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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 18:18

Les médias arabes ont privilégié, dans leur lecture du discours du Président Obama, adressé aux musulmans (Le Caire, 4 juin 2009), son souci d’inaugurer une nouvelle ère de partenariat entre l’Amérique et le monde musulman, de réviser l’alliance exclusive des Etats-Unis avec Israël et sa compréhension de la tragédie palestinienne. Ces aspects positifs ne sauraient être occultés. Ils annoncent une ouverture sur le Moyen-Orient, confortée par une volonté de relancer le processus de paix et de finaliser la solution des deux Etats. En dépit de sa portée, ce discours novateur suscita un débat entre ceux qui voient le verre à demi plein (affirmation du droit du peuple palestinien, prise en compte de sa tragédie et critique de l’expansion des colonies) et ceux qui voient le verre à demi vide (position équidistante entre l’agresseur et l’agressé, absence d’une formulation explicite de l’évacuation de la totalité des terres occupées, en 1967, pas de référence au Droit du retour). Concession ultime, son envoyé spécial George Mitchell a repris le concept mis en avant par l’Establishment israélien, dans le cadre des manœuvres de blocage, à savoir la définition de "l'Etat juif d'Israël". Fut-elle destinée à rassurer l’Etat hébreux, cette concession qui fait valoir un préalable, sinon un postulat, peut remettre en cause le processus.

Quelles sont les chances d’une initiative américaine de relance, alors que le Président Obama n’a pas encore révélé son plan d’action, pour imposer la finalisation du processus ? Malgré les profondes divergences entre l'administration Obama et le gouvernement Nétanyahou, George Mitchell a cherché, mardi 9 juin, lors de ses entretiens avec les responsables israéliens, à assurer l'Etat hébreu du soutien intact des Etats-Unis. Dans ce cadre, il a omis de le conditionner par le retour à la négociation, le démantèlement des colonies, la destruction du mur de l’apartheid, condition sine qua non de la normalisation.

La référence à l'initiative arabe de paix est encourageante. Notons cependant que son appréciation par le Président Obama : "un début important, mais non la fin de leurs responsabilités" suscite des inquiétudes. Est-ce à dire, qu’on annonce une demande de concessions supplémentaires au partenaire arabe, alors que son vis-à-vis campe sur ses positions. Notons cependant que la formulation de l’approche globale du Président Obama annonce un retour aux normes de l’humanisme américain qui ne peut s’accommoder de cet Etat de non-Droit. Prenons la juste mesure de cette dynamique annoncée !

Notons d’autre part, que le discours d’Obama atteste sa connaissance de l’Islam, débarrassée des faux stéréotypes, instrumentés par ses ennemis. Il cite avec pertinence des versets du Coran, qui légitime sa lecture. Il fait valoir que «l'islam tout au long de l'histoire, a donné la preuve, en mots et en actes, des possibilités de la tolérance religieuse et de l'égalité raciale». A l’appui de ces données, il enterre la doctrine du "choc des cultures", qui a fondé cette animosité et tenté de justifier la culture de la violence. Position lucide et courageuse, le Président Obama déclara que : « l'Amérique et l'islam ne s'excluent pas et qu'ils n'ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l'Amérique et l'islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain ». En conséquence de ce diagnostic, rejetant les partis pris et les fausses vérités du Politiquement correct occidental, il déclara :  «Quand il s'agit de combattre l'extrémisme violent, l'islam ne fait pas partie du problème - il constitue une partie importante de la marche vers la paix».

Peut - être devrait-il davantage prendre en considération l’élan de progrès qui anime les élites musulmanes, qui font valoir une lecture du référentiel, tenant compte des défis du monde contemporain. Le Président Obama évoque comme un respect de la liberté de la communauté musulmane, l’autorisation du port du hijab par certaines jeunes filles musulmanes aux Etats-Unis. Cela se comprend, dans la société américaine, respectueuse des us et coutumes de ses différentes communautés. Peut être faudrait-il remarquer que "le retour au Harem", annonce plutôt des velléités conservatrices et dans certains cas intégristes. Un programme de dynamisation de l’éducation des jeunes filles musulmanes leur permettrait de s’ouvrir de nouveaux horizons et  d’assurer la formation d’une jeunesse évoluée, vivant au diapason de son temps.

En dépit de ces réflexions, qui s’expliquent par les grandes attentes de ce porte-parole de la nouvelle Amérique, qui se veut humaniste, généreuse et solidaire, le discours d’Obama au Caire annonce un véritable tournant géostratégique que nous saluons.

 

Pr. Khalifa Chater

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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 17:29

Pr. Khalifa Chater

 

 

Le discours de Barak Obama au Caire, le 4 juin 2009, a été- il faut le reconnaître et l’expliciter - diversement apprécié, dans l’aire arabe. Porté aux nues, par certains de ses analystes, bien apprécié, dans une large mesure, par ses élites, il suscita le désappointement de larges secteurs de son opinion publique. La déception était à la mesure des attentes de la rue arabe, persuadée que le nouveau locataire de la Maison Blanche allait traiter, d’urgence, comme par une baquette magique, les problèmes du Moyen-Orient, mettre fin à l’occupation coloniale, libérer les terres occupées, assurer la création de l’Etat Palestinien et imposer à Israël l’application des décisions de l’ONU. Traumatisée par l’agression contre Gaza, la rue arabe souhaitait que le discours énonce la mise en application attendue des décisions de Madrid, de la Feuille de route et d’Annapolis. Cette position utopique, confortée par les surenchères de certaines télévisions du Golfe, dans ce contexte de colère arabe, expliquait une certaine désillusion. «On est passé de la haine au doute et non à l’enthousiasme» affirma Antoine Sfeir, l’analyste libanais». Pondéré mais contrarié, un autre observateur disait qu’il attendait le passage à l’acte de ce nouveau Président qui se démarqua de l’Establishment américain, remit en cause la stratégie unilatérale du Président Bush et s’est engagé, auprès de ses électeurs, à inaugurer une nouvelle politique étrangère.

Nous pensons, quant à nous, qu’il faut prendre la juste mesure de ce discours de la nouvelle Amérique, qui a choisi son dirigeant, en connaissance de cause, qui a engagé cet élan populaire contestataire de la dérive de la politique de l’extrême droite américaine. Rappelons que l’équipe précédente a instrumenté la tragédie du 11 septembre, l’a exploitée pour engager la guerre contre l’Irak et l’a détournée vers une culpabilisation générale implicite de l’aire musulmane. Dans ce contexte, elle a effectivement institué et mis en exécution «le choc des civilisations». Le discours de Barak Obama a eu le mérite d’enterrer cette approche de Huntington, qui fonde des relations de guerre contre l’aire musulmane. L’ennemi soviétique de jadis devait être relayé par le «terroriste musulman», à rechercher, à fonder et à reconstruire. De ce point de vue, Huntington a répondu à ce processus de quête du nouvel ennemi, qui devait permettre le ralliement des foules occidentales, à ce non-dit officiel. Rappelons, pour remettre les pendules à l’heure, que les manifestations populaires en Europe et aux Etats-Unis, contre la guerre d’Irak ont anticipé ce rejet de l’approche de Huntington et rejeté le discours de guerre de l’Establishment américain, soutenu par les Premiers ministres Blair, Aznar et Berlusconi. Vu, sous cet angle, le discours de Barak Obama constitue, bel et bien, une contre-attaque, une reformulation du discours officiel. Après l’orage de la passion guerrière des législations précédentes et «le répit de l’aube apaisé», depuis l’élection du nouveau Président, les Etats-Unis inaugureraient par le discours du 4 juin, l’ère de la sagesse retrouvée. Ce retour de l’humanisme américain doit être salué. De ce point de vue, une certaine critique du discours, le considérant comme « un tonnerre d’été, qui n’annonce pas la pluie» et les avis similaires nous paraissent injustes et infondées. Nous rejetons aussi, dans ce même ordre d’idée l’expression malencontreuse de «discours mielleux». Nous pensons, plutôt qu’il s’agit d’un discours fondateur, faisant valoir le nouvel idealtype du Président Obama et annonçant une sérieuse révision de la politique étrangère américaine.

Une nouvelle ère de relations arabo-américaines ? La description pertinente de l’état des lieues (effets du colonialisme, guerre froide par personnes interposées), fut-elle partielle ! -puisque elle occultait les conséquences de la question palestinienne et de l’alliance partisane qu’elle a mise en œuvre - permit au Président Obama de présenter son diagnostic et d’affirmer que «ce cycle de la méfiance et de la discorde doit être brisé». Souhaitant mettre un terme à ces relations conflictuelles, le Président Obama demanda, aux Américains et aux Arabes, d’assainir l’atmosphère, en explicitant le lourd non-dit, «ce que souvent nous recelons dans notre cœur et que trop souvent nous n'exprimons qu'à huis clos». D’autre part, l’écoute mutuelle des deux partenaires, devrait permettre de « trouver un terrain d’entente ». Ayant tenté de déblayer le terrain, Barak Obama annonce la nouvelle politique qu’il compte mettre en œuvre :

«Je suis venu ici au Caire en quête d'un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l'intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l'Amérique et l'islam ne s'excluent pas et qu'ils n'ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l'Amérique et l'islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain».

Barak Hussein Obama balisa le terrain, en faisant valoir, vu ses origines, son vécu et ses études d’histoire, sa connaissance de l’Islam et son appréciation de l’apport de sa culture, à la civilisation humaine. Rejetant toute amalgame entre cette religion et les dérives fanatiques et extrémistes, il reconnaît que «l'islam a donné la preuve, tout au long de l'histoire, en mots et en actes, des possibilités de la tolérance religieuse et de l'égalité raciale». A cet effet, il «estime qu'il est de son devoir de président des États-Unis de combattre les stéréotypes négatifs de l'islam où qu'ils se manifestent». Cette correction préalable des termes de références des civilisations musulmane et américaine - rejet formel de la dichotomie conflictuelle d’Huntington - devait servir pour fonder un nouveau partenariat de concorde et de coopération, au profit de tous, dans le cadre d’une prise de conscience d’une humanité commune. Nous remarquons aussi cette condamnation, sans appel de toutes velléités d’unilatéralisme : «Au vu de notre interdépendance, annonça le Président Obama, tout ordre mondial qui élève un pays ou un groupe d'individus au détriment d'un autre est inévitablement voué à l'échec. Quelle que soit notre opinion du passé, nous ne devons pas en être prisonniers. Nous devons régler nos problèmes par le biais du partenariat et partager nos progrès».

La lecture d’Obama des foyers de tension : Identifiant l’extrémisme comme principal facteur de tension, le Président Obama légitime les opérations américaines en Afghanistan, dans le cadre de la chasse à al-Qaïda et aux talibans. Cette guerre dit-il, est menée «non par choix, mais par nécessité», à la suite des événements du 11 Septembre. Elle n’est aucunement dirigée contre l’Islam et n’a pas d’objectif de mise en dépendance ou de création de bases militaires. Remarquons, dans le cas de l’intervention en Afghanistan, que l’opinion publique arabe, hostile cependant à l’intégrisme, est choquée par la «pacification meurtrière» et la mise en péril de la population civile. Peut-être faudrait-il adopter une politique alternative plus pertinente pour faire échec aux multiples facteurs de ressentiment des populations. Nous avons, dans une analyse précédente, évoqué le risque de paralysie de la politique d’Obama, par «le piège afghan» et les effets d’une vietnamisation de ce terrain, propice de surcroît à la guérilla, aux guerres de bandes et aux rivalités entre les seigneurs de la drogue.  Et d’ailleurs, le Président américain reconnaît, bel et bien, «que la puissance militaire ne va pas à elle seule résoudre les problèmes qui se posent en Afghanistan et au Pakistan». Ce qui atteste la nécessité d’une révision urgente de la politique américaine dans cette aire, pour arrêter un pourrissement de la situation, qui dessert tout le monde. Par contre, la révision de la politique américaine en Irak suscite, dans une large mesure, le consensus des observateurs arabes, attachés à la souveraineté et à l’intégrité de l’Etat. Reconnaissons, cependant, que les rancoeurs soulevés par la guerre contre l’Irak, que le Président Obama n’a pas légitimée, sont difficiles à dissiper. «La blessure guérit; mais la cicatrice reste», m’affirmait, il y a quelques jours, un nationaliste arabe. Je dirais plutôt qu’un soutien américain au recouvrement de la souveraineté de l’Irak et à sa promotion globale, permettrait de panser sa blessure et d’assurer la reprise de sa dynamique de développement économique et sociale, l’intervention américaine ayant supprimé les revers négatifs et positifs du régime saddamien. Qu’il nous suffise de rappeler sa tolérance religieuse et ses avancées laïques, qui devraient être remises à l’ordre du jour.

Hiérarchisation que l’aire arabe ne partage pas, la question palestinienne est identifiée par Obama comme seconde source de tension. Tout en reconnaissant les liens solidaires entre l’Amérique et Israël - je parlerai plutôt d’un soutien partisan indéfectible et d’une solidarité inconditionnelle - le Président Obama a reconnu solennellement l’ampleur de la tragédie palestinienne :

«Le peuple palestinien, qui regroupe des musulmans et des chrétiens, a souffert en quête d'un territoire. Depuis plus de soixante ans, il connaît la douleur de la dislocation. Beaucoup attendent dans des camps de réfugiés en Cisjordanie, à Gaza et dans des terres voisines de connaître une vie de paix et de sécurité à laquelle ils n'ont jamais eu le droit de goûter. Ils subissent au quotidien les humiliations - grandes et petites - qui accompagnent l'occupation. Il n'est pas permis d'en douter : la situation du peuple palestinien est intolérable. L'Amérique ne tournera pas le dos à l'aspiration légitime du peuple palestinien à la dignité, aux chances de réussir et à un État à lui»

Cette reconnaissance publique - une première dans la politique américaine - lui permet de justifier son attachement à «la seule résolution (qui) consiste à répondre aux aspirations des uns et des autres, en créant deux États, où Israéliens et Palestiniens vivront chacun dans la paix et la sécurité». Il rappelle le nécessaire respect des «obligations qu'ont acceptées les parties, en vertu de la Feuille de route», mais il évite, dans le cadre d’une prise de distance diplomatique, de signaler que l’arrêt du processus d’Oslo et le blocage sont le fait du partenaire israélien. Comme préalable, il rejette «la légitimité de la continuation des colonies israéliennes», estime que «ces constructions constituent une violation des accords passés et portent préjudice aux efforts de paix» et affirme que «le moment est venu pour que ces colonies cessent». D’autre part, il fait valoir qu’Israël «doit aussi honorer ses obligations et assurer que les Palestiniens puissent vivre, travailler et développer leur société» et évoque la crise humanitaire à Gaza et l'absence persistante de chances de réussite en Cisjordanie,  (qui) «ne servent pas à promouvoir la sécurité d'Israël ». En dépit de son occultation de la nécessité d’abolir la totalité des colonies - comme fait d’occupation illégitime - et son absence de condamnation formelle de la guerre de Gaza et de la pacification coloniale, une situation permanente de non droit, le discours d’Obama est novateur et prometteur. Mais dans quelle mesure est-ce que cette approche peut être mise en œuvre, tant qu’on n’a pas pris la décision d’imposer l’application des décisions de la communauté internationale :  Onu, Quartet, Annapolis par le partenaire récalcitrant et qui a formellement reconnu son refus de la décolonisation territoriale.   Obama ne précisa pas sa stratégie, se contentant d’affirmer :

 «Je compte personnellement poursuivre un tel aboutissement avec toute la patience et le dévouement qu'exige cette tâche. Les obligations qu'ont acceptées les parties en vertu de la Feuille de route sont claires. Pour que règne la paix, il est temps que les parties - et que nous tous -se montrent à la hauteur de leurs responsabilités».

Nous mettons, sur le compte du ménagement diplomatique, la non-reconnaissance par le Président Obama, du droit de résistance, qui a permis la décolonisation des peuples dominés et les processus de blocage des acquis des privilèges des systèmes hégémoniques. Or, la pensée politique occidentale reconnaît la légitimité de la résistance contre le nazisme, l’apartheid et la colonisation traditionnelle. Mais les officiels américains hésitent souvent à sauter le pas, pour intégrer l’occupation israélienne, dans le même système colonial, qu’ils condamnent. Position lucide du Président Obama, il prend acte de l’existence de Hamas et lui demande de «jouer un rôle pour réaliser les aspirations des Palestiniens et unir le peuple palestinien», en conditionnant cependant sa prise en compte par l’arrêt de la violence et la reconnaissance des accords passés ainsi que du droit à l'existence d'Israël».

La troisième source de tension évoquée concerne «les droits et les responsabilités des États concernant les armes nucléaires», c’est-à-dire en d’autres termes le différend entre les USA et l’Etat iranien. Obama reconnaît courageusement que «les Etats-Unis, en pleine Guerre froide, ont joué un rôle dans le renversement d'un gouvernement iranien démocratiquement élu», celui du nationaliste Mossadegh. Soucieux de dépasser les contentieux du passé, il fait appel au dialogue au régime iranien. Traitant la question du nucléaire iranien, il réaffirme fermement l'engagement de l'Amérique à vouloir un monde dans lequel aucun pays ne possède d'armes nucléaires :

 « Chaque pays, y compris l'Iran, devrait avoir le droit d'avoir accès à l'énergie nucléaire pacifique s'il respecte ses engagements dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire. Cet engagement est au cœur du Traité et il doit être pris par tous ceux qui y souscrivent pleinement. J'espère que tous les pays de la région pourront partager cet objectif».

Est-ce à dire que les USA vont mettre à l’ordre du jour la question de la dénucléarisation du Moyen-Orient et qu’ils sont disposés à appliquer cet objectif vis-à-vis de tous les pays de l’aire, y compris Israël, dont l’équipe Obama a rappelé, pour la première fois qu’elle disposait de cette arme ?

Le quatrième point du discours du 4 juin, concernait la démocratie au Moyen-Orient. Position pertinente, Obama affirme que la promotion de la démocratie relève de la dynamique interne et rejette toute intervention extérieure. «Aucun système de gouvernement, déclara-t-il, ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre».

 

Conclusion : Comment interpréter ces faits d’annonce ? Ce discours fondateur a le mérite d’assainir les relations entre l’Occident (Etats-Unis et Europe) et le monde musulman, perturbées par l’approche du «choc des cultures», que la tragédie du 11 septembre, les dérives intégristes et les guerres d’Afghanistan, d’Irak et de Palestine, confortées par le discours de l’ancienne équipe américaine, ont mis en œuvre. Ne sous-estimons pas ces effets sur l’opinion publique occidentale et musulmane. Plus qu’une réconciliation, il fait valoir une nécessaire révision des termes de références, dénonçant les partisans des guerres de religions, rejetant la culpabilisation de l’autre. En ce qui concerne la question palestinienne, le Président Obama a eu le mérite d’exposer les composantes de cette tragédie, pris en compte et légitimé les aspirations nationales et s’est penché sur les drames humanitaires vécus, dans les régions occupées et asphyxiées et les multiples camps de réfugiés dispersés, dans les pays du voisinage. Son diagnostic aura son influence certaine sur l’opinion américaine.

Mais, en ce qui concerne le processus de paix israélo-palestinien, peut-on espérer que les Etats-Unis, prompts à exiger l’application des décisions onusiennes des autres Etats envisagent d’appliquer les mêmes mesures à l’allié inconditionnel ? Le Président Obama affirme que « les Américains ne peuvent pas imposer la paix ». Mais ils «aligneront leurs politiques avec ceux qui veulent la paix et diront en public ce qu’ils diront en privé aux Israéliens, aux Palestiniens et aux Arabes». Ultime promesse, Obama déclara que «le moment est venu de prendre une initiative, sur ce que tous savent être vrai». Quelles sont les mesures de persuasion, d’incitations ou de contrainte que le Président Obama compte prendre ? Peut-il prendre le risque de remettre en cause ce partenariat traditionnel, ce pêché originel qui conditionne les relations entre l’Amérique et le monde musulman ? Le discours du Caire ne peut exprimer de simples vœux pieux, vu le sérieux de l’engagement du Président Obama. « Aucun discours, reconnaît-il, ne peut éradiquer des années de méfiance, et dans l'espace de cet après-midi, je n'ai pas la réponse non plus aux questions complexes qui nous ont menés au point où nous sommes maintenant». Mais cette reconnaissance de la diversité, cette affirmation de l’idealtype de relations apaisées, cette volonté d’équilibrer les relations de partenariat et d’exposer des propositions objectives de traitement de la question palestinienne peuvent inaugurer une nouvelle politique américaine. Mais elle sera sérieusement mise en échec tant que le processus de paix n’est pas concrétisé et finalisé.

Pr. Khalifa Chater

- Table ronde in la Chaîne Parlementaire LCP, 7 juin, soir.

- Expression de l’universitaire koweitien, Mohamed el-Mosfer, in el-Jazeera, Programme « plus qu’une opinion, 5 mai 2009.

  -Expression de Amr Hamzoui, de la Fondation Carnegie. Ibid.

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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 15:06

Les entretiens Obama/Netanyahu, lundi 18 mai, s’inscrivent dans la mise en oeuvre de la nouvelle stratégie américaine au Moyen-Orient. Fait collatéral, la guerre contre Gaza, déclanché à la veille de la prise du pouvoir par le nouveau Président américain, devait lui permettre de prendre la mesure de l’ampleur de la tragédie humanitaire et de réaliser ses effets d’entraînements. Voulant instituer des relations apaisées, réussir une réconciliation générale de l’Amérique avec le monde, le Président Barak Obama inscrit le processus de paix comme priorité de son ordre du jour. Fait significatif, le premier geste de sa présidence avait été d'appeler le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. La nomination de George Mitchell, l'architecte de la réconciliation irlandaise, comme  envoyé spécial et la définition de son approche (solution de deux Etats, arrêt de la colonisation) traduisent sa volonté de rupture avec ses prédécesseurs. Les précédents présidents avaient certes fait valoir la nécessité de créer l’Etat palestinien et de dynamiser le processus de paix, dans le cadre de la Feuille de route, du Quartet et de l’accord d’Annapolis. Mais par indulgence et prise en compte des réelles désirata de leur allié, ils ne soucièrent guère de l’application du discours. Barak Obama, par contre, était bien décidé à tourner la page de cette "ambiguïté américaine", ce ménagement de l’allié que les Arabes définissent volontiers comme une "politique de deux poids, deux mesures».

La lecture de la conférence de presse, montre que la réunion Obama/Netanyahu se termina par "un accord sur rien" ou presque. Les deux présidents se bornèrent à énumérer leurs désaccords. Est-ce à dire qu’elle fut négative ? Nous ne pensons pas. Le Président Obama a fait sienne, les exigences de la communauté internationale, rappelé les engagements pris  par les précédentes instances, exprimé son attachement à la formule de deux Etats, réclamé la fin de la colonisation et invité son partenaire à saisir l’opportunité de construire la paix. Les réponses de Netanyahu ont permis, au Président américain, de réaliser que son partenaire est soucieux de différer le processus de paix, par sa stratégie procédurière, ses manœuvres et recherches de prétextes. Netanyahu tenta de détourner le débat vers le nucléaire iranien, le considérant comme priorité obsédante. Ultime manœuvre, l’Etat israélien qui possède l’arme nucléaire, rappelée judicieusement récemment, par l’administration américaine, continue son discours rituel sur la sécurité, en dépit des rapports de forces qui lui sont favorables. Or la communauté internationale a bel et bien identifié l’agresseur au Moyen-Orient. Fait d’importance, prenant le contre-pied de Netanyahu, le Président Obama estima que le traitement de la question palestinienne peut concourir à la solution iranienne. Nous rejoignons son point de vue, estimant que le processus de paix permettrait d’empêcher de développer les surenchères iraniennes, intégristes et autres, sur le terreau palestinien. Elle faciliterait dans l’ensemble de l’aire du Moyen-Orient, y compris Israël, la déradicalisation les opinions publiques.

La conférence de presse Obama / Netanyahu donne un certain éclairage sur la teneur de leurs entretiens, en tête - à- tête. Le non dit est sûrement plus important que ce qui a été rendu public. Cette prise de distance du Président américain, par rapport à la politique israélienne doit être soulignée. Est-ce que la divergence des points de vue,  qui fait valoir une prise en compte de la nécessité américaine de réviser sa politique vis-à-vis des pays arabes et les pays musulmans qui constituent leur profondeur stratégique, remet à l’épreuve  leur alliance organique et libère la marge de manœuvre des Américains ? Est-ce que l’Etat israélien, dépendant du soutien financier, militaire et sécuritaire des Etats-Unis, peut se rendre à l’évidence et s’inscrire dans la nouvelle politique américaine, multilatérale, privilégiant le dialogue à la guerre préventive, soucieuse de redorer le blason américain, mis à mal par les dérives de la précédente législature.

La mise de cette nouvelle volonté, au service de l’idealtypus générique américain, de la prise en compte des principes onusiens et des traités et motions adoptés en application, doit être chaleureusement souligné.   Ce renversement de perspective, qui sera confirmé lors des entretiens avec les Présidents Moubarak (26 mai) et Aboumazen (28 mai) sera vraisemblablement explicité, lors du discours du Président Obama aux pays d’Islam (Le Caire, 4 juin). Nous ne sommes certes qu’au début de l’opération.  Elle exigera cependant, pour mettre en échec les manœuvres dilatoires bien connues,  un enrichissement des termes de référence, par une affirmation des positions des partenaires arabes, exigeant  un arrêt ferme de la colonisation, un arrêt de "la pacification coloniale" et une restitution des terres occupées en 1967. Il faut, d’autre part, re-actualiser le "linkage" - le lien entre les avancées du processus de paix et la normalisation. Une telle réponse arabe, conforme aux vœux de l’opinion publique, permettrait de soutenir l’initiative du Président Obama et d’ouvrir les perspectives de l’entente, de la normalisation et pourquoi pas, de la coopération.

Pr. Khalifa Chater

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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 13:58

Les Sommets de Charm el-Cheikh et de Damas, tenus parallèlement, lundi 11 mai 2009, s’inscrivaient dans le contexte de la définition et de la mise en œuvre de la politique du Président Barak Obama, au Moyen-Orient et particulièrement de sa volonté de dynamiser le processus de paix. Peut-on parler d’une répartition de rôles ? L’observateur averti doit plutôt remarquer que les deux sommets, renvoient à des registres différents, puisqu’ils n’ont pas les mêmes objectifs. Leurs deux partenaires arabes, qui ont signé des traités de paix avec Israël, qui entretiennent des relations privilégiés avec les Etats-Unis et qui font partie de l’axe arabe modéré, semblent agir, dans cette conjoncture difficile, en ordre dispersé, dans l’exercice de leurs rôles régionaux, bien redimensionnés dans le nouveau Moyen-Orient.

Le sommet Natinyaho/Moubarek de Charm el-Cheikh, tenu vraisemblablement à l’initiative du chef de gouvernement israélien, ne pouvait être qu’une "rencontre de dupes". A la veille de sa prochaine rencontre avec le Président Obama (18 mai), Natinyaho a voulu s’affirmer comme partenaire de l’Egypte et pourquoi pas, accréditer auprès du Président Moubarak, sa politique palestinienne ou plus exactement son refus de s’engager dans le processus de paix. Le Président égyptien, soucieux de faire valoir son statut de partenaire de la paix, accepta de le recevoir et de s’entretenir avec lui. Mais il dut se rendre à l’évidence. Aucun rapprochement des points de vue n’était envisageable, tant que le gouvernement extrémiste défendait son statut colonial. Cette fuite en avant, sinon cette quête d’une caution, ne pouvait aboutir. Par contre, elle faisait valoir la nécessité d’une révision de la politique égyptienne, pour se dégager des processus des négociations formelles, qui la desservent.

Le Sommet de Damas, réunissant le roi Abdallah II et le Président Bachar el-Assad, s’inscrit, par contre, dans le cadre d’une concertation, entre deux chefs d’Etat, n’appartenant pas à la même mouvance. Elle atteste qu’une convergence sur la question du processus de la paix entre les deux chefs d’Etat était possible. Cette volonté de construire un compromis, de transgresser la carte des alliances, ne doit pas être sous-estimer. A cette occasion, le roi Abdallah a mis au courant le président syrien, de la teneur de l’initiative de paix du Président Obama et lui a fait part des entretiens qu’il a tenus avec lui (Washington, 21 avril 2009). Dans ce contexte, le roi Abdallah rendit publique, l’initiative, en état de formulation à Washington (le Times, 11 mai). Il s’agit d’un plan d’envergure (une solution de 57 Etats) qui inclut non seulement Israël et les Etats arabes du Moyen-Orient, mais de surcroît, un ensemble d’Etats musulmans et qui consisterait tout simplement à en arriver à une normalisation des relations entre Israël et l’ensemble de ces Etats ». Ce plan sera l’objet d’une discussion avec Natinyaho (18 mai), Moubarak (25 mai) et Abbas (28 mai) pourrait être au centre du grand discours au monde musulman que le président américain doit prononcer, en Egypte, le 4 juin.

Alors que le Sommet de Charm el-Cheikh s’inscrit dans le processus procédurier que privilégiait Natinyaho, la rencontre de Damas, en relation avec la nouvelle diplomatie américaine, met à l’ordre du jour une nouvelle donne, pour faire sortir le processus de paix de l’impasse. L’accueil favorable du président syrien, de cette approche globale, de cette volonté d’évacuer l’ensemble des terres occupées et de finaliser la création de l’Etat palestinien est très prometteur. L’adoption d’un tel plan - avec sa nécessaire mise en application - sera en mesure d’instituer des relations apaisées et, pour quoi pas une normalisation, entre tous les acteurs au Moyen-Orient, de faire valoir la paix et de mettre en échec les partisans des stratégies de désespoir. 

Pr. Khalifa chater

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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 08:19

A la veille de la définition de la stratégie du Président Obama, pour dynamiser le processus de paix au Moyen-Orient et finaliser la solution préconisée de deux Etats, de «nouveaux jeux de rôles» se manifestent sur la scène politique moyen orientale et internationale. Effets d’annonces, tests, processus d’occultation, volontés de blocage, repositionnement, comment expliquer ces velléités d’intervention d’acteurs soucieux de se manifester dans cette conjoncture ? Grâce à la révision de la politique américaine, annoncée par le Président Obama, la question palestinienne est désormais à l’ordre du jour. Ce fait, qui a comme objectif d’instaurer une ère de paix, au profit de tous les habitants de la région, suscite des inquiétudes et des espoirs. Faut-il s’en étonner ?

Tony Blair, le représentant du Quartet, a affirmé, le 7 mai, à Beitlahm que les négociations du processus de paix doivent concerner l’essentiel, à savoir les questions de Jérusalem, des frontières de l’Etat et  des réfugiés qui concernent la situation finale. Fut-elle  tardive, cette intervention révèle une volonté de sortie des méandres des institutions conjoncturelles successives (la feuille de route, le Quartet, le processus d’Annapolis), qui permettaient de gérer la question et non de la traiter.  Mais nous remarquons que la proposition de Blair de se concerter avec les nouvelles autorités américaines pour mettre sur pied un nouveau mécanisme de paix, était bel et bien, en contradiction avec l’approche globale qu’il vient de faire valoir. Tony Blair a  cru devoir anticiper, accompagner ou recadrer les discussions du Président Obama, avec les acteurs de la région. Comment expliquer cette quête d’institutions tactiques, alors que la paix nécessitait tout simplement la mise en œuvre, l’application des discours, à l’appui du diagnostic de consensus de la communauté internationale.

D’auteurs acteurs non identifiés - sans doute,   des leaders informels mais importants et qui agissaient dans les coulisses - ont demandé une re-actualisation de l’initiative de paix arabe. Une telle procédure est surprenante, puisqu’on demandait l’adoption de nouvelles concessions, en faveur d’un partenaire qui refusait d’engager jusqu’ici un débat sur la question.  Ce stratagème permettait de susciter la division et de remettre en cause une initiative qui a fait l’objet d’un consensus. Réunis au Caire, le 8 mai, les ministres arabes des Affaires étrangères ont pris la décision de ne pas entacher leur plan de paix par de nouvelles concessions.

La tournée du ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman, en Europe occidentale (4- 7mai 2009) constituait un non -événement. Les positions extrémistes qu’il a défendues, remettant en cause le processus de paix, étaient incompatibles avec le discours officiel européen. Fait d’évidence, qu’on ne doit pas perdre de vue, la démarcation entre les positions du triumvirat israélien  (le Président Péres, le Premier Ministre Natinyaho et le dirigeant extrémiste Lieberman) relevait plutôt d’un jeu de rôles, annoncé d’ailleurs par la condition lancée comme une pierre dans la mare, de la nécessaire reconnaissance d’Israël, comme « Etat juif ».

Est-ce que la communauté internationale peut se mobiliser pour imposer cette paix, qui assurerait la normalisation des relations entre les acteurs du Moyen-Orient ? Est-ce que le Président Obama sera en mesure de convertir la nouvelle équipe israélienne, en partenaire de la paix ?

Pr. Khalifa Chater

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 14:54

La géopolitique a son " langage des signes ". Au-delà des faits saillants, qui marquent l’actualité, où les médias exercent un processus de trie nécessairement subjectif et partisan, l’observateur averti doit rechercher les "signes", susceptibles d’annoncer les faits d’avenir, ou du moins les éventualités possibles. Faits d’annonce ou présages, ces signes constituent des éléments de la "géopolitique prospective"  ou "virtuelle". Ils ne doivent, en aucun cas, être occultés ou sous-estimés. Des signes pertinents, coexistent avec les importants repères de l’actualité internationale, cette semaine, telles l'épidémie de grippe A/H1N1 et la pandémie "imminente", qu’elle peut annoncer, l’évolution de la question du Moyen-Orient, les enjeux, ambitions et mises à l’épreuve de la politique américaine. Tentons une lecture de ces signes qui risquent d’avoir leurs effets d’entraînement ou même de marquer la géopolitique de demain :

1 - La création d'une cour d'appel islamique pour la vallée de Swat et d'autres régions du nord-ouest du Pakistan, annoncé le samedi 2 mai. Concession majeure du gouvernement pakistanais, dans le cadre d'un accord de paix destiné à mettre fin à deux années de combats entre les forces de sécurité et les talibans, cette décision dépasse son cadre  conjoncturel.  Elle risque d’avoir valeur de précédent, dans cette conjoncture de débat entre les partisans d’une vision passéiste et les défenseurs d’une promotion moderniste de l’aire musulmane. A juste titre, Washington dénonça, comme une capitulation, l'accord de paix conclu en février, qui annonçait cette mesure. Cette décision doit être replacée dans le contexte de la guerre d’Afghanistan et les dérives qu’elle mettait à l’ordre du jour, outre son extension au territoire pakistanais. Ne faut-il pas réévaluer la politique américaine dans cette contrée dévastée par une longue guerre  d’usure, enclenchée durant la guerre froide. Elle doit également faire valoir  un traitement politique de la question afghane, dans le cadre de la construction d’un consensus de la communauté internationale.

2 - L'augmentation récente des importations d'équipement militaire dans le Moyen-Orient et particulièrement dans les pays du Golfe. Le journal  Khaleej Times, rapporta, le 30 avril 2009, que les Etats Arabes Unis ont été classés troisième acheteur d’armes dans le monde, derrière la Chine et l'Inde. D’autre part, l'Arabie Saoudite et l'Irak ont effectué d’importants accords d’achat d’armes. L'augmentation de ces dépenses militaires atteste une perception des menaces régionales, en relation avec l’affaire iranienne et les craintes d’une intervention israélienne, qui "mettrait le feu aux poudres". Il représente un effort par les Etats de l’aire de devenir plus indépendants militairement du bouclier américain. Or la baisse du prix du pétrole et les effets de la crise économique risquent de limiter la marge de manœuvre des pays pétroliers.

3 - Les agences de presse ont annoncé dimanche 3 mai que les troupes russes barrent les frontières géorgiennes avec l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, les deux régions séparatistes, mettant en application l'accord signé jeudi entre la Russie et ces deux régions. Ce déploiement russe qui intervient quelques jours avant le début des exercices de l'OTAN en Géorgie, re-actualise le conflit entre la Russie et la Géorgie, déclenché le 7 août 2009. Il exprime des velléités du pouvoir russe d’affirmer ses prérogatives dans son aire géopolitique d’antan et de surveiller les nouvelles alliances de ses anciens protégés. Il ne s’agit, en aucun cas, d’un retour à la guerre froide, vu l’état des rapports de forces. Mais ces repositionnements de la Géorgie, de l’Union Européenne, des Etats-Unis et de la Russie peuvent exercer des freinages et peut être mettre à l’épreuve la stabilité régionale.  

Quelle est la signification de ces "présages", dans l’identification des nouveaux enjeux de la géopolitique internationale ? 

Pr. Khalifa Chater

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 09:53

Comment interpréter les actes de rupture et les stratégies de discours de continuité que révèle la lecture de l’actualité du Moyen-Orient ?  L'annonce du démantèlement d'une cellule du Hezbollah, au Sinaï a confirmé les relations conflictuelles entre les autorités égyptiennes et la mouvance du Hizbollah, établies au Liban. Son chef avait, d’ailleurs dénoncé le comportement de l’Egypte, lors de l'offensive israélienne à Gaza, fin décembre. Ce fait raviva la tension entre l’Egypte et l’Iran qui soutient cette mouvance, dans le cadre de son positionnement dans l’axe de "la moumanaa" (le processus  de non-acceptation), hostile à l’Egypte et à l’Arabie Saoudite. D’autre part, l’affirmation  par l’Iran de son refus de reconnaître la souveraineté de l’Etat du Golfe, sur les trois îles qu’il a occupées et les risques de sa re-actualisation de ses ambitions sur Bahrein, suscita l’inquiétude des observateurs arabes (voir l’éditorial d’el-Quds, du 17 avril 2009). Cette valse d’annonces et de démentis, entretenue par la rumeur médiatique, n’est pas de nature à instaurer des relations apaisées, alors que la politique nucléaire de l’Iran est l’objet d’une sérieuse contestation internationale.

Peut-on inscrire ces actes,  dans une compétition entre les "puissances régionales" au Moyen-Orient, à la faveur des mutations de l’environnement général ? Traduisaient-ils tout simplement des affirmations des "valeurs mythiques" de certains Etats du Moyen-Orient, confortées par certains antagonismes idéologiques ? Expriment-ils les effets de ce croisement du contentieux séculaire, du patrimoine historique et des nouveaux rapports de forces, depuis l’émergence de l’ordre pétrolier ? Au-delà des velléités hégémoniques, plus symboliques que réelles, ces actes doivent être redimensionnés comme simples faits de surface, des manifestations d’états d’âme, susceptibles d’entretenir un climat de tensions conjoncturelles, dont on peut s’en passer.

Par contre, le rejet du processus de paix et l’affirmation par Israël de sa volonté d’attaquer les centres nucléaires iraniens, constituent des risques significatifs graves. Homme de conviction, Barak Obama affirma sa volonté d’arrêter l’escalade et de dynamiser le processus de paix. Peut-il parvenir à vaincre la pesanteur de la géopolitique traditionnelle, c’est-à-dire, en d’autres termes, les acteurs hégémoniques et les lobbies qui les soutiennent ? Dans ce cas précis, si les problèmes sont régionaux, les solutions sont bel et bien internationales.

Pr. Khalifa Chater

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 22:18

Les questions internationales étaient les priorités de l’ordre du jour, la semaine dernière : Ce fait est attesté par la tenue, en présence du  nouveau Président américain, du G20, alternative non encore déclarée à l’ONU, du Sommet de l’Otan, qui peine à se légitimer, en l’absence de l’ennemi qui constituait sa raison d’être et du Sommet U. E. /USA, censé redynamiser les relations atlantiques. Outre la réunion du G 20, dont l’enjeu était lié à la crise économique mondiale, qui nécessitait une concertation générale, pour rétablir la confiance, sinon assurer la relance économique, les deux autres réunions - fussent-elles de hauts niveaux - traitaient des questions courantes. Durant sa période faste, le Président Obama était soucieux de répondre aux attentes générales et de rétablir les bonnes relations des USA avec ses partenaires européens, peu enclins à admettre l’unilatéralisme institué par les néo-conservateurs.

 En marge de cette tournée européenne, le Président Obama a tenu à marquer son terrain, annonçant sa nouvelle politique en Asie centrale et au Moyen-Orient. Privilégiant la Turquie, considérée comme plateforme de la sécurité dans la région, il y annonça la nouvelle politique américaine vis-à-vis de l’Islam, définit son approche de la question iranienne et affirma l’attachement du gouvernement américain à la création de l’Etat palestinien. Son voyage non annoncé à Bagdad, devait rappeler les engagements qu’il avait pris lors de sa campagne présidentielle.

Ce souci de relations apaisées avec l’Iran - si  les négociations annoncées le confirment  et cette volonté  d’établir des contacts avec la Syrie, confortée par sa détermination favorable au processus de paix dans l’aire moyen orientale, peuvent induire une nouvelle donne, remettant en cause ou du moins l’atténuant cette division en axes, cette grave démarcation géopolitique qui divise le monde arabe. Elle peut favoriser l’établissement d’un meilleur environnement international à la politique d’entente, mise à l’ordre du jour par les sommets du Koweït et de Doha.

Mais le nouveau gouvernement israélien, qui vient d’être investi occulte la question des deux Etats et les processus de la feuille de route et de la réunion d’Annapolis. Pouvait-il encore constituer un partenaire de paix, alors qu’il renie ses engagements internationaux ? Des observateurs semblent privilégier ce constat, qui, en fin de compte le sert, puisqu’il lui permet de sauvegarder les acquis coloniaux. Il serait plus judicieux de faire fonctionner les mécanismes opératoires de l’ONU, de l’Union Européenne et des Etats-Unis, pour lui imposer ce règlement de la question palestinienne, condition Sine Qua none, de l’établissement de relations de normalisation, dans le concert des nations.

 

Pr. Khalifa Chater

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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 19:22
          La guerre de Gaza a explicité la démarcation géopolitique, au sein de l’aire arabe. Tout en affirmant leur pleine solidarité avec les populations otages de Gaza, les pays du Moyen Orient ont défini leur positions, selon leurs alliances, faisant valoir ainsi l’existence d’un axe modéré, favorable à l’autorité d’Abou Mazen et un axe de la moumanaa, le processus de non-acceptation, soutenant le mouvement Hamas. Cette obédience a été rejointe récemment par Qatar, soucieux d’exercer un leadership sunnite, concurrent du leadership chïte iranien. Poursuivant son initiative, prise lors du sommet du Koweït, de tenter d’apaiser les tensions entre les axes, de calmer le jeu et transgresser la discorde, le roi Abdallah d'Arabie Saoudite, a organisé, mercredi 12 mars, un mini-sommet à Ryad, avec la participation des présidents égyptien Hosni Moubarak et syrien Bachar al-Assad, ainsi que l'émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad Al-Sabah. Il s’agissait de créer un climat d’entente, avant le sommet arabe de Doha, qui devait se tenir le 30 mars prochain. Selon les traditions diplomatiques arabes, les quatre chefs d’Etat ont affirmé, à la suite de rencontres bi-latérales et des réunions tripartites (Arabie, Egypte et Syrie, à l’aérodrome), et quadripartites, réunissant les quatre chefs d’Etat leur volonté de travailler ensemble pour défendre les intérêts arabes. Mais est-ce à dire que le mini-sommet a réalisé les conditions de l’entente ? Une évaluation de la situation permet cependant d’identifier le schéma où l’on se situe et de formuler quelques remarques :
1- Le choix des participants semble faire valoir l’existence d’Etats - pôles, au sein de l’aire arabe, ou du moins de chefs de files, dominant la carte des alliances géopolitique. Or, le rassemblement officiel arabe a institué la représentation égalitaire.
2 - Le mini-sommet a, en fait, réuni plutôt, à une exception près, des protagonistes que des leaderships. A ce titre, la réunion semble habilitée à étudier les différends, à rapprocher les points de vue et à dissiper les malentendus qu’ils favorisent.
3 - La présence d’acteurs moins concernés par la mésentente, aurait permis de créer des possibilités d’arbitrage. Une participation plus large, incluant nécessairement les Etats du Maghreb, l’aile occultée par le mini-sommet, aurait assuré la création d’un débat prometteur.
4- Dans la mesure où le différend a émergé et s’est développé à l’occasion des implications de la guerre de Gaza et du traitement de la question palestinienne, la présence d’Etats tels la Jordanie, pays de proximité, de la Tunisie qui a accueilli l’OLP et défini une politique modèle de respect de son autonomie de décision et des autres Etats maghrébins qui lui ont assuré un soutien constant, aurait permis de définir le comportement arabe idoine avec les acteurs palestiniens.
 5 - Le mini-sommet a présenté le différend, comme une crise conjoncturelle, un malentendu ponctuel. Ce qui privilégie le traitement des questions subsidiaires, des mouvements de surface et d’occulter la question de fonds, constituée par des conjugaisons subtiles entre des positions idéologiques et des alliances géopolitiques.

 En dépit de ces remarques, le mini-sommet de Ryadh illustre la volonté sinon de transgresser la discorde, du moins de la re-dimensionner et de construire un compromis, au service de l’action solidaire arabe et de la mobilisation, en faveur de la question palestinienne.

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 17:30

 

La conférence des donateurs, tenue lundi 2 mars, à Charm el-Cheikh, en Egypte, a permis la mobilisation de la communauté internationale, pour financer la reconstruction de Gaza, après la guerre et ses conséquences tragiques et néfastes. Il fallait, en effet,  résoudre cette situation humanitaire d’urgence et tenter de réparer les dégâts considérables causés par l'opération israélienne Plomb durci. Mais «n'aurait-il pas été préférable de réunir d'abord une conférence internationale destinée à empêcher que Gaza soit de nouveau détruite? » (commentaire du site interactif Rue 89, 3 mars 2009). Faut-il laisser Gaza et la Transjordanie "vivre sous perfusion" ? N’aurait-il pas fallu se mobiliser d’abord pour lever le siège de Gaza et l’embargo qui affecte dangereusement la vie de ses habitants, pris en otage ? Actuellement, les territoires palestiniens sont privés de leurs moyens d’autonomie et la communauté internationale semble s’accommoder de cette catastrophe humaine et ménage son auteur. Le discours conditionnant l’aide constitue un dérivatif commode, puisque les canaux onusiens, déjà en place à Gaza, pouvaient prendre en charge l’opération, à condition cependant de casser les "goulots d’étranglement" institués dans le cadre de la politique d’Apartheid et d’aliénation de la souveraineté populaire. Le discours sur Hamas, produit de l’escalade israélienne, doit être relativisé. Le traitement de la question palestinienne, permettra de calmer le jeu et de redimensionner les mouvements anachroniques de désespoirs et les dérives extrémistes, y compris, bien entendu Hamas- sur la scène palestinienne et au Moyen-Orient. L’escalade est mauvaise conseillère. Elle est loin de constituer un facteur de lucidité.

L’analyse de la situation internationale doit se référer à ce qui arrive et à ce qui se prépare. Le projet de doubler les colonies, annoncé par le gouvernement en situation de départ et les programmes rendus publics par le gouvernement en formation de Natinyahou  exigent que la communauté internationale, Nations Unies, Quartette, Union Européenne et bien entendu le leadership effectif américain, sonnent l’alarme et se concertent pour arrêter cette descente aux enfers. L’idée de réunir une conférence internationale doit être crédibilisée par la décision d’un prompt passage à l’acte, puisque les cartes de l’accord sont prêtes. Autrement, elle ne servirait qu’à faire gagner du temps aux ennemis de la paix, ceux qui recherchent à continuer l’expansion territoriale et à mettre le monde devant le fait accompli.

Dans ce contexte moyen oriental d’épreuves, les velléités de re-équilibrage, entre les puissances régionales et les aires d’alliance nourrissent des tensions supplémentaires. Les visées exprimées et démenties, par certains politiciens iraniens sur le Bahreïn, les réactions qu’elles ont provoquées sur "le défi iranien" et certaines  ruptures annoncées, ne sont pas de nature à colmater la fracture entre les axes et à favoriser la reconstruction de l’unité palestinienne, alors que le Président Obama se propose de normaliser les relations américaines avec la Syrie et d’engager un dialogue avec l’Iran.

Peut-on, alors, appréhender le comportement des acteurs sur la scène moyen orientale, comme un "jeu de rôles", c’est-à-dire  un jeu de société dans lequel les participants - les maîtres de jeu et  le groupe de joueurs, assurent ou interprètent des rôles et vivent ensemble leurs comportements antagonistes par le biais de déclarations ?  Mais nous sommes hélas dans un autre cas de figure, puisqu’il s’agit, en fait, d’un "jeu de vérité", avec les graves conséquences qu’il implique ! 

Pr. Khalifa Chater

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