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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 10:05

     Déclenchée  par la crise grecque et l’effet dominos qu’elle annonça, dans l’aire nord-méditerranéenne (Espagne, Portugal, Italie et France), la mise à l’épreuve de  l’Euro, affecte les  seize pays européens qui ont adopté cette monnaie et a ses effets sur l’ensemble de l’Europe. Le duel Dollar/Euro, qui a marqué la naissance de cette monnaie en l’an 2009, est certes dépassé, dans la mesure où la crise financière est partie de Washington et qu’elle a concerné le dollar et la livre, avant d’exercer ses effets sur le monde. Des tensions perpétuent certes, ce combat d’arrière-garde, mais les marges de manœuvre du dollar et sa relation organique avec la gouvernance économique américaine, lui assurent une grande possibilité d’adaptation au marché.

   Ce n’est pas le cas de l’Euro, sur-évalué, échappant au pouvoir communautaire embryonnaire et aux Etats constitutifs du groupe. Les conditions d’appartenance à l’Euro sont d’ailleurs très rigides : un déficit public inférieur à 3 % du PIB, une dette publique ne dépassant pas 60 % du PIB, une inflation maîtrisée, une indépendance de la banque centrale du pays et une devise nationale stable pendant au moins deux ans. D’autre part, la clause dit du «no bail-out» (clause de non renflouement, article 125 du Traité de Lisbonne) interdit à l'Union et aux États de porter une assistance financière à un pays de la zone en difficulté financière. Alors que la monnaie est censée compenser les aléas des marchés et de s’adapter aux conjonctures, l’Euro, érigé en valeur absolue, n’a pas les moyens de traiter le "différentiel de compétitivité" entre les Etats qui l’utilisent.

Peut-on affirmer que les aléas économiques de la Grèce sont la résultante de la crise financière internationale ? Nous ne le pensons pas. Elle l’a sûrement anticipée, explicitée et mise en marche. D’autre part, les marchés sur-réagissent. En réalité, les contradictions internes au sein de l’eurogroupe  expliquent ce décalage entre le niveau d’endettement et les mécanismes de sa gestion. Jean-Pierre Vesperini fait valoir  que la  Zone euro n’est pas assez homogène et distingue  l’existence de facto de deux zones euro, une zone du Nord (Allemagne, Autriche, Pays-Bas notamment) et une zone du Sud (France, Espagne, Portugal, Italie, Grèce...). Il se hasarde même à annoncer que "la moins mauvaise des solutions serait sans doute la sortie de l'Allemagne" (Le Monde du 11/05/2010). Le combat n’est pas égal au sein de cette aire. Echappant aux autorités, l’Euro ne permet pas les fluctuations, pour gérer l’hétérogénéité des situations. Nous rejoignons le diagnostic sévère de Pisany-Ferry, qui estima à l'occasion de cette crise, que la zone euro a montré ses limites : "surveillance budgétaire inadaptée, absence d'un mécanisme de gestion des crises, insuffisance de débats économiques" (Jean Pisani-Ferry, "Gouvernement économique mode d'emploi", Le Monde du 23/02/2010).

   De fait, le débat sur la gouvernance économique a été ré-ouvert. Les dirigeants de la zone euro ont adopté, le 7 mai 2010 le plan d'aide à la Grèce. Ils ont mis en place un mécanisme sans précédent d'aide à la Grèce consistant en des prêts bilatéraux pour un montant total de 110 milliards d'euros (80 milliards pour les pays de la zone euro et 30 milliards pour le Fonds monétaire international). D’autre part, les ministres des finances des Vingt-Sept ont annoncé, le 10 mai 2010, la mise en place d'un plan de sauvetage de l'ordre de 750 milliards d'euros afin d'éviter que la crise grecque ne s'étende à l'Espagne, au Portugal, voire à l'Italie.  Mais les plans d’austérité, qui ont été adopté, dans ce contexte, peuvent susciter de graves crises sociales et politiques. Le remède identifié - simple expédient selon des observateurs avertis - peut susciter la déstabilisation de la région.

Peut-on parler de "la fin de l’Euro" ?  Christian Saint-Etienne, avance  cette thèse. Il estime que l’histoire économique montre qu’il ne peut y avoir de divergence durable entre souveraineté politique et souveraineté monétaire : « tôt ou tard, dit-il, la zone monétaire s’unifie politiquement, ou bien elle éclate ». Il rappelle la théorie économique classique qui enseigne qu’un certain nombre de conditions doivent être réunies pour qu’un groupe de pays ait intérêt à choisir une zone monétaire de parités fixes plutôt que conserver des parités flottantes et donc décider d’une union monétaire (Christian Saint-Etienne La fin de l’Euro, avril 2009). Or, l’euro,  monnaie unique, qui incarne l’originalité du projet institutionnel initial de l’Europe, constitue un acquis réel pour l’Europe. Il est destiné à établir une solidarité de fait. Mais les lois du marché ont occulté cette dimension, dans un contexte de grandes divergences macroéconomiques. De ce point de vue, la crise grecque  fut un test pour l’Euro. Mais elle  peut constituer une opportunité, pour le renforcer et l’adapter aux nouvelles donnes. Ne faudrait-il pas, d’autre part, tenir compte des changements des  mécanismes de la gestion monétaire, des progrès mais aussi des dérives. Désormais, les acteurs financiers et non seulement les Traders, manipulent la gestion économique, sur écran comme des jeux informatiques, ou presque. Les donnes virtuelles relaient l’économie réelle et occultent ses effets sociaux. Ne faudrait-il pas d’abord revenir au normes de l’économie réelle ?

Pr. Khalifa Chater

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 12:32

Les morts sont invisibles. Ils ne sont pas absents (Saint Augustin).

 

Tristes actualités, les scènes moyen-orientales sont souvent jonchées de morts. Les agissements des commandos suicides continuent leur triste besogne. Le nombre de civils tués dans les violences en Irak a atteint en mars, 216 contre 211 le mois précédent.  Au moins 30 personnes tuées et 168 blessées dimanche dans trois attentats suicides perpétrés dimanche 4 avril à Bagdad, dont deux ont visé les ambassades d'Egypte et d'Iran. Situation tragique au Pakistan, lors d’un meeting politique dans le nord-ouest du pays à Timargarah, lundi 5 avril 2010, un kamikaze à pied a fait exploser sa bombe devant la tribune du Parti national Awami (ANP) faisant une quarantaine de victimes. Peu de temps après, une attaque revendiquée par les talibans, prenait pour cible le consulat américain de Peshawar. En Afghanistan, le feuilleton de la mort reste à l’ordre du jour. La diplomatie des Kamikazes - qu’ont ne doit pas confondre avec la stratégie de la résistance -  marque le Moyen-Orient avec ses effets d’entraînement sur toute la scène.

Suite à la guerre d’Irak, aux affrontements militaires en Afghanistan et à la poursuite de la politique israélienne de “pacification coloniale”, de tous ces facteurs qui ont affecté les équilibres fondateurs au Moyen-Orient, les mouvements de dérive, les réactions de désespoir et les tactiques utopistes et extrémistes qui en résultent, marquent la scène et l’embrouillent. Comment arrêter ces guerres asymétriques, sans lignes de fronts, où les populations innocentes deviennent des cibles ?

L’annonce de retrait des troupes américaines, à plus ou moins brèves échéances de l’Irak et l’organisation d’élections législatives n’ont pas mis fin aux dissensions, pour assurer la stabilité. En Afghanistan, il n’y a pas d’espoir à l’horizon. Le Pakistan est mis à rude épreuve, par le développement de la guérilla engagée par les Talibans. D’autre part, le veto israélien à la paix a pour objectif de perpétuer l’ordre colonial. Rien ne peut expliquer la paralysie diplomatique qui affecte la scène. La pesanteur géopolitique traduit plutôt l’absence d’une politique volontaire de la communauté internationale, le refus d’engagement des puissances et l’obstruction des stratégies alternatives.

Fait important, qu’il ne faudrait pas sous-estimer l’engagement de la Turquie dans son environnement moyen-Oriental et sa volonté de participer au traitement des questions de cette aire, sont en mesure de conforter l’option de l’apaisement. Son opposition à une guerre contre l’Iran, par une solidarité de voisinage, fait valoir la solution diplomatique des contentieux. Cette position turque traduit, sous l’effet de la montée des périls, l’élargissement de la scène proche orientale  aux partenaires de proximité, à l’Afghanistan et au Pakistan, sinon davantage. 

L’actualité tragique doit faire valoir la nécessité de promouvoir la diplomatie. Il faut transgresser les affirmations générales de compréhension et de souhaits qui maintiennent le statu quo hégémonique et différent les prises de positions. Ni dramatisation verbale, ni désengagement diplomatique, mais une analyse lucide de la donne devrait permettre de prendre en compte les enjeux réels et adopter la stratégie volontaire pertinente, pour  apaiser les passions et ouvrir les horizons de l’espoir et de la concorde. Il y va de notre bien être et de notre sécurité à tous.

Pr. Khalifa Chater

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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 12:41

 

‘‘ Nous mourrons sous le soleil,

Nous mourrons sur la montagne,

Partout où nous nous trouvons,

Nous mourrons près de l’empereur,

 sans jamais  reculer…’’

 (Otomo no Yakamachi)

 

Mise en exergue, cette citation du célèbre poète aristocrate, inscrite à l’entrée du musé de l’histoire moderne, dans le temple de Yasukuni, à Tokyo, traduit l’idealtypus  de la nation japonaise. Elle fait valoir l’engagement, la mobilisation et la détermination d’un peuple qui a subi les aléas de l’histoire, qui a assumé les revers conjoncturels qui s’ensuivirent, sans perdre sa confiance en l’avenir, sans renier la flamme de son engagement. Le musée d’histoire, installé dans le Yasukuni (Etat de la paix), qui expose l’arsenal  militaire historique d’avant-garde, atteste que le Japon voue un véritable culte à son passé glorieux, à l’infrastructure militaire qu’il a constituée. Ces pièces de musée d’une période révolue, font valoir des constantes, transgressant la conjoncture de l’après-guerre.

Changeant son fusil d’épaule, le Japon a réalisé son décollage économique et réussi sa bataille du développement. Le Japon est la deuxième puissance économique du monde par PIB nominal et la troisième par PIB à parité de pouvoir d'achat. Il est aussi le quatrième plus gros exportateur et le sixième plus gros importateur. C'est un pays développé, avec un niveau de vie très élevé (huitième plus haut IDH) et la plus longue espérance de vie au monde (selon les estimations de l'ONU) :

 

 

 

PIB 2008

(en milliers de dollars)

Production industrielle (%)

variations en 3 mois

Taux de chômage (%)

Dernier chiffre

Prix à la consommation

(changement  sur l’an)

Etats-Unis

14 196

1,7

9,7

2,7

Japon

  4 908

4,9

5,1

-1,7

Allemagne

  3 650

1,1

7,5

0,8

France

  2 856

0,2

7,8

0,9

Royaume Uni

  2 668

0,4

5

3,4

 

Sources : L’Expansion, mars 2010

 

Les partenaires occidentaux ont souvent accepté le japon comme puissance économique, sans ambition politique. Ne doit-on pas s’attendre à la traduction politique et militaire éventuelle de cette puissance, à plus ou moins long terme ? Durant cette ère de guerre commerciale internationale, l’attaque contre le fleuron de l’économie japonaise, la voiture Toyota,  exprime cette peur de la compétition industrielle nippone, alors que l’industrie automobile américaine et dans une moindre mesure européenne, subissent de plein fouet les effets de la crise. Est-ce que le Japon peut laisser faire, sans esquisser de réponse ? Ainsi défié, peut-il admettre, dans la conjoncture difficile de la crise internationale qu’il subit, lui aussi, de se soumettre à l’ordre commercial hégémonique ?

Quels sont intérêts vitaux du Japon ? On peut énumérer  trois points essentiels : sauvegarder la sécurité nationale (le territoire, les frontières, l'espace aérien); maintenir la capacité d'accès du Japon aux marchés extérieurs et  préserver la possibilité d'accéder aux ressources stratégiques. Dans ce domaine, tout compromis n’est guère possible. Réaction possible et déjà engagée, la nouvelle donne favorise l’établissement de relations commerciales plus étroites avec les marchés asiatiques et notamment la Chine, l’Inde ou encore le Vietnam, qui constitueraient l’avenir du Japon. Historiquement, les Etats-Unis sont le partenaire principal du Japon, mais, à la suite de la crise, la Chine est devenue le plus gros acheteur de produits japonais. En 2006, le poids de la Chine, dans les exportations japonaises était de 15%, contre 16,9% pour les Etats-Unis. Fin 2009, la Chine pèse 24% dans les exportations japonaises, les Etats-Unis 16% et l’Europe 12% . Jean-François Chambon, gérant d’Aviva Investors France, estime, à juste titre, que la relance de l’économie japonaise passe par un renforcement de ses liens commerciaux avec la Chine et l’Inde, notamment (interview du Figaro, 19 mars 2010).

Ce renversement qui s’explique par le ralentissement de la croissance américaine, aura sûrement son impact sur les relations internationales du Japon. Il intégrera davantage le Japon, dans son environnement et ses zones de proximité. Force tranquille, le Japon semble esquisser une révision progressive de sa carte de partenariat sinon de sa carte géopolitique des alliances.

Le nouveau pouvoir nippon semble moins disposé à poursuivre la politique d’alignement systématique, sur Washington. Fait important le président du Parti démocrate et premier ministre, Yukio Hatoyama, souhaite établir des relations plus égalitaires avec les Etats-Unis. Autre donne qui entrerait en ligne de jeu, fut-elle souvent occultée dans les discours politiques officiels : la célébration quotidienne de l’épreuve nucléaire de Hiroshima et de Nagasaki. Ce lieu de mémoire nationale visitée régulièrement par les écoles rappelle l’ampleur de la tragédie historique. La blessure guérit certes, mais la cicatrice reste. Des changements significatifs mais progressifs dans les relations Japon - Etats-Unis sont prévisibles. Mais trop d’intérêts sont en jeu pour remettre en cause, du jour au lendemain, le statu quo.

 

Pr. Khalifa Chater

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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 10:23

"Il n’existe pas de guerre de nécessité. Toutes les guerres sont des guerres de choix" (Colin Powell, Paris Match, 23 -30 décembre 2009).

 

Le contentieux entre l’Occident et l’Iran, devient un sujet préoccupant. Il donne lieu à une agitation diplomatique, suscite des surenchères et annonce une montée des périls. Les nouvelles prises de position des partenaires, la fermeture de la porte demi-ouverte de la négociation, les menaces de "sanctions fortes", proposées par la France et les Etats-Unis et la diplomatie démonstrative de Téhéran mettent à l’ordre du jour l’escalade. Une réflexion objective, permettrait cependant de redimensionner la crise, de lui restituer ses justes dimensions, de dégager la graine de l’ivraie. De part et d’autre, les acteurs s’adressaient, en priorité, à leurs opinions publiques. Les politiciens occidentaux réalisent, en effet, qu’une intervention contre l’Iran, bouleverserait la région, déstabiliserait tous ses Etats, conforterait les dérives extrémistes tous azimuts, alors qu’une déradicalisation des opinions doit être mise d’urgence à l’ordre du jour. D’autre part, la communauté internationale est encore en train de payer la facture de l’intervention contre l’Irak. La guerre a démoli l’entité irakienne, réactualisé les oppositions ethniques et religieuses d’antan et s’est métamorphosée en ingérence directe. Mais les agitations de surface des protagonistes, cultivant les dérives émotionnelles et les contentieux entre les imaginaires respectifs, d’une guerre de civilisation dégradent dangereusement la situation et risquent, par le dépassement de la pensée rationnelle de mettre à l’ordre de jour l’affrontement néfaste. La guerre n’est certes pas une nécessité. Elle ne peut être un choix rationnel. Mais nous ne pouvons occulter le risque de guerre, conforté par les alliances géopolitiques et les lobbies qui les servent.

Les états d’âme de l’ordre nucléaire : Au cours de l’ère bipolaire, les Etats-Unis et l’URSS qui ont bâti un ordre nucléaire, ont œuvré pour s’en assurer le monopole. Moscou a dénoncé, en 1959, sa coopération nucléaire avec Pékin. Le nucléaire français a suscité, sous la Présidence du Général de Gaulle, un différend franco-américain. D’ailleurs, le traité de non-prolifération (1960) a pour objectif d’interdire l’élargissement du club des puissances nucléaires. Mais la réalité a montré cependant que les puissances nucléaires ont assuré l’élargissement du club, à leurs amis privilégiés. Qu’il nous suffise de rappeler la réalisation du nucléaire israélien, par le soutien du gouvernement français, suite au rapprochement mis en œuvre lors de l’agression tripartite contre l’Egypte. Accédant au pouvoir, le général de Gaulle a remis les pendules à l’heure et a assuré un retour aux normes.

Nous remarquerons, dans cet ordre d’idée, que toute acquisition de l’arme nucléaire a suscité un tollé général, des campagnes de presse, à l’exception du nucléaire israélien, qui a bénéficié d’un ménagement significatif.

Etat de la situation : La communauté internationale s’est accommodée, jusqu’à présent de l’asymétrie nucléaire qui jouait en faveur des détenteurs de l’atome militaire. Son usage comme arme de dissuasion est plutôt exprimé comme menace possible, sans application effective, à l’exception du bombardement de Hiroshima et de Nagasaki, par les USA. D’ailleurs, ce recours au nucléaire, en 1945, n’a pas créé mais "consolidé et même rigidifier" l’ordre géopolitique issu du second conflit mondial (Pierre Lelouche, le nouveau monde, 1992). Il ne confère pas mais confirme le statut de puissance, attesté par l’évolution effective des rapports de forces. Au Moyen-Orient, le statut de puissance régionale de l’Iran ne peut être établi ou remis en question par sa détention ou non de l’arme nucléaire.

Prenons en compte d’autre part, les limites sinon l’impossibilité de recours à cette arme, de peur de représailles auto-destructives, explicitées par les experts de la question :

"La sanctuarisation agressive, c’est-à-dire la manœuvre régionale conquérante d’un Etat adossé à l’impunité que procure l’arme nucléaire demeure, dans l’état actuel du système international interétatique, difficile à concevoir et à mener" (Dominique David, Sécurité : l’après-New-York, 2002).

Or, si l’on remet dans le contexte des discours de surenchères, les envolées lyriques iraniennes, seul l’Etat d’Israël a manifesté, dans les faits, une "manœuvre régionale conquérante", illustrée récemment par la guerre contre Gaza. D’ailleurs la puissance différentielle des puissances nucléaires occidentales permet de redimensionner la soi-disant menace du nucléaire militaire iranien, qui n’est qu’une possible éventualité lointaine. D’autre part, vu l’émergence des menaces asymétriques, "le problème principal, pour demain, que pose la diffusion des matériaux et technologies nucléaires n’est pas vraisemblablement celui de la prolifération des acteurs étatiques". Nous souscrivons à cette analyse pertinente de Dominique David.

 Fallait-il alors, susciter une nouvelle guerre, susceptible d’ébranler le Moyen-Orient, de provoquer la colère des opinions arabes et de stimuler les acteurs de dérives non étatiques ? D’autre part, une agression contre l’Iran, bloquerait la dynamique interne, par le ralliement de tous à la défense de la patrie en danger, à l’instar de ce qui s’est produit lorsque l’Irak a engagé la guerre contre l’Iran. D’ailleurs, la Secrétaire d’Etat Hilary Clinton a sûrement réalisé au cours de sa tournée, cette semaine, au Golfe, pour des concertations sur le conflit, les difficultés d’engagement des pays du Golfe, quelques soient leurs positionnements géopolitiques, dans une telle aventure qui mécontenterait leurs opinions publiques. La guerre les soumettrait à rude épreuve et risquerait de les impliquer, malgré eux. Acteur désormais important sur la scène moyen-Orientale, où elle a effectué un retour décisif, la  Turquie plaide pour un règlement du dossier nucléaire iranien via le dialogue, estimant que des sanctions économiques ou une action militaire auraient des conséquences lourdes pour toute la région.  

La voix de la raison permettrait de créer un climat d’apaisement, qui doit être conforté par une dénucléarisation de l’ensemble de l’aire et un traitement rapide de la question palestinienne. L’entrée dans l’aire monde implique nécessairement d’appliquer ses valeurs et de condamner les options unilatérales. La paix doit mise à l’ordre du jour comme le postulat du référentiel de la coexistence et de la solidarité.

Pr. Khalifa Chater

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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 19:07

Des analystes ont affirmé que la diplomatie climatique” - thème du sommet de Copenhague (7 décembre - 19 décembre 2009) - a “dessiné un nouveau monde”. En fait, Copenhague a révélé le nouvel Etat des relations internationales et annoncé vraisemblablement des futures hiérarchies de puissance. Hubert Védrine, bien avant ces assises climatiques, estima qu’on est, en 2009- 2010,au début d’une longue redistribution des cartes, qui prendra la forme d’une bagarre ou en tout cas d’une compétition multipolaire, à rebondissement multiples et à l’issue incertaine”. Et d’ailleurs, dès 2003, des analystes de la banque Goldman ont mis en évidence l’émergence des “BRIC” (Brésil, Russie, Inde, Chine), aux dépens des autres puissances. 

Vu l’importance des enjeux, le sommet de Copenhague dessinait les lignes de fractures et les démarcations géopolitiques. Dans de telles assises, les chefs d’Etat ne peuvent, dans les grandes messes qui les réunissent, perdre de vue leurs intérêts nationaux.

La redimension de l’Europe : le sommet de Copenhague illustra - certains diraient confirma - la redimension de l’Europe. L’Europe réussit, tant bien que mal, à s’entendre sur un projet d’accord. Ses dirigeants, particulièrement le Président Sarkozy se mobilisa, pour obtenir sa ratification. L’Europe dut tenir compte de l’émergence sur la scène d’acteurs  déterminés à faire valoir leurs visions. Et d’ailleurs, derrière son unité de façade, l’Union Européenne était très divisée sur la question. Certains pays, dont le Danemark qui accueillait et présidait la conférence, adoptaient une attitude de retrait. L’actualité politique a d’ailleurs souvent mis en évidence, la démarcation entre l’Europe de l’Ouest et les anciennes républiques socialistes, plus alliées avec Washington, par reconnaissance historique. Faut-il remettre en cause les ambitions de ceux qui veulent affirmer les prérogatives internationales de l’U.E. après l’application de l’accord de Lisbonne ? Stéphane Madaule, affirma hâtivement quel’Europe puissance est une chimère” ? (Le Monde, 29 décembre). Nous pensons que ce jugement doit être nuancé, sinon corrigé.

L’axe Washington-Pekin :  Le Président américain Barak Obama et le premier ministre chinois Wen Jiabao, qui se rencontrèrent, le 18 décembre et se concertèrent sur la question, remportèrent la décision. Il faut prendre la mesure de cette  initiative de ce G2, informel et pourtant convaincant. Les analystes européo-centristes signalèrent que le Président américain a rejoint la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud,qui sont considérés comme les trouble-fête du Sommet”. Faut-il rappeler que Hilary Clinton effectua son premier voyage important  en Chine ! Mais nous rejoignons l’analyse de Hubert Védrine qui estime que les Etats-Unis “essaieront de ne pas se laisser enfermer dans un G2”. Il s’agit plutôt, dans ce cas, d’une convergence d’intérêts, partagés d’ailleurs avec l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil.

Le dynamisme des pays émergeants :  Rappelons le lever de bouclier des pays africains, qui ont exprimé leurs réserves au projet initial de  l’accord. Se considérant lésés, ils ont défendu leur position. Surpris, le reporter du Monde  considéra cet acte d’indépendance et de solidarité comme la manifestation d’un “pouvoir de nuisance” (Alain Barluet, 21 décembre). Nous avons vu, d’autre part, que les pays du Sud ont été des acteurs incontournables des assises de Copenhague. Peut-on parler d’une résurrection du Tiers-mondisme ou plutôt d’un néo-tiers-mondisme. Ils étaient pourtant conscients de la gravité des enjeux. Mais ils hésitaient à adopter cette logique de décroissance que l’accord impliquait ou du moins à faire valoir l’écologie sur le développement.  Pouvaient-ils se résigner à aliéner leur économie et “payer les deux siècles de pollution occidentale”, sans un plan Marshall d’envergure de soutien ? Est-ce que d’autres alternatives ne sont pas possibles  pour sauver la planète et ceux qui y doivent survivre ? 

En tout cas, l’accord du sommet  de Copenhague a montré certains déficits de la gouvernance internationale : Il fut réalisé par un compromis entre une trentaine de dirigeants sur les 119 présents. Ce qui incita le délégué brésilien à déclarer, lors de l’ultime séance plénière : “Vous allez entériner ce coup d’Etat contre les Nations Unies”.  Le Président français déclara que le Sommet de Copenhague montre “les limites d’un système onusien qui est à bout de souffle”. De fait, ces assises remettent à l’ordre du jour l’examen de la réforme du système onusien, en relation avec la redistribution de cartes, de la géopolitique internationale.

 

Pr. Khalifa Chater

- Hubert Védrine, Le temps des chimères, 2003- 2009, Paris, Fayard, 2009, préface, p.10.

- Voir le reportage de Paris-Match, du 23 au 30 décembre 2009, intitulé Copenhague : «beaucoup de bruit pour rien ou presque».

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 18:53

La Turquie engage un re-équilibrage de sa politique extérieure. Certains diraient qu’elle procède à sa redéfinition géostratégique. Puissance régionale, non seulement, elle se fait valoir sur les différents théâtres d’opération du Moyen-Orient mais se démarque désormais de ses positions d’antan, expression des alliances qu’elle a conclues et qu’elle semble vouloir désormais réviser ou plutôt atténuer.  Qu’en est-il au juste ? Plus grande écoute de l’opinion et prise en compte de l’appartenance du nouveau pouvoir ? Adaptation aux mutations géopolitiques actuelles, après la fin de la guerre froide, où la Turquie constituait un bouclier face à l’aire communiste, dans les Balkans et le Sud Caucase ? Toutes ces données ont, sans doute, contribué à provoquer ce changement, qui annonce un nouveau jeu d’acteurs, libéré de sa pesanteur géopolitique. Mais, fut-elle cependant progressive, la mutation est significative, sans toutes fois esquisser un renversement d’alliances.

L’abandon du pari sur l’Union Européenne : La Turquie qui a été depuis le XVIe siècle un acteur important de l’histoire européenne, qui a engagé depuis la prise de pouvoir de Mustapha Kamel, une politique d’occidentalisation d’envergure et été, impliquée, dans la mouvance de l’Europe occidentale, dans l’Otan, pour “défendre le monde libre”, estimait qu’elle devait intégrer de plein droit l’Union Européenne. Sans doute ne réalisait-elle pas, après la décomposition de l’empire soviétique, que son rôle, en tant que telle, était redimensionné.

L’explication “diplomatique”, qui se réfère aux “exigences de l’acquis communautaire”, les soi-disant critères d’adhésion, ne convainc pas. Les progrès réalisés en Turquie sont incontestables. Dans la plupart des cas, la comparaison avec les nouvelles adhésions, est bien favorable à Ankara. Bien entendu et cela est vrai, pour la plupart des pays, un décalage existe entre les centres urbains où le futur s’annonce et des zones d’arrière-garde où le passé s’attarde. Plus convaincant, le discours underground, que certains extrémistes explicitent, évoque la peur d’une entrée des musulmans, dans l’aire chrétienne. Il s’agit, d’ailleurs, plutôt d’un argument électoral, d’une volonté d’idéologiser l’exclusion de l’autre, pour combler le déficit idéologique évident de certains partis européens. Fut-il condamné officiellement et sans ménagement, le concept du “choc des civilisations” est pris en considération. La Turquie est désormais la bordure ultime de l’Union Européenne. Au-delà, les termes de référence, concerneront, dans le cadre d’un partenariat limité, la libéralisation des échanges et des services, avec l’exclusion de la circulation des hommes. En tout cas, dans l’état des choses, l’Union Européenne n’a pas envisagé de faire le pari sur l’entrée de la Turquie, avec l’intégration de 100 millions de Turcs aux 500 millions d’Européens et l’élargissement vers l’Est, qui la rapprocherait des pays du Sud Caucase, de l’Irak, de l’Iran et de leur profondeur stratégique, dans l’ensemble du Moyen-orient.

Les données de l’aire post-guerre froide : Donnée importante, ce recentrage de la Turquie, hors d’Europe, n’explique pas sa redéfinition géostratégique qu’elle a anticipée depuis 1989. Pourrait-elle garder le statu quo, alors qu’elle est à la jonction d’un monde arabo-musulman dans la tourmente, d’une péninsule balkanique en reconstruction et d’un espace frontalier russo-asiatique qui se repositionne ?

La donne a, en effet, changé depuis l’implosion de l’URSS. Les ennemis d’hier deviennent les partenaires d’aujourd’hui. Il n’était plus question de faire barrage aux pays sud-Caucase, de l’aire soviétique. La Turquie est désormais un acteur majeur de la région. Pouvait-elle, d’autre part, ne pas être à l’écoute des mutations géopolitiques dans les Balkans, ou elle a des minorités importantes, résultat d’une histoire partagée ? Effets de la désoviétisation, la disparition du régime communiste en Bulgarie a consolidé la Turquie et fait valoir l’intérêt qu’elle porte à sa diaspora dans le pays. L’implosion de la Yougoslavie et la guerre civile qui en a résulté, ont préoccupé la Turquie. La chasse aux turcs musulmans dans les Balkans et la tragédie de la Bosnie l’ont sérieusement affecté. La Turquie fait valoir, en accord avec les puissances occidentales, sa position, face à la Grèce, sa rivale, unique soutien déclaré des Serbes. Soucieuse de défendre la stabilité dans cette aire, la Turquie se considère comme acteur de plein droit.

 Peut-on parler d’une volonté turque de re-actualiser dans le monde arabe et musulman, la politique d’ottomanisation d’antan ? Les analystes doivent éviter ces dérives anachroniques. L’aire sultananienne, redimensionnée par l’occupation du Maghreb et de l’Egypte au XIXe siècle et la perte des régions arabes moyen-orientales après la première guerre mondiale ne peut être reconstituée par l’unique facteur de la nostalgie. D’ailleurs la révolte arabe (1916 -1918) s’engagea contre les Ottomans avec le soutien britannique. Le chérif de la Mecque, proposait de créer un royaume arabe unifié. Cette politique conforta l’émergence des nationalismes arabes, contre la tutelle ottomane. La blessure guérit mais la cicatrice reste. Plus récemment le Pacte de Bagdad, signé le 24 février 1955 par l'Irak, la Turquie, le Pakistan, l'Iran, les États-Unis et le Royaume-Uni prenait le contre-pied des positions panarabes.

La révision de la politique de la Turquie au Moyen-Orient s’explique par la dynamique interne et la vive réaction de l’opinion que la politique d’intervention américaine en Irak a suscitée. On ne pouvait mettre la question d’appartenance sur le compte des profits et pertes, lors de la montée des périls au Moyen-Orient et l’overdose des morts musulmans en Palestine, en Irak et ailleurs. Et d’ailleurs, on se rappelle que la Turquie a refusé l’accès des troupes américaines de son territoire vers l’Irak. L’aggravation de la situation et l’élargissement du conflit à l’Iran expliqueraient, dans une large mesure, la prise de distance du pouvoir turc.

Les positions spécifiques et solidaires de la Turquie au Moyen-Orient : Après la décomposition de l’Empire Ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale, Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938) en prit acte, abolit le califat  ottoman (1924) et fonda la République moderne. L’empire est abandonné au profit de l’Etat-Nation. La Turquie actuelle a procédé à une nouvelle révision géopolitique, faisant valoir la Turquie comme puissance régionale, assumant ses prérogatives, dans ses aires d’appartenance et de voisinage. La déclaration d‘Ahmet Davutoglu, ministre turc des Affaires étrangères, 16 octobre 2009, s’inscrit dans la nouvelle politique d’Ankara :

“ Ce que nous voulons, c'est qu'on mette fin à la tragédie humanitaire à Gaza, qu'on relance les efforts de paix - aussi bien au niveau des Palestiniens que de la Syrie - et surtout, qu'on redonne la priorité à la paix dans la région…. Bien que pas un seul missile (palestinien) n'ait été tiré de Gaza sur Israël depuis huit mois, les enfants de Gaza n'ont pas d'écoles, les gens n'ont pas de maisons pour s'abriter... Comment un pays tel que la Turquie resterait silencieux sur ce sujet ? ” (Ahmet Davutoglu, ministre turc des Affaires étrangères, 16 octobre 2009).

Cet appel de la Turquie à Israël afin qu’elle fasse cesser la tragédie de Gaza, condition Sine Qua None  du rétablissement des bonnes relations bilatérales que les deux Etats entretenaient, atteste le repositionnement de la Turquie au Moyen-Orient. Les relations entre Israël et la Turquie, qui sont liées par une alliance militaire, se sont dégradées depuis janvier, après l’agression d’Israël contre Gaza. Lors du Forum de Davos, en janvier, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan avait déclaré à Shimon Peres : “ Vous vous y entendez pour tuer les gens ” et s’est retiré, en signe de protestation. Sans doute, avait-il réalisé que l’Etat israélien n’était pas disposé à donner suite aux négociations indirectes que la Turquie a accueillies, dans le souci de réaliser un rapprochement entre les deux parties. Alternative significative, Le Premier ministre Erdogan a poursuivi sa politique de rapprochement avec ses voisins, dont la Syrie et l'Iran.

Dans le cadre de son repositionnement sur la scène moyen-orientale, la Turquie s’est rapproché des différents partenaires, révisant la carte géopolitique d’antan et les alliances privilégiées, sinon les alignements avec le clan occidental. Elle a tenu à transgresser les axes qui divisent la scène, soucieuse d’avoir une plus grande marge de manœuvre, en restant au-dessus de la mêlée. Dans ce cadre, elle a révisé ses relations avec la Syrie : Réunis, à Istanbul, le 16 septembre 2009, les ministres des affaires étrangères turc, Ahmet Davutoglu, et syrien Walid Mâalem, ont annoncé l’annulation des visas entre les deux pays et ont signé un accord pour renforcer la coopération bilatérale. Ils annoncèrent la création d’un Conseil de Coopération Stratégique de haut niveau ayant pour objectif, d’assurer un degré maximum d’intégration, notamment économique. Cet accord met en application les décisions prises, lors de la réunion entre le Premier ministre turc, Recepa Taipeh Erdogan, et le Président syrien Bachar al-Assad. D’autre part, la Turquie a parrainé une réunion à Istanbul regroupant des responsables syriens et irakiens pour circonscrire les tensions entre Bagdad et Damas, à propos après des ex-dirigeants baathistes irakiens, vivant en Syrie et que le pouvoir irakien affirmait qu’ils seraient derrière les attaques sanglantes de Bagdad d’août 2009.

Un accord similaire avait été signé avec l’Irak. Il prévoit l’organisation de rencontres périodiques entre les deux pays avec la tenue d’un conseil ministériel conjoint, une fois l’an. Fait important et événement historique, le chef de la diplomatie turque, en visite en Irak,  a fait escale à Erbil, la capitale de la province autonome du Kurdistan, au nord de l'Irak, où il a rencontré le chef kurde irakien Massoud Barazani. Cette démarche atteste la volonté de circonscrire le conflit avec Erbill, qu’Ankara accusait de collusion avec les séparatistes turcs du Parti des travailleurs kurdes. Prenons la juste mesure du message d'Ahmet Davoutolou à Erbil : “ Ce qui menace l'Irak nous menace ”, a-t-il déclaré en appelant Turcomans, Kurdes, chiites et sunnites à reconstruire la région.

La visite officielle du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à Téhéran, dans le contexte de la crise et sa rencontre, le 27 octobre, avec le président iranien Mahmoud Ahmadinejad sont significatives.  Le Premier ministre turc prend ses distances sur la question du nucléaire iranien. Il déclara que “ceux qui parlent de désarmement dans le monde doivent commencer par eux-mêmes”. Alors que l’Iran est menacé de sanctions et d’embargo, la Turquie affirme sa volonté de développer ses relations économiques avec elle. Est-ce à dire qu’elle se positionne comme allié de Téhéran ? Disons plutôt que la Turquie marque son opposition à une intervention militaire contre Téhéran et fait valoir, comme priorité absolue, la stabilité régionale dans la région.

Défendant l’entrée de la Turquie dans l’UE,  Recep Tayyip Erdogan déclara : “En étant dans l’UE nous pourrions construire des ponts entre le milliard et demi de musulmans et le monde non-musulman ”. Cette déclaration atteste ainsi sa volonté d’exercer ses prérogatives comme conciliateur entre le régime chiite iranien et les pays sunnites et comme médiateur entre le monde musulman et l’Union européenne.

 

Pr. Khalifa Chater

La Presse de Tunisie

5 octobre 2009

 

 

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 10:32

«Quand on ne sait pas où l'on va, tous les chemins mènent à nulle part.» (Henry Kissinger)

 

L’émergence de l’Asie annoncerait une décentralisation du monde. L’élargissement de l’Europe, à des anciens pays communistes, marque l’émergence d’une nouvelle Europe. La guerre d’Afghanistan semble élargir le Moyen-Orient vers le Pakistan et les pays musulmans d’Asie. Autre mutation significative, le vote du rapport de Goldstone, à Genève, vendredi 16 octobre, a mobilisé la Conférence Islamique et a re-actualisé la solidarité tiers-mondiste et africaine. Peut-on prendre le risque d’évoquer de nouvelles alliances, dans une nouvelle carte géopolitique ? Dans ce domaine, la mutation qui s’opérerait dans le cadre d’une continuité, ne pourrait être que lente et progressive. Barak Obama a fait le pari sur une redéfinition de la politique étrangère américaine. Une révision de sa grille de lecture aurait, bien entendu, ses effets d’entraînement, sur son réseau d’alliance et sa nouvelle aire d’influence, en Europe ex-soviétique. Mais nous n’en sommes pas encore là. “Ils aiment que ça change et ne veulent pas quand ce n’est pas pareil”. Peut-on expliquer ce paradoxe par cette plaisanterie de l’humoriste Anne Romanof ? D’ailleurs, le vote du 16 octobre rappela le souci de respect des constantes, peut-être, sous l’effet de la pesanteur, sinon des lobbies.

La guerre d’Afghanistan, qui se poursuit sans relâche et sans progrès, constitue une sérieuse mise à l’épreuve du nouvel Establishment américain. Les inquiétudes de l’opinion publique américaine, les diagnostics présentés par les think tank et les peurs de dérive de toutes sortes – y compris d’une guerre de religions, évoquée par des discours de surenchère  de certains fondamentalistes -  remettent à l’ordre du jour l’examen de la stratégie adoptée. Un panel d’experts, organisé par la célèbre organisation d’analyse géopolitique anglaise, Chathamhouse, le 6 octobre 2009, a établi que la guerre d’Afghanistan, ne  “peut être gagnée” :

“ Je pense sérieusement qu’il s’agit d’une mission impossible… Il est claire qu’il ne s’agit pas d’une guerre, pour des objectifs humanitaires. On a dépensé pour le militaire dix fois plus que pour la construction. Il ne s’agit pas d’une guerre pour la démocratie... Argument solide, le développement du terrorisme islamique eut lieu après les guerres d’Afghanistan et d’Irak. Le nombre de morts de soldats de l’Otan et d’Afghans s’est élevé. Un récent rapport montre que les Talibans sont présents en permanence dans 80% du pays. Ce que nous pouvons dire, c’est que la guerre d’occupation rend la situation pire. Nous devons évacuer les troupes et laisser aux Afghans le droit d’œuvrer pour leur pays. Si nous voulions les aider, les billions de livres sterling que nous dépensons pour la guerre, doivent être consacrés à la reconstruction du plus pauvre pays dans le monde” (Lindsey German, Chathamhouse, le 6 octobre 2009).

La plupart des analystes estiment que la politique future pour l’Afghanistan doit être renégocié” (opinion de Martin Barber de l’université d’Edinburgh).  Fait grave, l’extension du conflit au Pakistan risque d’encourager les processus de déstabilisation de la région. Qu’il nous suffise de rappeler la dégradation des relations indo-pakistanaises après les opérations terroristes de Bombay.  Le nouvel attentat, le vendredi dernier de Peshawar, la capitale de la Province de la frontière du Nord-Ouest, proche de l'Afghanistan, porte à 170 personnes, le nombre de tués, en une semaine d'attaques. Washington considère qu'Al-Qaïda a reconstitué ses forces dans les zones tribales pakistanaises frontalières avec l'Afghanistan. D’autre part, les opérations de l’Otan,  en Afghanistan et au Pakistan, où des innocents sont tués, ne font que radicaliser les marges”. Il y a, bel et bien, un risque d'enlisement.

Or, le conflit afghan est de plus en plus impopulaire aux Etats-Unis. La majorité des Américains s’oppose à l’envoi des troupes supplémentaires, que  le général Stanley Mc Chrystal, commandant en chef des forces alliées, réclame pour faire face aux talibans. Ce qui explique la prudence du Président Obama : “On ne prend certainement pas la décision d’envoyer de jeunes hommes et femmes au front sans avoir une idée très claire de la stratégie établie. Nous allons donc y réfléchir et ne pas mettre la charrue avant les bœufs”. Le "conseil de guerre" qu’il a tenu, mercredi 14 octobre, avait pour objectif d'arrêter une nouvelle stratégie pour l'Afghanistan.

Est-ce à dire que les politiques américaines “sont verrouillées” et que la dégradation de la situation pourrait obliger les Etats-Unis “à quitter l’Afghanistan, comme les Soviétiques ont dû le faire en raison du manque d’argent et de l’échec du système ?” (opinion du député républicain au Congrès Ron Paul, 28 décembre 2008). Le rappel des déboires de la Russie en Afghanistan par André Fontaine est significatif. Obama, dit-il,  “n'a toujours pas trouvé de recette magique pour l'Afghanistan, qui n'a cessé au cours des âges de rendre la vie impossible à ses occupants, quelle que fût leur nationalité”. Henry Kissinger plaida récemment pour un traitement multilatérale de la question, privilégiant la participation de ses grands voisins immédiats :

 “Nous sommes confrontés à un sérieux paradoxe. La guerre en Afghanistan est une guerre essentiellement américaine, alors que l'Amérique est très éloignée de ce pays. Pour parvenir à une stabilisation minimum de ce pays si difficile, il faudrait davantage associer à nos efforts ses grands voisins immédiats : la Russie, la Chine, l'Inde, le Pakistan et l'Iran”.

 Une telle approcherait serait confortée par une meilleure écoute de sa population et un soutien de la communauté internationale à la reconstruction du pays et aux programmes de développement global qu’elle requiert. Il faudrait d’autre part, créer les conditions adéquats, pour faire valoir la dynamique interne. Organisées le 20 août, les élections ont permis de “braver les menaces de représailles des Talibans”. Mais des contestations ont retardé, près de deux mois, la proclamation des résultats. “L’imbroglio électoral”, suscité par cet ajournement, suscita des inquiétudes. La décision, prise hier, 20 octobre, d’organiser un deuxième tour, entre le Président sortant Hamid Karzaï et son rival, Abdullah Abdullah, son ancien ministre des affaires étrangères, permettrait de dépasser ce déficit conjoncturel de légitimité. Espérons que les discussions entre les composantes politiques afghanes parviennent à formuler les termes d’un compromis, sinon d’un consensus.

Dans de telles conditions, les concertations du Président Obama, avec ses partenaires et avec son Etat-major, et sa pause de réflexion seraient en mesure de lui permettre d’engager un sérieux examen de la nouvelle stratégie qu’il compte mettre en œuvre.

  Pr. Khalifa Chater

- Voir  «Quelle stratégie en Afghanistan, le dilemme américain», in Euronews 17 octobre 2009.

- Voir  l’interview in http://www.alterinfo.net

- André Fontaine, "Quelle puissance prétend à la prépondérance mondiale ?" in Le Monde, 16 octobre 2009.

- Propos recueillis par Renaud Girard, Le Figaro, 16 octobre 2009.

- Renaud Girard, « L'imbroglio électoral afghan inquiète les Occidentaux », Le Figaro, 19 octobre 2009.


- Voir  «Quelle stratégie en Afghanistan, le dilemme américain», in Euronews 17 octobre 2009.

- Voir  l’interview in http://www.alterinfo.net

- André Fontaine, "Quelle puissance prétend à la prépondérance mondiale ?" in Le Monde, 16 octobre 2009.

- Propos recueillis par Renaud Girard, Le Figaro, 16 octobre 2009.

- Renaud Girard, « L'imbroglio électoral afghan inquiète les Occidentaux », Le Figaro, 19 octobre 2009.


- En janvier 2009, le think tank International Council on Security and Development a estimé dans un rapport que les Talibans étaient actifs dans environ 72% du territoire afghan.

- Voir  «Quelle stratégie en Afghanistan, le dilemme américain», in Euronews 17 octobre 2009.

- Voir  l’interview in http://www.alterinfo.net

- André Fontaine, "Quelle puissance prétend à la prépondérance mondiale ?" in Le Monde, 16 octobre 2009.

- Propos recueillis par Renaud Girard, Le Figaro, 16 octobre 2009.

- Renaud Girard, « L'imbroglio électoral afghan inquiète les Occidentaux », Le Figaro, 19 octobre 2009.

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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 16:48

 Les analystes ont souvent privilégié l’étude des affrontements politiques et des paradigmes économiques. De nouvelles écoles font désormais valoir les effets de la   climatologie politique. Peut-on y inclure l’examen de certains faits de la vie quotidienne, qui peuvent dessiner des lignes de démarcation, sinon concourir à l’élaboration  des cartes géopolitiques ? La lecture de certains faits de l’actualité au Moyen-Orient, par exemple, révèle leurs significations politiques certaines, en tant qu’indicateurs géopolitiques, qu’on ne doit pas sous-estimer : 

«Le procès du pantalon» :  Lubna Hussein, journaliste et employée de l'ONU, a été arrêtée le 3 juillet à la sortie d'un café de Khartoum, pour «port de vêtement indécent», c’est-à-dire tout simplement, pour port de pantalon. Pour ce « délit », la punition prévue est de 40 coups de fouet. Dix des femmes arrêtées en même temps que Lubna Hussein ont déjà été fouettées, dix fois chacune. La punition est certes, symbolique, - le fouet ne faisant souvent qu'effleurer la condamnée - mais elle constitue, bel et bien, une grave humiliation pour ces femmes stigmatisées à vie. Il s'agirait en fait d'un acte de provocation de la «police de mœurs», puisque le port du pantalon est fort répandu à Khartoum, jusque dans les administrations soudanaises. Lubna Hussein décida de porter plainte, pour abolir l'article 152, contraire selon elle «à la Constitution et à la charia», la loi islamique en vigueur dans le nord du Soudan. La cour réunie à cet effet, mardi 11 août, reporta le procès à septembre.

Annulation du festival du cinéma de Jeddah : Initiative heureuse, le festival de Jedda, inauguré jeudi 16 juillet 2009,  devait donner droit de cité au septième art et mettre fin à l’interdiction de projection publique de films en Arabie Séoudite. Transgression d’un tabou, ouverture de l’horizon, entrée dans l’aire-monde, le festival de Jedda devait assurer la compétition entre huit longs métrages et de nombreux courts métrages, produits par des réalisateurs des pays du Golfe. Pression des conservateurs, pesanteur de la tradition, simple  volonté de ménager certaines réticences, ou simple prudence, le festival fut annulé samedi 18 juillet (Agence France-Presse, 19 Juillet). Vu l’évolution du monde et les prédispositions manifestées, lors de l’institution de ces assises cinématographiques, nous pensons qu’il ne s’agit que d’une partie remise. A l’ère de l’internet, du mobile, du Mp3, qui assurent le libre flux de l’information et de l’inter-échange, ces mesures d’un autre temps relèveront du passé.

Velléités d’instituer la charia, dans la bande de Gaza :  Signe précurseur inquiétant, la population du petit territoire palestinien (1,4 million d'habitants) semble subir de discrètes pressions pour qu'elle mette en application l’idealtypus de Hamas et qu’elle observe les moeurs strictes, d’un autre temps. C’est ainsi que les commerçants ont été invités à retirer les publicités étrangères montrant des silhouettes féminines et à ranger à l'abri des regards des pièces de lingerie souvent exposées en vitrine. Expression de dérive, engagement d’un processus de chasse  de sorcières, une journaliste qui ne portait pas le voile, aurait été rappelée à l’ordre.

Force d’entraînement ou simple surenchère, les polices de mœurs continuent à sévir dans certains pays, aux mépris des droits individuels, du processus de modernisation et d’émancipation et de la dynamique de progrès et de réformes, mises à l’ordre du jour par les derniers Sommets arabes.

La condition de la femme à l’ordre du jour de la contestation iranienne : La révolution khomeiniste a re-ouvert les Harems. Port strict du voile, interdiction de la mixité, retour à la Charia et à la loi du talion. Les dernières manifestations ont révélé l’engagement des femmes émancipées sur le devant de la scène, à l’avant-garde du mouvement réformateur.

Conclusion : Est-ce à dire que la société musulmane est à la recherche de "sa grammaire" ? La carte géopolitique du Moyen-Orient définit les contours de ce combat quotidien entre la volonté d’émancipation, les partisans du statut quo et, dans certains cas, les forces de conservation. Disons plutôt que nos sociétés devraient effectuer des relectures de nos référentiels, en tenant compte des nécessités de l’époque et des défis de l’environnement. Il est urgent de faire valoir l’esprit libéral du Coran. Pour faire face au défi de l’aire-monde, créer les conditions de notre renaissance et assurer les chances de notre promotion, il faut sortir de la logique du repli historique et territorial pour ouvrir l’horizon de demain.

Khalifa Chater

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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 17:55

La lutte pour l’indépendance indienne s’est réalisée, dans le cadre de la philosophie de la non-violence, prônée par Ghandi. Mais elle fut soutenue par la mise en question des privilèges coloniaux et la paralysie de l’ordre hégémonique et du mode d’exploitation qui le servait.  “La guerre de décolonisation”, au Maghreb, fut l’œuvre d’une mobilisation populaire et d’une stratégie de lutte, tenant compte d’un diagnostic préalable des rapports de forces. Elle fut servie par la presse écrite et la radio.  La guerre d’usure qu’elle engagea mit en échec la pacification de l’Establishment colonial, bloqua sa gestion des affaires et réalisa, la conquête de l’opinion métropolitaine, en sa faveur.  Elle fit valoir le principe de “la souveraineté populaire”. Les aléas de l’histoire et l’état de la géopolitique mirent à rude épreuve l’idéaltypus des discours fondateurs, durant  “l’ère de grâce”. Ils dessinèrent une ligne de démarcation, dans les projets de société, les options idéologiques  et les choix d’alliances, entre les régimes des pays frères et amis.

Exprimant sa volonté de rejet du régime du shah, otage de son alliance exclusive, conséquence du processus de restauration de son pouvoir, la contestation populaire iranienne se rallia au dignitaire religieux, Ayatallah Khomeiny, l’exilé de Kom et l’adopta comme guide spirituel de sa révolution islamique, en 1979. Ses discours diffusées, lors de campagnes d’envergure, par cassettes - médium dominant de l’époque - contribuèrent à faire valoir son charisme. Toute révolution dépendant de ses acteurs, Ayatallah Khomeiny installa une théocratie.  Consensus structurel ou conjoncturel, le régime fut consolidé par les épreuves du conflit avec les USA et son entrée en guerre avec le régime de Saddam Hussein.

Internet relaya la bande magnétique comme instrument de ralliement des contestations et la gestion de leurs réseaux  à l’heure de la révolution technologique.  L’ère post-guerre froide fut marquée par l’émergence de mouvements intégristes et de certaines obédiences terroristes, sur la scène moyen-orientale.  Alors que la Qaïda et ses structures d’initiation et d’opération furent l’objet d’un rejet évident des Establishments et de l’opinion publique,  certains mouvements fondamentalistes confortent leurs assises populaires, par le rôle qu’ils jouent dans la résistance, dans cette ère de colère arabe et de ressentiment. Mais les discours fondateurs conditionnent le projet de société qu’ils annoncent. Fait significatif, des signes précurseurs semblent annoncer des velléités de faire appliquer strictement la loi islamique, dans la bande de Gaza et d’imposer une discrimination entre les hommes et les femmes, faisant valoir la loi “du Harem”.

La contestation iranienne actuelle est servie par “ le mobile ”, ses caméras intégrées, en relation, bien entendue avec l’internet. D’autre part, les manifestations populaires ont mis en évidence  un aspect fondateur spécifique, puisque “les femmes sont en première ligne”. Le débat concerne donc le projet de société et l’ordre familial. Il faut prendre la juste mesure de cette prise de conscience et de cette émergence de la femme comme acteur important, dans le Moyen-Orient de demain.

L’air du temps révèle une mutation des instruments de communication, de la presse écrite, à la bande magnétique et au téléphone portable et un changement d’acteurs ou du moins de nouvelles répartitions de tâches.

 

 

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 15:29
 

Consacrant d’habitude leurs journaux d’information à la vie nationale : ses événements politiques,  ses faits divers et ses actualités sportives, les médias européens ont transgressé leurs coutumes et ouvert opportunément leurs horizons,  à l’Iran, depuis le scrutin du 12 juin. L’émergence  de la contestation populaire iranienne constitue certes, un fait important de l’évolution de la géopolitique du Moyen-Orient. Mais son traitement européo-centriste fausse la vision et risque d’induire en erreur les analystes généralistes, méconnaissant la réalité complexe du régime, son discours fondateur, ses postulats, ses références, les mutations spécifiques de son opinion publique, mais aussi ses états d’âme, dans la conjoncture internationale difficile qu’il vit. Dans cet ordre d’idées, certaines observations permettraient de nuancer les analyses hâtives des médias européens:

1- La dichotomie conservateur/réformateur, présentée comme problématique centrale doit être nuancée. Les deux protagonistes  Hossein Moussavi et Mahmoud Ahmadinejad  appartiennent à la même obédience idéologique. Ils font partie de la classe politique qui a assumé la gestion islamique totalitaire. Hossein Moussavi était un "apparatchik" du régime des mollahs et un vétéran de la révolution islamique. il a dirigé le quotidien République islamique, l’un des organes de la ligne «dure» au sein du régime. Premier ministre d'Iran de 1981 à 1989, il ne s’est guère illustré par son réformisme.   Elu, dans des conditions normales, il aurait assuré la continuité, tout évitant les excès de langage de son prédécesseur.

2-  Le ralliement des réformateurs et des contestataires à sa candidature, l’a érigé en héraut de toute une jeunesse rêvant de changement. Hossein Moussavi fut porté par une «vague qui vient des profondeurs de la société et prend toute la société», selon le politologue iranien Ahmad Salamatian. Ses déboires électoraux, la prise de position en faveur de son concurrent, du guide de la révolution, Ali Khamenei et les manifestations populaires de soutien en sa faveur, lui ont donné une nouvelle stature. Il osa, même, défier l’Establishment et prendre position contre Khamenei.

3 - En dépit du mouvement populaire d’envergure qui soutient, Hossein Moussavi,  Ahmadinejad reste le favori des couches les plus populaires, ceux qu’on appelle les mostazafin des campagnes et des milices. Ce qui atteste l’existence d’une démarcation de "classe". L’isolement international de l’Iran, les positions peu diplomatiques et surtout les échecs de la gestion économique et sociale d’Ahmadinejad expliquent les  hésitations et les critiques de certains membres de l’Establishment, tel que Hachémi Rafsandjani, à la tête de la puissante Assemblée des Experts qui peut désigner et destituer le Guide suprême et d'un conseil chargé d'arbitrer les litiges entre le Parlement et le Conseil des Gardiens de la Révolution.

4 - Le pari de certains Etats européens sur cette contestation intérieure et cette équipe de "réformateurs" traduit leur mauvaise appréciation de la situation. D’ailleurs, le Président de la République iranienne, quatrième autorité de l’Etat, n’est pas en mesure de réviser la politique internationale du régime, soutenue par les principales composantes de la société iranienne. En ce qui concerne la politique nucléaire, objet du contentieux, elle fut initiée par le régime du chah et reprise avec fermeté par ses successeurs. Les Iraniens estiment que la politique nucléaire - fut-elle maladroitement défendue par  Ahmadinejad ! - relève des prérogatives des puissances régionales, à l’instar de leur pays. En misant sur l’opposition au régime de Khomeini, Saddam Hussein a reconstruit le consensus contre lui. Il faut prendre la juste mesure de l’impact du nationalisme iranien et de la civilisation perse.

5 - Dans ce contexte, les sympathies et interventions éventuelles européennes, en faveur du mouvement contestataire, ne peuvent que le desservir. Hossein Moussavi et ses partisans, fils du régime islamique, ne peuvent, ni ne veulent se démarquer de ses options nationales. Il en va de leur légitimité. Et d’ailleurs, la communauté internationale ne peut comprendre l’attitude de  "deux poids, deux mesures", en ce qui concerne les nucléaires israéliens et iraniens et les condamnations différentielles de la répression.

6 - Dans l’état actuel des choses, la position de neutralité "wait and see ", prise par les Etats arabes - fussent-ils en  désaccord avec le régime iranien, tels que l’Egypte et le Maroc ! - est bel et bien justifiée. Bon exemple à suivre, la communauté internationale doit rester à l’écoute des mutations importantes qui semblent s’annoncer et œuvrer pour favoriser un apaisement des relations, susceptible d’assurer l’instauration d’une ère de paix, dans la région.


                                                                                      Pr. Khalifa Chater
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