérique du Sud . Enfin, la France et l'Angleterre  remporte chacun une Coupe du monde en tant que pays hôte. Ce qui atteste bien une différence - sinon un simple décalage - entre la hiérarchisation entre les puissances globales et les positions dominantes, dans le domaine du football.

Comme toute compétition internationale, la coupe de Football 2010 annonce des rééquilibrages géopolitiques  sectoriels évidents.  Sans préjuger des résultats finaux, les jeux d’Afrique du Sud ont été des sérieuses mises à l’épreuve de la France et parfois ébranlé de grandes équipes, comme celles de l’Espagne et du Royaume Uni. Peut-on se hasarder à dire qu’elles s’inscrivent dans la redimension géopolitique de l’Europe, en tant que puissance ? Notons cependant que  des acteurs européens de moindre importance, dans ce domaine, ont pu "déclasser" des grands acteurs sur le terrain du foot.

Le choix de l’Afrique du Sud, pour accueillir ces assises sportives, confirme son  statut de puissance régionale. La lutte nationale contre l’apartheid couronnée par l’abolition de ce  régime de ségrégation raciale, en 1991,  et le retour à la paix civile qui s’en suivit,  ont permis "d’assurer  l’un des plus spectaculaires retournements politiques de l’histoire". La fin de l’alliance quasi organique de l’ancien régime de Pretoria, avec Israël constitue un acquis de l’histoire. Ce modèle de libération aura valeur d’exemple pour  la Palestine, puisque la communauté internationale  sera, à plus ou moins brève échéance, appelée à mettre fin à l’occupation qu’elle condamne.

Dans le cadre de cette amorce d’un rééquilibrage progressif  de l’ordre sportif, la victoire des Etats-Unis, nouveau venus en Football, sur l’Angleterre qui a assuré la promotion de cette discipline, atteste le croisement des champs de domination et d’hégémonie. Désormais, "l’hyperpuissance", selon l’expression de Védrine, aura son mot à dire, dans tous les domaines, y compris le foot. L’absence de la Russie confirme la fin du bipolarisme et de la guerre des idéologies. Mais la présence des deux Corée durant la phase préliminaire de la compétition rappelle les enjeux de la guerre froide. Le Japon a assuré sa participation, limitant ses ambitions aux  moyens dont il dispose, dans un secteur qui ne fait pas encore partie  de ses priorités urgentes. L’analyse de la géopolitique internationale atteste, d’ailleurs, que les nouveaux grands acteurs de l’Asie sont plus soucieux d’assurer des percées économiques et de conquérir des marchés,  s’assurant ainsi les moyens de  leur promotion politique.

Par contre, l’émergence de l’Afrique reste modeste, en dépit des progrès réalisés dans la plupart des pays et la qualité des joueurs africains, recrutés dans les équipes professionnelles européennes. Notons que le Maghreb a pratiquement assuré sa présence régulière dans les différentes compétitions, depuis la participation honorable de la Tunisie, dans la coupe du monde en 1978. Depuis cette date, la Tunisie, le Maroc et l’Algérie, ont pu faire valoir trois participations, chacune :

La Tunisie, en 1978, 2002 et 2006

Le Maroc, en 1986, 1994 et 1998

L’Algérie en 1982, 1986 et 2010.

 

Notons, qu’à l’exception de l’Arabie Saoudite, la participation des équipes des autres pays arabes a été moins importante : le Koweït en 1982, l’Irak en 1986, l’Egypte et les Emirats en 1990. Est-ce à dire que la géopolitique du Football annonce le rééquilibrage du monde arabe, en faveur du Maghreb ?

Par tradition, l’Amérique latine occupe une place de choix dans ces compétitions. Les résultats obtenus au cours de la phase préliminaire  (domination de l’Uruguay  et du Mexique dans le groupe A, de  l’Argentine, dans le  groupe B, du Paraguay, dans le groupe F, du Brésil dans le groupe G et du Chili, dans le groupe H), confirment les acquis de l’Amérique latine, dans le domaine. Ce qui met en évidence, le décalage entre  les cartes de la géopolitique et des pôles du football. Et pourtant, l’émergence du Brésil, avec les forces montantes du Bric (Brésil, Inde, Chine et Russie), ses contestations de l’Establishment international et sa position indépendance au sein du Conseil de Sécurité, permettent d’évoquer un certain croisement dans les hiérarchisations internationales.

Mais limitons les comparaisons, à leurs secteurs spécifiques. Leurs référentiels les distinguent ainsi d’ailleurs que leurs qualificatifs. Il faut condamner les dérives sectaires et les comportements chauvins des compétitions sportives et leur restituer la dimension du jeu festif et convivial. Autre considération nécessaire, il ne faut pas que l’intérêt du spectacle serve à occulter les tristes faits d’actualité, les graves questions internationales et les tragédies qu’elles provoquent et dont la solution doit rester la préoccupation de tous

Pr. Khalifa Chater

 

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