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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 13:13

Investi, vendredi 20 janvier, le nouveau président américain Donald Trump, a exprimé ses vues, après sa prestation de serment au Capitole, à Washington. Rappelant son slogan de campagne, "l'Amérique d'abord, et seulement l'Amérique", il a affirmé : «Ensemble nous allons rendre à l'Amérique sa force. Nous allons rendre à l'Amérique sa prospérité. Nous allons rendre à l'Amérique sa fierté. Nous allons rendre à l'Amérique sa sécurité. Et oui, ensemble, nous allons rendre à l'Amérique sa grandeur» Son option populiste, critique l'Establishment et l'élite et appréhende l'Amérique des invisibles, des périphériques, des déclassés. Les observateurs ont remarqué que le président "hors normes, un outsider qui brouille les pistes", n'est pas dans une démarche consensuelle. On lui reprocha l'affirmation d'un "nouvel nationalisme agressif. Faudrait-il le critiquer, alors qu'il est resté fidèle à son discours de campagne ?

Fait évident, le 45em président des Etats-Unis fait valoir une nouvelle vision géostratégique, qu'il a explicité au cours de sa campagne. : Un assouplissement avec la Russie, une ligne dure avec la Chine et une  critique sévère de l'Union Européenne. Il propose de rétablir un partenariat stratégique avec la Russie.  Mais la praxis internationale peut-elle s'accommoder   d'une "alliance contre-nature", transgressant l'état actuel des rapports de forces ?  D'autre part, il remet en cause de "la politique de la "Chine unique", opte pour un le rapprochement avec Taiwan et annonce  la militarisation de la mer de Chine méridionale, mettant à l'ordre du jour une conjoncture de tensions. Attitude réservée sur l'Union Européenne, Donald Trump, accorde un intérêt prioritaire au Royaume Uni, prenant ses distances des autres pays. Il affirme, par ailleurs, que l'Otan est une organisation «obsolète».  D'autre part, Donald Trump a placé le protectionnisme au cœur de son programme. Il affirma solennellement au cours de son discours d'investiture : «nous allons suivre deux règles simples : acheter américain, embaucher américain».

Des questions se posent cependant :

1 – Le nouveau président  exprime son option, en faveur d'une "nation repliée sur ses frontières". Quelle sera la place de l'Amérique, dans le monde, dans le contexte de "l'isolationnisme", que le nouveau président prône, de son désengagement en conséquence et d'une politique de tensions avec la Chine ?

2 – Est-ce que le protectionnisme, sa décision phare, présentée comme solution miracle et ultime facteur de renaissance, pourrait assurer l'industrialisation, l'emploi et traiter la question de la précarité ?

Loi de la Palice, "la politique  est la confrontation avec la réalité". Ce qui implique le passage du marketing à la réalité. Négociateur par son statut d'homme d'affaire, plutôt qu'idéologue, le Président Donald Trump sera à l'écoute des réalités. Attendons le passage aux actes. Pr. Khalifa Chater

 

 

 

 

 

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 17:50

La conférence sur la Syrie aura lieu à Genève le 22 janvier, après 32 mois de conflit, a annoncé, le 25 novembre, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. Genève 2 peut- elle mettre à l'ordre du jour un scénario de sortie de crise en Syrie ? Peu d'analystes croient en la possibilité de mettre fin rapidement à un conflit qui dure depuis deux ans et demi, a fait plus de 100.000 morts et forcé à l'exil près de trois millions de personnes. Fait important, la liste des participants à la conférence n'est pas encore établie. L'Iran, qui soutient Damas, et l'Arabie saoudite, qui soutient l'opposition, seront-ils de la partie? Qui représentera les révolutionnaires ? La délégation gouvernementale aura-t-elle le pouvoir de prendre des décisions cruciales?

La pesanteur de la conjoncture : Le fractionnement de la résistance et l'émergence en son sein de mouvances radicales ont suscité une véritable implosion dans le pays, confortant la lutte sans merci du pouvoir, avec l'appui de ses alliés (Russie, Iran, Hizb Allah). Le dialogue entre les protagonistes d'une révolution, rapidement mutée en guerre civile d'extermination ou presque, nous semble exclu. L'actualité atteste que, l'agenda américano-qatari, dans l'aire arabe, soutenu par l'Arabie Saoudite et la Turquie, dans le cas syrien, est en voie de révision. Le gouvernement américain a eu, en effet, des relations ambigües avec le mouvement des Frères Musulmans, le considérant comme une alternative possible aux autorités établies, dans les pays du "printemps arabe". Esquisse d'une révision de la politique américaine, ou simple démarcation tactique, le Secrétaire d'Etat John Kerry a dénoncé le mouvement des Frères musulmans et déclaré qu'ils ont «volé» la révolution égyptienne (déclaration du 20 novembre 2013). D'autre part, l'appartenance de certaines des composantes de la résistance syrienne à la Qaïda a suscité une prise de distance du pouvoir américain. L'accord russo-américain relatif à Genève 2 traduit cette nouvelle conjoncture.

Les chances de Genève 2: La conférence de paix sur la Syrie semble mal engagée. La coalition de l'opposition a accepté de participer à la conférence, mais à condition que Bachar el-Assad ne participe pas au gouvernement transitoire. Nouvelles conditions émises par la résistance, le 2 décembre, la libération des détenus, prés de 250 mille et la fin du blocus des villes et des agglomérations syriennes (al-Quds, 3 décembre).

Fait évident, la tenue de l'instance ne signifie pas nécessairement l'adoption d'un accord, favorable à un compromis, sinon à une réconciliation entre les protagonistes, syriens et arabes. Nous sommes désormais en présence d'un conflit régional. Le gouvernement américain peine à convaincre ses alliés arabes, pour assister à Genève 2 et à accepter une solution pacifique de la crise. Mais son intervention peut être persuasive, vu l'état des alliances. La Turquie qui a soutenu, par solidarité idéologique, la résistance syrienne - fut-elle extrémiste ! – est appelée à ralentir ses élans, suite au renvoi de son ambassadeur au Caire, le 24 novembre. Elle prend acte de la fin de sa représentation en Egypte, dont le leadership, dans l'aire arabe est incontestable. Mais il sera plus difficile à la Russie et aux USA de convaincre la résistance de la nécessité d'un règlement politique.

Conclusion souvent avancé, le traitement de la crise, la stabilité de la Syrie et la sécurité de la région ne sont pas vraisemblablement pour demain. La Russie peut-elle facilement abandonner le régime syrien, qui constitue sa dernière carte géostratégique ? D'autre part, l'accord de l'Iran avec le groupe (5+1) n'implique pas une révision de ses alliances.

Des velléités totalitaires ? Le mouvement de la résistance se radicalise. Certaines de ses principales composantes optent pour la création d'un Etat islamique, transgressant les principes républicains d'antan. L'organisation de l'Etat Islamique en Irak et au pays ech-Cham (Syrie-Liban), appelée Daache, d'après ses initiales arabes, a créé une structure d'accueil sociale, parallèlement à son processus militaire. Elle offre des services de soutien et de santé, dans les régions qu'elle domine, appelle les organisations jihadistes à la rejoindre et engage l'islamisation de la société (Charq Awsat, 22 novembre 2013). Dans le même ordre d'idées, sept importants groupes islamistes combattant le régime ont annoncé vendredi 22 novembre, leur fusion et la création d'un "Front islamique" (L'Orient le jour, 27 novembre).

De fait, ces différentes organisations mettent à l'ordre du jour, un système politico-économique cherchant à imposer son mode de pensée considéré comme le seul possible. Il fonctionnerait, bien entendu, sur le mode du parti unique interdisant toute opposition organisée ou personnelle, accaparant tous les pouvoirs, confisquant toutes les activités de la société et soumettant toutes les activités individuelles à l'autorité de l'État. Dans ce cas, l'Etat hégémonique est provisoirement constitué par des émirats, où chacun et tous penseraient de même. Ce qui implique que les minorités ne pourraient plus se faire entendre. Réagissant à cette velléité d'hégémonie ethnique, le parti d'Union démocratique (kurde) a annoncé la création d'une administration autonome, au Nord de la Syrie (déclaration de Salah Moslim, directeur du parti, al-Quds, 23 novembre 2013). Escalade évidente, l'Union Démocratique Kurde a pris position pour la formation d'une entité territoriale (iklim) indépendante, dans une confédération. Une constitution est en voie de rédaction à cet effet (déclaration du dirigeant Salah Moslim, Marseille, 1er décembre 2013). L'Etat-nation syrien semble ainsi sérieusement remis en cause. Fait grave, les dérives de la résistance créent l'impasse. Les forces radicales, qui rassemblent près de 5500 volontaires étrangers et sont en train de se renforcer, remettent en cause les positions de la résistance modérée. La chute d'al-Assad serait vraisemblablement suivie d'une guerre contre al-Qaïda (diagnostic du Washington Post, in al-Quds, 3 décembre 2013).

Conclusion : La guerre de Syrie est ainsi appelée à durer. Le 22 janvier est encore très loin. Pourrait-on respecter cette date fixée par l'ONU ? "L'armée syrienne a enregistré de nouvelles victoires sur les rebelles et pourrait redoubler d'efforts pour renforcer sa position militaire, avant le début des négociations". Cette appréciation de l'évolution sur le terrain de Timothy Witcher (Agence France-Presse, 26 novembre) montre que les jeux ne sont pas fait, vu le changement de rapports de forces des multiples acteurs sur le terrain. Peut-on espérer l'ouverture de l'horizon, par les effets de retour de l'accord intérimaire sur le nucléaire iranien ?

chaterkhalifa@topnet.tn

l'Economiste maghrébin,

n°619 du 11 au 25 déembre 2013).

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Published by Pr. Khalifa Chater - dans relations internationales
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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 14:07

Les Palestiniens  et tous les partisans la paix, attendaient le voyage d'Obama,  au Moyen-Orient, après sa deuxième investiture. Désormais libéré de la pesanteur électorale et du jeu des lobbies, il était plus en mesure de faire valoir sa vision et de prendre des initiatives courageuses pour la mettre en application. Le Moyen-Orient est le grand défi d'Obama et de la classe politique américaine, puisqu'il met à l'épreuve leur discours  fondateur des Droits de l'homme et la gestion "neutre" des relations internationales qu'il impliquait. Pouvaient-ils ignorer longtemps les attentes de leurs partenaires arabes, qui ne pouvaient s'accommoder de cette paralysie totale du processus de paix. Le nouveau contexte du "printemps arabe" a mis à l'ordre du jour la démocratisation et habilité l'opinion publique, comme acteur de plein droit. Mesure de realpolitik, le "compromis" entre l'Establishment américain et les nouveaux acteurs du Moyen-Orient, a redéfini les relations entre les partenaires et mis en œuvre un programme de concessions réciproques. En ce qui concerne l'Egypte, par exemple, Al-Aram hebdo affirme que "les Frères musulmans ont réconforté les Américains en ce qui concerne la politique étrangère et la sécurité nationale, mais aussi en ce qui concerne le respect du système économique capitaliste" (.Mohamed Al-Saïd Idriss, " La tutelle américaine sur l'Egypte", 20 mars 2013). Cependant, l'idéaltype de la scène  arabe ne peut occulter la question palestinienne. Prenons aussi la juste mesure des surenchères des groupes radicaux, qui transgressent les alliances et adoptent des actes de dérive.  Fait d'évidence, l'actualité arabe et l'échafaudage de nouveaux réseaux d'alliance - fussent-ils non formels et non revendiqués ! -se distinguent désormais par le manque de repères.

Obama aurait effectué son périple au Moyen-Orient pour  «écouter»  les dirigeants israéliens et palestiniens. Or, étant donné que le terrain est désormais balisé, les acteurs internationaux ont identifié le diagnostic, défini les moyens de sortie de crise, par la réalisation du processus de paix et sont en connaissance des positions des protagonistes. Appréhendant une question de décolonisation, ils savent que le partenaire qui ne reconnait pas le droit à l'autodétermination et qui poursuit l'expansion coloniale, refuse l'application de la solution des deux Etats et assume seule la responsabilité de la politique d'apartheid. De ce point de vue, le voyage du Président Obama au Moyen-Orient est un "non-événement". Pis encore, Obama aurait pour objectif  de "dissiper les malentendus avec le pouvoir israélien qui ont marqué son premier mandat, sur fond de paralysie totale du processus de paix" (Nicolas Falez, RFI, 20 mars 2013). Le programme officiel du président américain qui comprend une visite au Musée d’Israël, des cérémonies de recueillement au Mémorial de la Shoah de Yad Vashem et sur la tombe du Premier ministre israélien assassiné Yitzhak Rabin confirment l'unbreakable Alliance, «l'alliance indestructible» que les Israéliens ont donné à la visite officielle de Barack Obama. Et pourtant, au-delà des symboles, la visite du Président Obama, les Américains et Israéliens doivent aborder les questions d'actualités, bien entendu le processus de paix.  D'autre part, l'examen en commun de l'état de la carte géopolitique du Moyen-Orient implique l'étude de l'impact de l'émergence des nouveaux acteurs dans l'aire arabe et les sujets brulants et en premier lieu, la question du nucléaire iranien. 

A son arrivée en Israël, Obama a déclaré que cela n’était pas « un hasard» qu’Israël soit le premier pays qu’il visite lors de son premier voyage international, depuis sa réélection. « Dans cette région, les vents du changement sont à la fois porteurs d’espoir et de danger. Pour moi, cette visite représente une occasion de réaffirmer les liens inaltérables qui existent entre nos nations, de réaffirmer l’engagement indéfectible des États-Unis à la sécurité d’Israël, et de m’adresser directement au peuple israélien et à ses voisins » Il affirme la volonté américaine de consolider l'état des rapports de forces dans la région : « Il s’agit là, dit-il, de façons supplémentaires de rappeler que nous aiderons à préserver l’avantage qualitatif du système militaire israélien afin que le pays puisse se défendre lui-même contre n’importe quelle menace… «Israël est le pays le plus puissant de la région. Israël a le soutien du pays le plus puissant … C'est à vous d'écrire le nouveau chapitre dans l'histoire de cette grande nation!». Est-ce à dire que la  prestation oratoire du Président Obama occulte le non-dit et n'explicite pas les positions différentielles du nouveau gouvernement israélien et de l'Establishment américain ? «C'est à vous de décider», a lancé, jeudi soir, le président américain à ses hôtes israéliens. Peut-on se hasarder à dire que le discours d'Obama de Jérusalemrevise le discours du Caire (2009), au début de son premier mandat, affirmant une révision de la politique américaine ?  Prenant acte de la pesanteur de la géopolitique, Obama semble renoncer au rôle qu'il a tenté de jouer, lors de son premier mandat. Mais il rappela à plusieurs reprises son plaidoyer pour la paix, que le discours américain ne peut renier.

La question du nucléaire iranien semble la préoccupation majeure du Président Obama et l'objet essentiel de la consultation. Elle fut l'objet du premier entretien avec Benjamin Netanyahu, le 20 mars. Le président a dit que les États-Unis et Israël étaient tous deux d’avis qu’un pays comme l’Iran disposant d’une arme nucléaire serait « une menace pour la région, une menace pour le monde et une menace existentielle pour Israël » et confirmé que les États-Unis s’étaient engagés à protéger Israël, ce qui, a-t-il dit, est « non-négociable » et «une obligation solennelle». Et pourtant, les deux Etats n'avaient pas le même point de vue. Israël prône une attaque préventive contre les installations iraniennes alors que Washington mise sur le renforcement des sanctions économiques contre Téhéran pour l’amener à renoncer à son programme nucléaire. Est-ce que le rapprochement des points de vue annonce une frappe contre l'Iran, par Israël, avec le feu vert américain  ou par les deux états agissant de concert? Abdelbari Atouane, rédacteur en chef du quotidien londonien et pro-palestinien Al-Quds al-Arabi estime que le Président Obama a "adressé un message de guerre à l'Iran" (éditorial, 22 mars 2013).  Il cite à l'appui de la rhétorique de guerre, faisant valoir l'inégal rapport des forces, la décision d'Israël, de présenter des excuses à la Turquie, sur insistance américaine, dans le but de ménager cette puissance régionale, membre de l'Otan et concernée, bien entendu par des opérations militaires d'envergure, dans la région. Conclusion de  Abdelbari Atouane : " Serrez vos ceintures. Les prochains mois seront difficiles. L'histoire entrera en  2013, l'année de résolution militaire au Moyen-Orient". Relation tragi-comique du journal pro-saoudien Ach-Charq al-Awsat, "on est, après la visite d'Obama, en attente du retour de l’Imam attendu - l'Imam Mahdi, figure de la rédemption dans l'eschatologie chiite. Par ce procédé ironique, le rédacteur estime que l'acquisition de la bombe nucléaire conditionne ce retour, qui "hâterait l'apocalypse" (Ahmed Othman, in Charq awsat, 23 mars 2013). La guerre contre l'Iran semble désormais à l'ordre du jour.  Mais l'analyse géopolitique doit distinguer la graine de l'ivraie, le discours guerrier et les attitudes diplomatiques, le bluff et l'acte réfléchi. Rappelons que le Président Obama a affirmé, dans une interview à la télévision israélienne diffusée le 14 mars, "conserver toutes les options sur la table". Qui peut prendre le pari d'une guerre qui ébranlerait le Moyen-Orient, susciterait d'importantes turbulences dans les pays du Golfe, mettrait à rude épreuve les équilibres fragiles dans la région ? Est-ce que le Président Obama, assumerait cette prise de risque, après avoir réalisé l'évacuation des troupes américaines d'Irak et envisagé la sortie d'Afghanistan ? Fussent-ils inquiets de l'acquisition du nucléaire iranien, les alliés arabes des USA sont à la merci de leurs opinions publiques, hostiles à une hégémonie nucléaire israélienne.

 Au deuxième jour de sa visite au Proche-Orient, le président américain a prôné la souveraineté, sans moyens d'application pour les Palestiniens et la sécurité pour les Israéliens, consolidé par l'appui militaire et la rhétorique de guerre. Ayant abandonné la condition d'engager des négociations, par l'arrêt de l'occupation, il fait une concession importante à Israël. Diagnostic éloquent d'un observateur: "Obama accueilli fraîchement à Ramallah et  à bras ouverts en Israël" (le Nouvel Observateur, 22 mars 2013). Les appels à des négociations directes, sans pression de la communauté internationale, ne semblent pas crédibles. Elles encouragent les partisans de la guerre du mouvement Hamas, partenaire alternatif et allié objectif sur la scène arabe.

Le voyage du président américain en Jordanie vendredi 22 mars, poursuivi le lendemain  pour visiter le site historique de Pétra, lui a permis  de rencontrer le roi, Abdullah II, préoccupé par l'afflux des Syriens sur son territoire, outre l'octroi d'une aide financière de 200 millions de dollars, pour assurer la prise en charge des masses de réfugiés qui arrivent chaque jour. Enjeux plus graves, pour les USA, la Syrie et Israël et l'ensemble de l'aire arabe, l'hégémonie des mouvements radicaux et extrémistes dans la Syrie post-Assad suscitent de graves inquiétudes. Le roi Abdullah II  a évoqué avec le Président Obama, les réformes qu'il comptait conduire et qui rejoignaient le souci américain en faveur de l'identification des islamistes modérés, selon la mythologie politique qu'ils ont mis en œuvre.

Conclusion : Ni acte historique, ni non-événement, la visite du Président Obama au Moyen-Orient (20 - 23 mars) et les entretiens qu'il a eu,  doivent retrouver leurs justes dimensions. Les projecteurs sont braqués sur les initiatives de l'hyperpuissance, à l'occasion du second mandat et sur le processus de paix, question centrale au Moyen-Orient. Ce qui explique l'intérêt que portent les acteurs et les analystes au premier déplacement du Président Obama, dans la région. Conséquence évidente et recherchée par Obama, il a renforcé ses relations avec Israël et souhaité transgresser le désaccord avec  le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou. Faut-il surestimer la détente des relations avec les deux personnages, alors que le traitement des questions internationales et la construction des réseaux d'alliance, sont déterminés par les rapports de forces, les intérêts bien compris et les  facteurs géopolitiques, qui inscrivent les mouvements d'opinion et le rôle qui peut être significatif des lobbies? Le processus de réconciliation peut, certes, avoir son influence. Mais dans ce cas, la réconciliation ne peut concerne les protagonistes, en conflit. Le voyage du Président Obama n'a pas eu, comme objectif, la relance du processus de paix. Il s’est contenté d’affirmer que la paix est possible. Ultime geste de bienveillance, il a chargé le Secrétaire d'Etat John Kerry d'engager des négociations avec les deux partenaires, qui campent surs positions.

Ne perdons pas de vue que le Président Obama se place au centre du jeu, après une période de repli. Ses concertations avec le gouvernement israélien avaient vraisemblablement comme objectif de coordonner leur politique envers l'Iran et peut être de fixer un calendrier d'intervention. Les négociations avec Israël devaient, par ailleurs, étudier l'impact du printemps arabe, le changement d'acteurs dans la région, les risques d'établissement d'un pouvoir proche d'el-Qaïda, en Syrie. La réconciliation avec la Turquie imposés à  Nétanyahou s'inscrirait dans la volonté de rapprocher les deux puissances régionales, en cas de guerre contre l'Iran. Dans cet ordre d'idée, le Président Obama a tenu à ménager la Jordanie. Il décida de  lui accorder le soutien nécessaire, pour  faire face à l'afflux des émigrés syriens et de se concerter avec elle, pour assurer le défi de l'ère post-Assad. Le choix des acteurs privilégiés par la visite : Israël et la Jordanie et la réalisation de la réconciliation turco-israélienne  annoncent une révision de la carte géopolitique, à la veille des bouleversements qui pourraient affecter la région.

chaterkhalifa@topnet.tn 

(L'Economiste maghrébin, n° 602,

 du 3 au 17 avril 2013,  pp.52-54)

 

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 16:56

Tu peux dire ce que tu veux à quelqu'un qui a soif. Il ne te demandera que de l'eau (Proverbe touareg).

 

Nous avons préféré introduire ce papier sur la guerre du Mali, par ce proverbe touareg, qui nous permet d'inscrire les événements en cours dans ce pays, dans les profondeurs de sa géopolitique et de sa donne fondatrice. Au-delà du contexte, les faits d'actualités s'inscrivent dans la toile de fond spécifique du Sahel africain, des réponses conjoncturelles aux données de bases. Il ne s'agit pourtant pas de relativiser l'histoire immédiate et d'identifier comme mouvements de surfaces, la remise en cause  de son intégrité territoriale.  Le Mali est l'objet  de la sécession de sa région du Nord par son occupation, depuis début 2012, par  des groupes armés jihadistes. Ces événements ont, d'ailleurs mis à profit   le coup d'Etat, mené par un groupe de militaires qui a renversé le président Amadou Toumani Touré, le 22 mars 2012,  à quelques semaines de l’élection présidentielle qui devait se tenir en avril 2012. La communauté internationale a unanimement condamné ce putsch. D'autre part, la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se mobilisa et imposa à la junte militaire la signature d'un accord, pour mettre en place une transition politique (6 avril 2012). Dans ce cadre, Dioncounda Traoré a été désigné le 12 avril comme président intérimaire de la République du Mali, et Cheick Modibo Diarra, Premier ministre de transition. D'autre part, la sécession du Nord Mali réactualise et assume la cause touareg. Peuple nomade implanté dans cette région avant l’arrivée des Français en Afrique de l’Ouest, les Touaregs ont toujours regretté que leur territoire ait été intégré au Mali, lors de sa création en 1960. Depuis le 17 janvier de cette année  le Mouvement national de lutte pour la libération de l’Azawad (MNLA), un groupe armé de Touaregs, a en effet entrepris de conquérir le Nord du pays. Il contrôle désormais ses principales villes Gao, Tombouctou et Kidal. Un autre groupe de Touaregs : Ansar Dine s'imposa comme acteur dominant sur la scène. Il prit le contrôle de Tombouctou. Désormais en position de forces,Ansar Dine fut rejoint par un groupe dissident d’Aqmi (Al Qaeda au Maghreb islamique). Complexité de la situation, multiplicité des acteurs contestataires, le Mali est désormais l'enjeu "d'un coup d’Etat, d'une révolte touarègue dans le Nord, d'un coup de force des islamistes" (Marie Kostrz, rue89, 12 avril 2012).

Fait d'évidence, ce sont désormais les Touaregs partisans du salafisme djihadiste qui contrôlent le nord du Mali. Tandis que des groupes islamistes étrangers tiendraient Gao et Tombouctou, Ansar Eddine dirigerait Kidal.  Il établit la charia et les punitions corporelles (ablations de la main du voleur, lapidations et exécutions). Il  préconise, d'autre part,  la destruction des mausolées, assimilant le culte des saints à l'idolâtrie. L'expert Patrice Gourdin, estime que le Mali est "un Etat failli" (http://www.diploweb.com, 23 septembre 2012). Peut-on attribuer à ce mouvement, les prises d'otages européens et les opérations prosélytes qui l'érigerait en "sanctuaire terroriste" ?

Soucieux de porter secours à l'Etat du Mali et en conformité avec les vues du Conseil de Sécurité, le président en exercice de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), le président ivoirien Alassane Ouattara, a «décidé d’autoriser l’envoi immédiat des troupes sur le terrain dans le cadre de la MISMA (Force internationale de soutien au Mali) (…) ». En effet, la résolution 2085 de l'ONU du 20 décembre autorise la création de cette mission - une force internationale, essentiellement africaine, de 3300 hommes - mais son déploiement effectif pour reconquérir le nord du Mali pourrait prendre des mois, selon des experts.

Alors que les débats se poursuivaient, les sécessionnistes sont passés à l'offensive. Ils s’emparèrent, le 10 janvier de Konna, menaçant de continuer vers le Sud et progressant vers Bamako, la capitale. Aussitôt, le président malien de la transition Dioncounda Traoré appela la France et l’ONU à l’aide. Le Conseil de sécurité des Nations unies enjoint les pays africains de déployer la force internationale, la Misma, Mission internationale de soutien au Mali. Agissant dans l'urgence, la France s'est engagée, dés le lendemain,  au côté de l'armée malienne. Optant pour des frappes aériennes, elle lui permit de libérer la localité stratégique de Konna, que les islamistes avaient occupé la veille. Il s'agit de bloquer la progression des rebelles vers le sud.

Une semaine après cette  intervention, les troupes françaises restent les seules forces occidentales engagées face aux groupes radicaux qui occupent le nord du Mali. Tout en soutenant l'initiative française, les USA, la Grande Bretagne et l'Allemagne ont assuré la France de leur appui logistique. Certains pays européens  n'excluent pas de mettre à disposition des soldats. La France engagea des combats sur le terrain, appuyant l'armée malienne, en attendant l'arrivée des renforts africains du Nigeria, du Burkina Faso, du Sénégal ou du Tchad.

Cette guerre asymétrique entre des forces conventionnelles et des groupes armés et des mouvements théocratiques ne peut être une simple promenade militaire. En dépit des rapports de forces qui lui sont favorables, les armées conventionnelles doivent faire face à des embuscades, à des opérations kamikazes, aux tactiques privilégiées des bandes armées… De telles opérations - fussent-elles d'envergure !- serait-elles  en mesure d'annihiler les risques terroristes ?  Seront-elles plutôt favorables à l'établissement d'un arc d'insécurité au Sahel africain ? D'autre part, une sortie de crise nécessiterait une mobilisation de la communauté internationale au service de ce pays ? Elle devrait créer les conditions favorables à sa reconstruction nationale et à son développement.  Ne serait-il pas utile de se mobiliser pour créer, par solidarité humaine et au-delà des intérêts des acteurs internationaux, la promotion du Mali, pour lui faire vivre des lendemains meilleurs.

chaterkhalifa@topnet.tn

in l'Economiste maghrébin,

n°597 du 23 janvier - 6 février 2013.

 

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 22:03

 

 

“ Les hommes font l’histoire, ils ne savent pas l’histoire qu’ils font ”  (Raymond Aron, 1905-1983).

 

Les citoyens américains ont dit leur mots. Ils ont confié leur destin à Barak Obama. Est-ce cette investiture pour un deuxième mandat est susceptible d'assurer  

des changements d'envergure ?  Plus libre des lobbies, le Président Obama a, sans doute, de plus grandes marges de manœuvre. Serait-il à même de mettre en application son programme d'homme de paix ? Nous devons cependant faire des remarques préliminaires, pour rappeler les spécificités de la géopolitique américaine:

1-   Les différences idéologiques entre les partis américains ne sont pas essentielles. Nous pouvons plutôt parler de nuances politiques qui distinguent les deux mouvances favorables au libéralisme politique et au projet de société qu'il peut privilégier. D'ailleurs la chute du communisme a redimensionné l'idéologie et inauguré en Occident l'ère postpolitique. Les différences qui existent sont plutôt déterminées par les options des dirigeants et défendues par leurs appareils de persuasion et dissuasion, sinon d'encadrement. Fait d'évidence, la campagne électorale a dégagé la démarcation entre le Président Obama et le candididat concurrent, confortés par les références lointaines et immédiates et bien entendu les derniers président Bush Junior et Clinton.

2-  Les élections font valoir les questions intérieures sur la politique étrangère.  Dans ce domaine, la controverse entre la politique de solidarité sociale et d'intervention, dans le domaine de la santé -précédent réalisé par le Président Obama - et le libéralisme social de l'Etat, défendu par ses adversaires, a nourri de débats passionnés, lors de la campagne électorale.

3-  Autre considération, souvent occultée par le public, la politique étrangère américaine est déterminée, dans une large mesure, par l'Establishment et les rapports de forces entre les grands acteurs politiques et économiques, en relation avec les lobbies. Bien entendu,  le Président imprime son style et définit ses priorités, en tenant compte des accords tacites et des compromis à construire, à défaut de consensus.

 Quelles seraient, dans ces conditions, les attentes du nouveau Obama ? Nous privilégions, dans nos propos, l'examen de la politique étrangère et essentiellement le traitement de la question du Moyen Orient, qui a été, malgré des succès  concrets, en deçà des ambitions du Président Obama. Mitt Romney s'est déclaré le continuateur de la politique du Président Bush Junior, qui a traumatisé la population arabe : Occupation de l'Irak, ménagement d'Israël, adoption de la stratégie du "nouveau Moyen - Orient", qui annonça une démocratisation, clef en main, à l'américaine et qui consolida, en fait, la mise en dépendance et l'implosion ethnique et religieuse. Par contre, le Président Obama s'est opposé au "choc des civilisations", a engagé un rapprochement avec l'aire musulmane et tenté de corriger la stratégie de  son prédécesseur (discours du Caire, retrait des troupes de l'Irak, faits d'annonce en faveur du processus de paix). La pesanteur de la géopolitique américaine, la puissance des lobbies et le refus du dialogue du Premier ministre Netanyahou ont mis en échec les initiatives du Président Obama. Ce qui explique la déception de ses partisans et la désillusion de l'opinion arabe.

Des observateurs estiment volontiers que "les Etats Unis sont toujours dans la logique de ce qu'ils ont toujours fait". Nous devons cependant prendre la juste mesure  de "la rupture symbolique et rhétorique (du gouvernement Obama), avec l'ère Bush" qu'il a établie (Gilles Kepel, in Le Monde.fr, 5 juin 2009). Traduisant cette approche, le Président Obama a esquissé un changement de perspectives et une recherche de nouveaux alliés, dans le monde arabe, anticipant la nouvelle conjoncture et s'adaptant aux mutations de l'aire. Prenant acte des attaques du consulat de Benghazi et de certaines ambassades américaines (11-14 septembre), il a présenté un diagnostic lucide et sans états d'âme : “Les évènements des deux dernières semaines, affirma-t-il, montrent qu’il nous faut honnêtement dissiper les tensions entre l’Occident et le monde arabe qui avance vers la démocratie” (discours à l’ouverture de la 67ème session de l’Assemblée générale de l’ONU, 25 septembre).  Cette politique de "main tendue", critiquée par son concurrent, sera  à l'épreuve de la conjoncture, des actes qu'elle peut induire  et des effets de l'application sur le terrain.

Assumant plus de libertés, durant son deuxième mandat, le Président Obama peut ouvrir ses dossiers de la première campagne, engager un scénario de paix, conforme aux discours de Droits de l'homme, de l'autodétermination des peuples et condamnant la colonisation.  Le retour aux normes onusiennes ne peut que servir les intérêts de tous les peuples de la région. Il faut opter pour un jeu de cartes gagnant/gagnant. Une telle stratégie à mettre à l'œuvre relaierait positivement les tactiques de rapprochements conjoncturels et des alliances circonstanciels. Il faut briser le miroir pour voir les lames de fonds. Formulons ces espoirs et identifions les nouveaux enjeux, au Moyen Orient, en attendant le nouveau Obama …!

 


 

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 09:45

La crise économique détermine désormais le jeu sur la scène internationale. Dans ce contexte, l’économie de marché est mise à rude épreuve. La compétition, sinon l’affrontement des acteurs, est à l’ordre du jour. Ce qui privilégie la carte nationale sur les considérations internationales. Elle relativise  les discours de la solidarité qu’on mettait opportunément en exergue. Le nouveau paradigme underground occidental de l’incitation à la consommation des marchandises nationales - nouvelle version inavouée de la conversion au protectionnisme - semble gérer le monde. Peut-il assurer la croissance et réduire le chômage, d’une économie subissant les aléas de la haute finance ?

L’an 2012, sera marquée par les élections américaines et de la mise à l’épreuve de la gestion du Président Barack Obama. Son élection relevait du miracle, puisqu’elle transgressa l’ordre politique traditionnel. Les espérances et les inquiétudes qu’elle suscita sont désormais dissipées. Le Président Obama dut cependant se rendre à l’évidence et gouverna, selon les normes de l’Establishment. Il accepta de différer l’application de son audacieuse initiative relative au processus de la paix. Mais exception de la question israélo-palestinienne, qui constitue aux Etats-Unis, une affaire intérieure, la politique étrangère suscite, dans cette conjoncture de marasme économique, un désintérêt relatif de l’opinion. L’état de l’économie déterminera les résultats électoraux, éclipsant les questions internationales qui n’affectent pas le statut de l’hyperpuissance. Il fera certainement valoir une stratégie de pause, en attendant la reprise des fonctions du président, l’actuel ou le nouveau, le 20 janvier 2013.

L’Europe traverse une crise existentielle. L’aggravation de la dette, qu’elle ne parvient pas à maîtriser, a mis à rude épreuve la Grèce, l’Irlande et le Portugal. Elle  menace l’Italie, l’Espagne et la Belgique.  Qu’on imagine les conséquences des faillites possibles et de la débâcle générale qui peut s’en suivre. La disparition de l’Euro - décision grave et marche en arrière évidente du processus d’intégration - pourrait être à l’ordre du jour. Cette éventualité annoncerait, au-delà du démantèlement de cet espace monétaire et du groupe de Schengen, l’éventuelle désintégration de l’union Européenne ou du moins son déclin. Le développement, dans cette conjoncture, d’une politique d’ouverture aux pays sud-méditerranéens, ne peut qu’être illusoire. Le discours du partenariat n’étant pas confirmé par le passage aux actes, la stratégie diplomatique ne peut, dans cette conjoncture difficile, dépasser les opérations symboliques et la coopération dans les marges.

D’autre part, l’Occident relève volontiers l’émergence à ses dépens des puissances d’Asie : Japon, Chine, Corée du Sud, etc. En dépit de la différence  de leurs régimes, ces dragons vivent en bonne intelligence. Fait d’exception, la péninsule coréenne subit les séquelles de  la guerre froide, que le régime de Pyongyang réactualise et perpétue. Annoncée comme la fin d’une ère, la mort de Kim Jong-il, le 17 décembre dernier, ne change pas la donne. La succession ne permettra pas le changement du régime. Mais les considérations socio-économiques pourraient l’ébranler.  Il  peut cependant engager, par dépit et désespoir,  un scénario de catastrophe. Il constitue désormais une préoccupation internationale, dans cette aire d’émergence des dragons économiques.

Signe des temps nouveaux, la révolution arabe  a suscité un renversement des normes dans le tiers-mondisme, confirmé par ailleurs par le réveil de  l’Amérique latine. L’habilitation citoyenne a imposé un droit de regard aux décisions des dirigeants et à leurs jeux politiques. Fin de l’ère postcoloniale, les acteurs internationaux ne pouvaient qu’en prendre acte. L’éthique  nationale, la volonté d’indépendance et le respect de la souveraineté sont désormais institués comme exigence politique inébranlable.  L’avenir le confirmera.

Pr. Khalifa Chater

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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 21:43

“Les tensions pourraient bien s'aviver sur la péninsule coréenne et devenir hors de contrôle si la situation présente, particulièrement, n'est pas gérée proprement, et cela ne serait dans l'intérêt de personne” (message du président américain Barack Obama au président chinois Hu Jintao, lundi 6 décembre 2010).

Bruits de bottes, tactiques de provocation, ou simples confrontations de discours fondateurs, avec les effets démonstratifs évidents,  la crise coréenne suscite de sérieuses inquiétudes. Le message téléphonique du Président Obama au Président chinois, à la veille de nouvelles manœuvres de soutien américain de leurs alliés, atteste que la péninsule coréenne est désormais un épicentre de la géopolitique mondiale.  Nous ne revenons pas sur les principaux événements, des repères de cette conjoncture de tension. Les relations quotidiennes de la presse les ont décrites et inscrites dans leurs contextes. Notre propos a pour objet d’identifier la toile de fond du jeu de scènes et des manœuvres sur le terrain, pour expliciter les données structurelles des dynamiques internes respectives et de la carte géostratégique, dans cette aire. D’ailleurs “le coup de semonce” de Pyongyang contre Séoul semblait répondre à des objectifs intérieurs et extérieurs. Il s’agissait, selon les observateurs, de “renforcer la solidarité interne en vue de la succession” et de pousser les Etats-Unis et la Corée du Sud, vers la table des négociations.

La péninsule coréenne est marquée par la frontière infranchissable, la “balafre”, héritée de la guerre froide, qui la divise. Conséquence de l’après-guerre, la carte géopolitique oppose désormais un pays libéral qui a réalisé son miracle économique et un Etat communiste, s’accommodant d’un leadership héréditaire. Approfondissant les définitions réductrices des deux Corées,  Patrick Maurus effectue une révision de la problématique, à partir des représentations identitaires de leurs habitants. Son essai : La Corée dans ses fables (Paris, Actes Sud, 2010)  montre que les deux entités - aussi opposées qu’elles soient-  ont en partage une "coréité" qui repose sur un sentiment d'être victime (de leurs voisins puis des grandes puissances).  La Corée fut marquée par la colonisation japonaise (1910-1945). D’autre part, à  la suite de l’occupation, en 1945, par l'URSS au nord et les Etats-Unis au sud, elle fut scindée en deux Etats, en 1948, qui menèrent, deux ans plus tard, une guerre fratricide. Patrick Maurus explique par cette victimisation, l’émergence d’un nationalisme ethnique exacerbé au Nord, quifait de la "coréité" la clé de voûte de l'idéologie, et du communisme une notion secondaire. Cas d’espèce, le matérialisme historique s'ancre d’autre part, dans le mythe, puisque la revendication nationaliste évoque l’épopée du roi fondateur Tangun : de nature semi-divine, il serait venu sur Terre il y a cinq mille ans. "La Corée devient ainsi aussi ancienne (= honorable) que la Chine et le Japon" et le nationalisme se fonda dès lors sur "une éternité sanguine et raciale".

L'identité profonde des coréens explique  le désir de réunification de leurs citoyens et sans doute leur souffrance née de l'impossible réconciliation, dans la conjoncture actuelle.  Cette situation a été analysée par le documentaire du journaliste indépendant, Alexandre Dereims, Han - le prix de la liberté ”. Film sur les des réfugiés de Corée du Nord qui tentent de s'exiler en Thaïlande en passant
par la chine,  Han signifie à la fois le peuple coréen dans son ensemble et la souffrance de l'âme coréenne. 

Mais la donne internationale ne semble pas œuvrer pour assurer, dans l’état actuel des choses, les conditions favorables à la réunification. La Chine désapprouve les velléités guerrières de la Corée du Nord et lui conseille volontiers une certaine retenue. Mais une Corée unie et proaméricaine dérangerait Pékin. D’autre part, les Etats-Unis, sont certes soucieux de renforcer leurs positions dans la zone Asie- Pacifique. Mais, en dépit de la gravité de leurs griefs envers Pyongyang, ils s’accommoderaient bien du statu quo pour éviter tout acte de provocation  sérieuse à l’égard de la Chine. En dépit des inquiétudes que suscite la politique militaire de la Corée du Nord, le statu quo reste à l’ordre du jour, vu l’imbroglio international que susciterait le changement de son statut (voir Son Chemin, Courrier international, 2-8 décembre 2010). Mais est-ce que la dynamique interne n’est pas susceptible de susciter une mobilisation citoyenne, pour transgresser cette situation paradoxale et réaliser l’unité rêvée de la péninsule coréenne ?

Pr. Khalifa Chater

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 10:04

Le Sommet de l’Otan (Lisbonne 19-20 novembre) avait pour ordre du jour de redéfinir les objectifs de l’Alliance atlantique, en relations avec les nouveaux enjeux de l’ère post-guerre froide. Certains diraient que l’Otan est  ‘‘à la quête d’un sens’’,  depuis la disparition de l’ennemi qu’elle a été mise en œuvre pour le combattre. Depuis lors, ses mécanismes de fonctionnement vivaient une conjoncture d’errance, sinon une pause de réflexion. Certains avaient cru pouvoir l’inscrire dans la vision réductrice, partisane et polémique du   ‘‘choc des civilisations’’. Elle sut éviter la dérive et réagit, en mettant à l’ordre du jour le dialogue avec les pays de la rive sud de la Méditerranée  (décision du sommet d'Istanbul). Confirmant le rapprochement entre l'Alliance et les pays du Maghreb et du Proche-Orient, elle fait valoir sa volonté de développer avec eux sa coopération. L’invitation de la Russie au Sommet de Lisbonne s’inscrit dans la construction d’un nouveau partenariat stratégique. Nous y reviendrons.

Les deux opérations effectuées par l’Otan, dans l’ex-Yougoslavie et l’Afghanistan s’inscrivaient dans une politique de gouvernance mondiale. Prenant le relais de l’ONU elles se proposaient d’assurer l’exécution militaire des décisions de l’Establishment international effectif. Cette stratégie permit de rétablir un certain ordre dans les Balkans et d’assurer la coexistence des Etats issus du démembrement de la Yougoslavie. Par contre, les opérations d’Afghanistan n’eurent pas de résultats probants, de l’aveu des acteurs sur le terrain. Montée des périls, la guerre continue à faire rage, avec ses tragédies humaines et ses morts d’hommes quotidiens. Pis encore, le terrorisme qu’elle devait subjuguer connut un développement territorial grave, avec son extension au Pakistan. Est-ce à dire que l’option  militaire privilégiée ne pouvait tenir lieu de solution politique ? De fait, l’intervention étrangère suscita un phénomène de rejet, tout en s’accommodant d’un projet de société rétrograde et d’une économie parallèle, sauvegardant le commerce de la drogue.

Il était dans la logique de la géopolitique que l’Otan prenne acte de la situation et adopte un planning d’évacuation. Ratifiant la décision prise par le Président Obama, les 28 chefs d'Etat et de gouvernement réunis à Lisbonne ‘‘ont donné leur aval à une stratégie de sortie d'une majorité de leurs 150.000 soldats à mesure que la responsabilité des combats sera transférée à l'armée afghane, tout en s'engageant à soutenir à long terme le gouvernement de Kaboul’’. Ce passage de relais devrait débuter au plus tard l'été 2011, et se poursuivre jusqu'à la fin 2014. ‘‘Nous avons lancé le processus par lequel le peuple afghan va redevenir maître de sa propre maison’’, a déclaré Anders Fogh Rasmussen, le  secrétaire général de l'Otan.  Mais que le langage diplomatique ne nous trompe pas. Il s’agirait plutôt de prendre acte de l’échec de l’intervention militaire. Retour au pont de départ, les Afghans doivent engager le processus politique de construction d’un consensus d’une gouvernance indépendante, réalisant l’entente, la culture de la paix et la promotion des habitants. La dynamique interne devrait faire valoir le retour à ces normes excluant, il va de soi, le terrorisme.

Autre question primordiale traitée, il s’agirait d’adopter  un nouveau concept stratégique, qui devait permettre d’assurer la mue de l’Otan, ou du moins son adaptation à la nouvelle donne internationale.  L'objectif plus général, a déclaré M. Rasmussen, est aussi de définir à ce sommet ‘‘la direction que va suivre l'alliance dans les 10 prochaines années’’ pour la rendre ‘‘plus efficace, plus engagée dans le monde que jamais auparavant’’. Dans ce cadre, le Sommet de Lisbonne  adopta le projet d’un bouclier antimissile destiné à protéger les populations d'Europe. Il s’agirait de faire face aux nouvelles menaces (cyberattaques, terrorisme, prolifération balistique et nucléaire, sécurité des approvisionnements énergétiques etc.).

Le sommet Otan-Russie, qui eut lieu le 21 novembre et l’invitation de la Russie à collaborer au système de défense antimissile,  montrent que l’Otan a cessé de l’identifier comme une menace. ‘‘Notre sécurité est indivisible’’, a déclaré M. Rasmussen devant les 29 participants, dont le président Dimitri Medvedev. Bernard Guetta parle, à juste titre, d’un ‘‘nouveau front international, qui se cherche ’’. Il se hasarde même à annoncer que ‘‘les vieilles puissances se rapprochent face aux nouvelles’’ (Géopolitique, France inter, 22 novembre 2010). En fait, dans cette conjoncture, le  nouvel ennemi n’est pas défini. L’évocation de l’Iran, cité hâtivement par l’un des participants comme menace susceptible de mettre en péril les forces militaires de l’Otan ne parait pas crédible. Ne s’agit-il pas d’un leurre, destiné à brouiller les cartes, à cacher les vrais desseins ? Certains dirigent leurs regards vers l’Asie et vraisemblablement la Chine. Néanmoins, rien ne permet de faire valoir cette probabilité, dans le monde actuel où la confrontation est, pour le moment, essentiellement commerciale et monétaire.

Pr. Khalifa Chater

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 21:45

“ L’Europe dans le miroir de l’Allemagne ”, plutôt que “l’Europe dans le miroir de la Suède” (référence à l’arrivée de l’extrême droite au parlement suédois) ou “l’Europe dans le  miroir des Roms”  (référence à l’épreuve des émigrés de Bulgarie et de Roumanie). Le choix de ce titre me permet d’adopter, en la corrigeant, la formule utilisée cette semaine, par des observateurs  avertis qui ont tenté de définir très approximativement l’évolution de l’Europe.

Il ne s’agit certes pas de minimiser l’impact du succès  des nouvelles extrêmes-droites européennes, de l’Italie aux Pays-Bas et du Danemark à la Suisse, en passant par la Belgique. A la recherche de l’événement, les médias d’Occident leur offrent volontiers les plateaux de télévision et leur permettent de diffuser leur discours d’exclusion, de rejet et de dérive. Mais ne surestimons guère ces faits de surface qui ne représentent pas l’opinion publique générale, ni en Suède, pays pionnier, inventeur de la social-démocratie moderne et de l'Etat-providence le plus performant du demi-siècle passé, ni en France, pays des Droits de l’Homme, ni ailleurs. Evolution marginale que les partis de la Droite traditionnelle qui continuent à ne pas aborder de front le recul économique et industriel de l’Europe, préfèrent ménager, sans réaliser ses graves effets, sur leur cohésion nationale et leurs relations méditerranéennes et internationales.

La question du renvoi des Roms atteste plutôt l’échec de la stratégie de leur intégration, dans l’Union Européenne. Le débat passionné qu’elle a suscité entre les partenaires européens est une véritable  “tempête  dans un verre d’eau”, un événement éphémère que la raison  de l’Etat européen en formation, dépassera dans les plus brefs délais.  La aussi, les états d’âme, les humeurs marquent les boulevards de l’information, ces “petites lucarnes”, qui croient devoir traduire les opinions publiques. Ells adoptent le discours “politiquement correct”, qui  réduit leurs champs d’investigations à des visions réductrices et bien souvent nombrilistes, en deçà même des approches européocentristes. Ne faudrait-il pas plutôt replacer ces “faits divers”, érigés en événements, dans les marges de la radicalisation droitière de certains pays et de l’émergence d’une Europe sociale, contestant les plans de rigueur adoptés dans le contexte de l’après-crise. L’observateur étranger ne peut que constater l’ampleur d’une mutation, sous l’effet incontestable de la dynamique intérieure. Face aux enjeux du contexte, les velléités identitaires minoritaires et ses discours de replis expriment des nostalgies d’arrière-garde, dans notre ère -monde. Il faut les mettre sur “le compte des pertes et profits”, tout en les identifiant dans les surenchères politiques.

La commémoration du vingtième anniversaire de l’unification de l’Allemagne cette semaine célèbre un épisode symbolique de la fin de la Guerre Froide et un fait marquant de l’actualité  internationale. Aspiration réalisée de la nation allemande, l’unité fut accomplie dans les meilleures conditions possibles, dans le cadre d’une solidarité assumée. L’évaluation de la situation atteste cependant les progrès limités de l’intégration globale. Certaines régions de l’ex-Allemagne de l’Est n’ont pas encore atteint le niveau socio-économique général. On ne peut effacer d’un trait de plume les effets de l’histoire et de la géopolitique. L’Allemagne nouvelle subit les effets de la coexistence de deux cultures, qui marquent les générations de la guerre froide. Puissance économique et acteur important de l’Union Européenne, la nouvelle Allemagne exprime ses vues et imprime sa marque, dans le cadre du compromis unitaire de l’Union Européenne.  Elle fait valoir volontiers ses relations préférentielles vers l’Est, compensant les vues des pays euro-méditerranéens. L’option prioritaire en faveur de “la politique de voisinage”, adoptée par l’Union Européenne et la redimension du projet initial de l’Union Méditerranéenne correspondent à sa géopolitique. Ce qui n’exclue pas d’ailleurs une politique volontaire d’ouverture sur les pays sud-méditerranéens, mettant en valeur les relations culturelles et le partenariat.

Dans son discours, lors des festivités de l’unité, le 3 octobre, à Brême, en présence de la chancelière Angela Merkel et de son prédécesseur Helmut Kohl, ainsi que du président de l'Union européenne Herman Van Rompuy, le président Christian Wulff a insisté sur l'intégration des immigrés musulmans, présentée comme l'un des grands défis de l'Allemagne :

 “Vingt ans après la réunification, nous sommes devant l'immense tâche de trouver une nouvelle solidarité dans une Allemagne qui fait partie d'un monde changeant à toute vitesse …  Bien sûr, la chrétienté fait partie de l'Allemagne. Bien sûr, le judaïsme fait partie de l'Allemagne. Mais à présent, l'Islam fait également partie de l'Allemagne”.

Plus d'efforts d'intégration de la part des étrangers et plus de tolérance de la part des Allemands, le président allemand prend ses distances par rapport aux discours de l’extrême-droite. Il demande la prise en compte de l’apport de l’émigration et de l’enrichissement démographique. Ce rejet des velléités d’exclusion devrait permettre de corriger le tir et de condamner les dérives tous azimuts, par un simple un retour aux normes.

Fait pertinent, l’actualité du weekend a été marquée par le soutien de la Chine à la Grèce et la prise en charge de sa dette, par l'achat de nouvelles obligations grecques. Soutien de l’Euro, recherche de marchés, comment évaluer l’initiative de compensation chinoise, que des critiques hâtives ont présenté comme l’ouverture d’une porte d'entrée de Pekin sur l'Europe et les Balkans. ‘‘L’Europe dans le miroir de l’Allemagne’’ doit s’accommoder des effets de la mondialisation.

Pr. Khalifa Chater

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 10:36

L’actualité semble annoncer des mutations importantes de l’ordre international. S’agit-il, d’une volonté de re-équilibrage, d’une recherche d’une meilleure assise du pluralisme, ou tout simplement d’une identification de nouveaux centres d’intérêts ? L’analyse de la carte géopolitique montre, en effet, une redimension relative de certaines puissances. Fait d’évidence, l’analyste ne doit pas perdre de vue, que les stratégies des puissances, font valoir leurs ambitions, en relation avec les rapports de forces et qu’elles corrigent et adaptent leurs réseaux d’alliance, en conséquence. Mais la dynamique est souvent ralentie, paralysée ou mise en échec  par la pesanteur de la géopolitique. Quels sont donc désormais les facteurs de puissance ?

Les grands acteurs sont actuellement des puissances industrielles ou plutôt des puissances post-industrielles  qui ont des possibilités d’interventions militaires, d’hégémonie économiques, de surveillance technologique, dans cette ère de l’information et du renseignement. D’autre part, la possession de puissants moyens de diffusion de l’information expliquent leurs jeux de rôle, en tant que softpower, diffusant leurs visions. Nous empruntons la définition de Zbigniew Brzezinski, de l’acteur stratégique : “tout État ayant la volonté et la capacité d’exercer puissance et influence au-delà de ses frontières” (Le grand échiquier, 1997).

Paul Kennedy a annoncé dès 1989 la chute des grands pouvoirs (Naissance et déclin des grandes puissances, Paris, Payot, 1989). Mais rien ne semble accréditer cette prophétie qui associe les USA à ce déclin.  Le pouvoir américain a été certes mis à l’épreuve lors de la présidence de Bush junior. Son unilatéralisme a été sérieusement contesté. Mais la tournure des événements sauvegarde les prérogatives de l’hyperpuissance. Le nouveau pouvoir américain sauve la mise en optant pour une politique plus multilatérale et en associant davantage les autres puissances à la prise de décision et à la gestion des grandes affaires (G8, G20, réunion des membres du Conseil de Sécurité plus l’Allemagne, dans le contentieux de l’Iran). En tout cas, l’hyperpuissance américaine n’est pas contestée, dans la mesure où le monde reste, dans une large mesure, monopolaire. Elle domine la scène internationale et intervient dans ses différents champs.

Cependant, il y a une redimension effective des puissances européennes, non compensée par la constitution de l’Union, un géant économique, exerçant sur la scène internationale, un pouvoir en deçà de sa capacité économique. Europe de l’Ouest, Europe de l’Est, alliance différentielle avec les USA, axes Berlin/Paris, Londres/Paris, différents pôles, la cohérence de la stratégie et du discours de l’Union Européenne est encore affecté par ces divisions, sinon ces antagonismes. En dépit de grandes concertations,  en vue d’engager un meilleur processus décisionnel, l’Union Européenne n’a pas encore identifié une stratégie globale pour dynamiser son rôle sur la scène internationale.

D’importants acteurs ont émergé, sur la scène internationale. Des études ont fait valoir que le Bric (acronyme qui désigne le groupe de pays formé par le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine) aspire à prendre les relais de  la contestation de l’ordre occidental. D’autres observateurs croient devoir ajouter la Turquie qui s’est illustrée par sa politique indépendante, en tant que puissance régionale. Des observateurs ont inscrit les relations internationales dans “la perspective  d’une nouvelle ère centrée sur l’Asie”. L’émergence de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud annonce un changement de la donne. Mais l’analyse de la situation atteste que la grande mutation géopolitique annoncée, ne se traduit pas en actes. Au mieux, elle serait différée, selon l’analyse de Gérard Chaliand. « Il n’y a pas, dit-il, de monde multipolaire en vue parce qu’il n’y a pas d’union entre Européens, pas de moyens à la mesure des ambitions de la Russie, parce que le Japon n’a toujours pas d’autre volonté qu’économique et que la Chine a besoin de temps. Enfin, parce que seuls les Etats-Unis, quelles que soient leurs difficultés ou leurs erreurs, ont la flexibilité et le dynamisme nécessaires pour faire face, avant les autres, aux mutations et aux défis. » (l’Atlas stratégique. Géopolitique des rapports de force dans le monde, 1983).

Nous constatons, en effet, que la puissance économique des grands acteurs d’Asie ne s’est pas encore traduite par des engagements conséquents dans la gestion des relations internationales. D’autre part, le Bric n’a pas érigée une politique alternative, à l’instar du tiers-mondisme, par exemple. Fait significatif, le rapprochement de la Russie et de la Chine des positions des USA, au Conseil de Sécurité et la non-participation de l’Inde, le grand acteur de Bandung, à l’initiative turco-vénézuélienne, reflètent un repositionnement différentiel. Dans l’état actuel des choses, la pesanteur géopolitique assure davantage la sauvegarde du statu quo, en dépit de l’émergence de grands acteurs d’Asie et leur prise en compte par leurs partenaires de l’Establishment international.

Pr. Khalifa Chater

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