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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 23:04

Dans son étude : "la Tunisie en 2025", l'institut d'Etudes stratégiques de Tunis a mis en valeur le rôle de la culture (2em partie, chapitre 5, éducation et culture, pp. 72-82). Dans son évaluation de l'état de la culture, à la veille de la "révolution", le rapport examina essentiellement l'offre de pratiques et de services culturels et en particulier dans le domaine des arts et des lettres et énonce, comme conclusion hâtive : "le déficit de synergies et de bonne gouvernance" dans les domaines de l'éducation et de la culture. Peut être n'a-t-il pas pris en compte la juste mesure de la mise en œuvre des grandes orientations nécessaires pour insuffler une nouvelle dynamique au développement du pays, après la libération. Fait important, la nouvelle constitution du 27 janvier 2014, adopte une approche multidimensionnelle et transversale: la culture est envisagée comme facteur essential d’intégration puisqu’elle assure la communication entre les acteurs sociaux et la pérennité de leur interaction. Fait important, dans la conjoncture post-révolution, la culture est un facteur essentiel du changement revendiqué par la population aux acteurs politiques.

Une enquête menée en novembre 2015, par l’International Republican Institute (IRI) sur 1.20729 adultes âgés de 18 ans et plus révèle le pessimisme dans lequel se sont installés les Tunisiens (International Republican Institute’s Center for Insights in Survey Research (2015). Public Opinion Survey of Tunisians, enquête citée par le rapport de l'IST).  Elle fait valoir la nécessité d'une révision, d'une réactualisation de la vision de la culture,  au service d'une mobilisation globale. A juste titre, l'UNESCO définit la culture, dans son acceptation, la plus large : « Elle  peut aujourd’hui être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels, matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts, les lettres et les sciences, les modes de vie, les lois, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances» ( définition de l'UNESCO de la culture, Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles. Conférence mondiale sur les politiques culturelles, Mexico City, 26 juillet - 6 août 1982).

Plus qu'une simple practice gestionnaire des lettres et des arts, la culture est une manière d'être, une dynamique sociétale globale. Elle représente un « réservoir commun » de valeurs. La stratégie culturelle requiert, ainsi, la prise en compte de notre patrimoine immatériel et de notre référentiel de progrès et d'ouverture de l'école réformiste tunisienne, du XIXe siècle, au livre-manifeste de Tahar Haddad, en 1930, à l'œuvre du leader Habib Bourguiba. Ces données essentielles devraient être mises au service d'une culture de promotion. D'autre part, "si l'on veut éviter la régression populiste, il faut reconstruire des imaginaires". Nous rejoignons le point de vue du philosophe François Dubet, décrivant l'état de la France (Cahier du  Monde, n° 2256, du 24 mai 2017) De ce point de vue, la culture joue un rôle essentiel. Elle constitue le postulat du développement et requiert, à cet effet, un appui prioritaire.

Pr. Khalifa Chater

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5 mai 2007 6 05 /05 /mai /2007 08:14

Fini ou presque les discussions autour du feu, les entretiens dans le cafés, les bars et autres lieux de convivialités et les grands débats politiques. Les dernières élections françaises ont confirmé cette évolution des nouveux mœurs outre-atlantiques. Des observateurs avertis ont révélé que le marketing politique est déjà à l’ordre du jour, qu’il a pris la charge de vendre ses « produits», c’est-à-dire les candidats aux différentes élections. Ultime différence mise en valeur, on pratique, dans les compétitions politiques, le marketing à partir de la demande et non plus de l’offre.

Est-ce à dire que les leaders d’opinion n’ont plus de propositions, de messages, sinon de survivances idéologiques ? Faut-il condamner la démarche d’écoute et la démocratie participative ? Nous n’irons pas jusque là. Mais certaines tendances le font craindre. Or, la praxis politique suppose, de tous temps, une inter-action entre le politique et ses électeurs, dans la mesure où l’action politique implique des choix d’options et de valeurs, dans la vie intérieure et internationale, qu’elle a pour objectif de faire valoir des projets de sociétés.

Peut-être faudrait-il évaluer les effets de cette mutation, sur le long terme et nom les moments ponctuels des élections et des prises de décision qui en découlent. Erosion de la réflexion, du débat, du choc des pensées, ne sous-estimons pas les effets dévastateurs de certains médias, dans le quotidien. Les nouveaux prophètes des médias, les communicants  qui veulent émettre sans recevoir, s’adonnent volontiers à un formatage des téléspectacteurs, au profit de la pensée dominante, des concepts-slogans, des visions réductrices, des jugements hâtifs. Il faut redonner sa place à la pensée, pour éviter que les citoyens ne deviennent de simples des « média-consommateurs». 

 

Khalifa Chater

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3 décembre 2005 6 03 /12 /décembre /2005 10:10

 Je communique donc je suis. Quelle gageure ? La pensée dominante se plait à célébrer l’ouverture des horizons de  l’aire-monde, mise en place par l’autoroute de l’information. Et pourtant la libre pensée, l’autonomie de la décision voient leurs marge de manœuvre bien réduites, prises au piège des nouveaux mécanismes de la communication …

Substitut de la convivialité humaine, des relations complexes qui l’entretiennent, du débat qui la nourrit,  la communication outre-camputer « virtualise » les rapports humains et les annihilent. Le chat est un dialogue dépersonnalisé, entre des pseudonymes. Dans les différents autres secteurs, des acteurs d’ombres tiennent lieu de partenaires attitrés. Dans les forums de la pensée, de la politique et de la recherche scientifique, on peut difficilement séparer la graine de l’ivraie, l’expert et le prétendant.

C’est dire que la confusion est totale, puisque l’espace n’est pas balisé et que la toile opère sans discernement. «L'enfer, c'est les Autres» affirmait Sartres (Huis clos, 1944). Or, le système virtuel et l’immatériel qu’il institue, occultent les personnages. Tragédie des temps nouveaux, comment leur restituer la psychologie des vivants, leur rationalité et leurs émotions et rétablir les règles de jeux de la vie en société.

Certes, l’apport de l’information-flux, de la communication instantanée est indéniable. Mais une formation citoyenne doit responsabiliser les internautes, pour réhabiliter le contact humain et remettre les nouvelles technologies dans leur rôle générique, au service de la sociabilité humaine. Il faut remettre les pendules à l’heure.

                                          Khalifa Chater

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14 novembre 2005 1 14 /11 /novembre /2005 00:00

 «Le fossé numérique ne cesse de se creuser [entre les pays du Nord et du Sud], des milliards de personnes ne sont  toujours pas connectées à une société qui, de son coté, l’est de plus en plus». (Déclaration de Kofi Annan, lors de la 56 ème Assemblée générale des Nations Unies, 17 juin 200

La fracture numérique incarne les rapports d’asymétrie qui régissent l’ère de la mondialisation. Or ne constitue-t-elle pas l’aspect visible de l’iceberg, puisqu’elle fait valoir le flux inégal de l’information et la maîtrise disproportionnée de ses technologies aux dépens de l’hégémonie sur les flux globaux commerciaux et financiers, qu’elle occulte volontiers. La possession d’outils technologiques, - fussent-ils les plus performants ? - est une condition nécessaire mais non suffisante de l’intégration pleine et entière dans le système-monde. Or, la géographie globale des ressources y révèle une participation différentielle économique et sociale, confortée par l’inégalité incontournable dans le domaine de l’information. Les  pôles de maîtrise y coexistent avec des centres secondaires, des relais et des périphéries qui s’assurent difficilement des positions  symboliques sinon marginales.  Fait d’évidence, le handicap  technologique accentue la disparité numérique et limite les ambitions des opérateurs dans les régions défavorisées. Mais la privilégisation de l’instrument sur le produit, c’est-à-dire le support technologique sur l’information dévie le problème, limite ses enjeux et compromet sa vision. Limitée à son aspect technique, la fracture numérique prend le risque de s’idéologiser, en prenant les dimensions d’un slogan politique, susceptible de brouiller les cartes. Redonnons à ce concept ses dimensions globales, en relation avec l’état des rapports de forces qui configurent la nouvelle géographie du monde.

I - La fracture numérique, la dimension technologique : Le mot « fracture » suppose une séparation entre des personnes qui ont accès à l'information numérique et d'autres, qui n'y ont pas accès[1] ». Ce raisonnement, très commun, part d’un postulat : tous les citoyens devraient avoir une égalité de chances, pour avoir accès aux « nouvelles technologies » et s’assurer leur promotion, par leur entrée dans la société de l’information[2]. Ce qui implique un accès plus égal aux réseaux, grâce à une couverture territoriale plus ou moins complète[3].

Ainsi perçu, la question incite vers un traitement technologique, fondé sur  la quantification de l’accès aux réseaux : nombres de lignes téléphoniques, répartition géographique des internautes, accès à la DSL etc. L’inégal développement des communications et par conséquent l’accès différentiel à l’information est évident. Ce diagnostic, que nous estimons partiel, fait valoir la nécessité de développer les infrastructures indispensables, par une mobilisation des Etats et de la communauté internationale. « L’indigence », en la matière, ne peut qu’accélérer la marginalisation des pays défavorisés. L’ouverture aux communications internationales et la présence effective sur les autoroutes de l’information qu’elle facilite conditionnent l’intégration dans le «village mondial», censé réunir les peuples et les cultures, selon l’idéaltype de la mondialisation.

Calquant la réflexion sur l'écriture et la lecture et  la connaissance qui en est largement tributaire, certains parlent même d’un analphabétisme numérique. Certes, les nouvelles technologies participent d'une recomposition des systèmes d'écriture et  s'inscrivent dans la « technologie de l'intellect[4]» ; mais elles concernent davantage, à l’instar de l’imprimerie, le support des moyens de communications. Il serait donc plus juste d’évoquer l’avènement du numérique, après l’ère de Guttemberg, qui a marqué la fin du moyen âge. Temps nouveau certes, qui bouleverse le mode de diffusion de la connaissance et lui assure une diffusion-flux, tout en redynamisant les processus de son traitement !

II - La fracture numérique, un diagnostic global ? Est-ce que la résorption de la « fracture numérique » se résume à la recherche de l’égalité d’accès[5]. Nous ne le pensons pas. Perçue ainsi, elle serait relativement bien plus facile à traiter.  « S’en prendre à la « fracture numérique » reviendrait, dans la « société de l’information », à s’attaquer à la « fracture sociale », affirme Fabien Granjon[6], qui met ainsi en valeur l’accès différentiel aux réseaux dans chaque pays. Or nous estimons que la question concerne davantage la géopolitique internationale, par l’inégalité qu’elle développe à l’échelle du monde.

«L'ordinateur communiquant devient l'encyclopédie universelle du XXIe siècle[7]» !  La formule est pertinente. Elle remarque, à juste titre, la plus grande disponibilité du savoir que les technologies de numérisation et de communications permettent. Mais de telles connaissances mises en partage, sont souvent mises en œuvre et diffusées par des sociétés performantes, qui privilégient, de fait, leurs centres d’intérêts. Ne faut-il pas, dans ce cas, procéder à l’examen de « l'éventail des processus cognitifs et sociaux à l'oeuvre dans la constitution et la transmission d'un savoir »  et se soucier de la composition du «réseau des personnes qui s'engagent dans une telle production[8] » ?   Autrement, on s’inscrirait, à nouveau, dans des nouveaux rapports d’inégalités, prompts à fonder des relations de dépendances, fussent-elles plus subtiles ?  Ce qui nous permet, tout en reconnaissant les bienfaits de l’accès à la société de l’information et en premier lieu aux banques du savoir et aux publications scientifiques,  d’élargir la problématique à la participation à la production de l’information, à la mise en valeur, par la numérisation, de nos patrimoines respectifs. Une politique responsable doit intégrer tous les pays sur la scène mondialisée comme acteurs de plein droit. Or,  jusqu’à présents, la plupart des pays du Sud semblent, de fait et dans une large mesure, à quelques exceptions près, exclus du jeu, tout au moins en partie. Une responsabilisation de la communauté internationale doit donc dépasser les programmes de leurs accès à la société de l’information, comme simples consommateurs, sinon comme observateurs marginalisés. Le Sommet de Tunis doit assurer l’entrée sur scène de la communauté scientifique du Sud, la prise en compte sur le web de leurs patrimoines et n’oublions pas le problème non encore aplani du traitement primordial du problème des écritures non latines qui handicapent la numérisation et la communication de leurs écrits.

Nous devons aussi prendre la mesure de l’impact du développement du pouvoir de la communication qu’assurent la numérisation et les  instruments d’échange, de transfert de l’information qui se traduit, volontiers, en savoirs. Bouleversant le mode de fonctionnement sociétal, ces nouvelles « forces productives "numériques", immatérielles, créatives, culturelles, intellectuelles » - nous empruntons cette identification à Jean Zin[9] - jouent leurs rôles, dans la société du savoir,  dans l’économie émergente contemporaine et à son avant-garde fondée sur l’immatériel.

Conclusion : Le problème du fossé numérique, dans la problématique globale que nous avons essayé de faire valoir, ses signes de surfaces, à savoir les outils technologiques d’évidence  et les praxis de production et d’usage, qui définissent ses enjeux véritables, doit être appréhendé en relation  avec l’économie immatérielle, l’expression actuelle de la nouvelle puissance, à l’heure de la mondialisation. Pour comprendre le monde d’aujourd’hui, le paradigme économique et social est bel et bien dépassé[10]. Les critères de progrès et de développement intègrent désormais ce qu’on appelle « la production informationnelle », privilégiant les ressources immatérielles, ce qui implique les avancées dans le domaine du savoir et de l’innovation et/ou découvertes. Nous incluons, bien entendu, dans ce domaine, la production des logiciels et leur usage dans la nouvelle économie. Le numérique, instrument d’intégration dans le monde globalisé, assure la performance requise, en s’inscrivant dans une culture d’excellence. Ce qui implique d’établir, comme priorités, l’investissement dans la recherche et le développement du savoir. D’autre part, la question du fossé numérique devrait être posée, en relation avec la problématique générale de l’entrée dans l’économie immatérielle, qui fonde la nouvelle division internationale du travail et redessine les contours d’une géographie-monde dé-territoirisée et asymétrique. Condition sine qua none, au sein du binôme consommation/production, la réhabilitation des pays du Sud doit assurer leur participation à l’identification et la création des produits numériques, outils privilégiés de l’économie immatérielle. Une telle définition des enjeux pourrait permettre leur participation à la construction de l’avenir et d’être en mesure de dépasser le statut de junior partenaire, pis encore  d’un simple consommateur et de réussir leur mise à niveau et leur habilitation, sur les autoroutes de l’information.

                               Khalifa Chater



[1] - Éric Guichard, La « fracture numérique » existe-t-elle ? INRIA – ENS, 4 septembre 2003.  Cet article s'intègre dans le numéro deux de l'Atelier Internet, consacré à la cybergéographie. Ce texte est la traduction française de l'article Does the 'Digital Divide' Exist?, publié dans l'ouvrage Globalization and its new divides: malcontents, recipes, and reform (dir. Paul van Seters, Bas de Gaay Fortman & Arie de Ruijter, Dutch University Press, Amsterdam, 2003), qui fait suite au colloque Sustainable Ties in the Information Society (Tilburg, Pays-Bas, 26-28 mars 2003).

[2] - Éric Guichard, La « fracture numérique », op.cit.

[3] - Voir, par exemple, Jean Zin 29/05/04 : http://perso.wanadoo.fr/marxiens/politic/fracture.htm

[4] - Jack P. Goody. Entre l'oralité et l'écriture, PUF, Paris, 1994. The Power of the Written Tradition, Smithsonian Institution Press, Washington and London , 2000.  

[5] - Fabien Granjon, « La fracture numérique en France », Cahiers français n°314, "La société française et ses fractures", mai-juin 2003. Ed. Documentation Française.

[6] - Ibid.  

[7] - déclaration du Président Jacques Chirac, en l’an 2000 : http://www.journaldunet.com/itws/it_chirac.shtml  

[8] - Éric Guichard, La « fracture numérique », op.cit.

[9] - Jean Zin, op.cit.

[10]  - Voir Alain Touraine, Un nouveau paradigme, pour comprendre le monde d’aujourd’hui, Paris, Fayard, 2005.

 

 

 

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14 octobre 2005 5 14 /10 /octobre /2005 00:00

D’un usage désormais courant, le concept « société de l’information » semble définir la mutation globale que subit notre ère. Que couvre au juste ce vocable, qui nomme l’ère postindustrielle ? Peut-il aussi désigner l’ère post-agricole, puisque certaines sociétés sont appelées à rejoindre l’ère de l’information, par un passage sans transition ou presque de l’économie agricole et artisanale à la post-industrialité et à l’information qui semble la dépeindre ?

Serait-il suffisant de fonder notre analyse sur le thème générique de l’information ?  D’une certaine façon, l'avènement de l'imprimé  peut être considéré " comme point d'entrée dans l'age de l'information", puisqu'il a permis, non seulement de faire entrer la production et la distribution de documents divers dans les circuits marchands mais également d'effectuer un contrôle d'une rigueur inconnue jusque là sur la production et diffusion du texte[1]". Nous avons affaire, certes, à un instrument de multiplication standardisée des produits de la connaissance.

Mais la post-industrialité dépasse l’ère de l’imprimé, vu les performances du processus de l’information et de la communication dans notre société contemporaine. Le concept « Société de l’information » définit, de fait, cette mutation globale, cette révolution culturelle majeure, induite par la conjugaison des innovations technologiques relatives à l'informatique, aux télécommunications et aux autoroutes de l’internet. Essayons d’examiner les significations de ce concept, à l’appui de sa genèse et de son inscription dans l’itinéraire d’évolution sociétale et de l’histoire des modes de communication.

I - Théorisation d’une mutation globale : Société pré-industrielle, société industrielle, société de l’information, ces vocables utilisés successivement ont pour objet de définir des repères d’évolution globale, lors du passage d'une ère socioculturelle à une autre, par l'accomplissement des processus innovatoires. L'ère de la révolution industrielle, par exemple, dont l'avènement s'explique par l'apparition  de la machine à vapeur, brevetée par son inventeur James Watt, en 1776 ne s'inscrit dans les faits, comme mutation  de la société occidentale, que bien plus tard, lorsque son usage fut généralisé, en tant qu'instrument unifiant les différents secteurs de l'extraction, de la fabrication et des transports et les soumettant à son propre rythme. Ayant assuré sa large diffusion et son emprise quasi universelle, "la nouveauté absolue", devint alors, le critère de définition de cette mutation globale qu'elle a marquée. Elle généra un nouveau système socio-économique, à savoir " le capitalisme industriel". Annoncée par l'apparition du  microprocesseur, la société de l’information est marquée  par le passage de l'informatique, à l'information et à la logique numérique, l'ordinateur restant un outil majeur d'intégration de ses  infrastructures technologiques et de construction des "espaces cybernétiques[2]".

Du point de vue, de la perspective de l'histoire des modes de communications, 5 grandes ères différenciées  peuvent être identifiées:

1 - L'ère préhistorique, avant la découverte de l'écriture. La parole était le mode d'expression dominant.

2 - Le Moyen âge dominé par l'écriture. A juste titre, compte tenu des niveaux de la diffusion de cet outil, Talcott Parsons[3] distingue les Sociétés "intermédiaires archaïques" telle l'ancienne Egypte qui se caractérisent uniquement par ce qu'il appelle «craft literacy» (l'«écriture réservée » aux tâches essentielles du pouvoir et du clergé) et les sociétés intermédiaires avancées,  les "empires historiques" comme ceux de Rome ou de Chine, où l'écriture  fait  partie de l'éducation générale de la classe dominante.

3 - Les temps modernes, annoncée par la renaissance et la découverte de l'imprimerie.

4 - L'ère industrielle. La galaxie de Gutenberg continuera à développer sa suprématie, au cours de cette aire[4].

5 - L'émergence de la société postindustrielle et les systèmes d'information qu'elle introduit et diffuse.

 

 

 

Préindustrielle

 

 

Industrielle

 

 

Postindustrielle

 

 

Ressource

 

 

Matières brutes

 

 

Energie

 

 

Information

 

 

Mode

 

 

Extraction

 

 

Fabrication

 

 

Transformation

 

 

Technologie

 

 

Travail intensif

 

 

Capital intensif

 

 

Savoir intensif

 

 

Type

 

 

Action contre la nature

 

 

Action contre la nature fabriquée

 

 

Action entre les individus

 

 

 

 

Source : Daniel Bell, Les contradictions  culturelles du capitalisme , Paris, PUF, 1979, p. 206.

Dans cette configuration sociétale postmoderne, les deux itinéraires du changement global et instrumental (qui concerne les outils nouveaux de communication) se rejoignent et s'interpénètrent. Ce qui constitue un fait marquant de notre ère car cette société nouvelle qui s'édifie, se définit, entre autres, par la dimension information, érigée en donnée constitutive de la postindustrialité[5].  Nous devons, dans ce cadre, rappeler les réserves de certains chercheurs qui estiment que l'avènement de l'imprimé  peut être  considéré " comme point d'entrée dans l'age de l'information", puisqu'il a permis, non seulement de faire entrer la production et la distribution de documents divers dans les circuits marchands mais également d'effectuer un contrôle d'une rigueur inconnue jusque là sur la production et diffusion du texte[6]". Il s'agit, dans les deux cas, d'instruments de multiplication standarisée des produits de la connaissance. Mais la redéfinition du concept de "la société de l’information", et sa re-actualisation permettra de dépasser ces réserves, en relation avec les instruments qui la fondent.

II -Définition, redéfinition et actualisation du concept : L’avènement de la société de l’information prend, par conséquent, le relais de la société industrielle. Appelée postindustrielle, elle ne tarde pas à se définir, par la prise en compte des innovations technologiques, qui y jouent le rôle central, le facteur principal et dans une large mesure déterminant de sa mutation.

a) Différents sens du mot information : D’après le Dictionnaire Philosophique Lalande, le verbe informer a d'abord signifié: « donner une forme à une matière », c’est-à-dire lui donner la vie. D’après la définition familière, toujours selon  le Dictionnaire Philosophique Lalande,  informer signifie « connaître quelque chose à quelqu'un[7]». Citons, d’autre part, les implications de l’expression de Descartes «les idées informent l'esprit[8]». Ce passage du contexte aristotélicien à la pensée de Descartes induit un changement de registres, puisqu’on se réfère désormais à l’esprit et non plus à la matière. Est-ce qu’on se rapproche du sens actuel ? Si, dans la mesure où on se réfère au transfert de la donnée, de la connaissance. Mais nous retiendrons que le sens premier rejoint l’information comme enjeu global, impliquant une mise en forme décisive et significative, qui annonce la redéfinition de la société par la donne information. Notre approche prend donc en ligne de compte ce passage obligé, mais favorisant le flash back, entre les deux définitions : informer l’esprit et former la matière.

Nous devons cependant tenir compte de la signification anglo-saxonne du concept, qui  « désigne par news (les nouvelles), l’information et piece of news (mot à mot morceau de nouvelles) : une information… Pour les anglo-saxons l’information est une entité générique, dont on extrait un petit morceau[9] ».  Je me permettrais de présenter, à titre d’exemples, ces deux définitions :

- « toute donnée pertinente que le système nerveux central est capable d'interpréter pour se construire une représentation du monde et pour interagir correctement avec lui[10] ». Définition de l’encyclopédie  wikipedia)

- « Connaissance consignée, inscrite, dans le but de sa transmission[11]».

Informer signifie donc communiquer une donnée, dont on ne peut guère limiter son champ. Ce qui nous incite à rappeler que l’information ne peut se limiter à la presse et au journalisme.

Notons cependant que certaines définitions privilégient la prise en compte de l’apport des nouvelles technologies qui servent l’information. Prenons comme exemple cette définition : « (data), matière première de l'informatique[12]… »

b) La société de l’information : Comment définir et décrire la société de l’information ? Certes, elle semble faire l’objet d’un consensus, sanctifié par le discours international. En réalité, elle est l’objet d’une diversité d’approches, selon les enjeux que lui assignent les acteurs : informaticiens concernés par les problèmes d’accès, de câblage et des performances techniques, hommes d’affaires recherchant des marchés mondialisés, intellectuels, hommes de lettres, chercheurs, en quête de bases scientifiques et les usagers de toutes sortes plus intéressés par la communication, le tchat et la quêtes des produits numériques updates. Mais nous devons, d’autre part prendre acte des mutations, que j’appellerais historique, de la terminologie : On se réfère dans ce cas à « la détention et la bonne utilisation de l'information économique, scientifique, sociale et politique  (en vue) d’une une recherche de productivité et de rationalisation[13] ». Cette définition met en valeur le rôle désormais essentiel de l’information, en général, puisqu’elle « constitue une révolution culturelle, économique et sociale sans précédent car elle touche simultanément toutes les parties du monde et toutes les activités[14] ».  Tout en signalant les effets d’entraînement de « de l'innovation technologique et sa mondialisation[15]», la définition occulte la donne désormais déterminante de la société de l’information.

Ce que mette en valeur les définitions actualisés, mises à l’ordre du jour : « La société de l'information désigne une société dans laquelle les technologies de l'information jouent un rôle central[16] ».

Déterminée par l’apport de l’ordinateur et par les nouvelles technologies, émergeant dans sa mouvance et accomplissant les mutations qu’il favorise, l’information relève de la logique informationnelle et, par conséquent, du processus de numérisation qu’elle induit nécessairement. Ce qui implique le dépassement de la signification originelle, par l’adoption et l’intégration des technologies qu’il met en œuvre. C’est ce que j’appelle une re-définition ou plutôt une révision du concept, remis à jour, re-actualisé par le langage et le système de communication de l’ère que nous appelons, faute de mieux, post-Gutenberg. 

 Notre définition de la société de l’information s’inscrit dans cette mise au point conceptuelle : L’information numérique, constituant le facteur essentiel et intégrateur des mutations de la société, dans toutes ses dimensions. L’information numérique concerne les modes de communications (données évidentes), le savoir (patrimoine, bases de données, recherches, découvertes, acquis scientifiques divers), le pouvoir et ses différents processus de gestion, la sécurité,  la guerre (renseignements et direction des opérations etc.) et je n’oublierais pas la connaissance de l’intime (biométrie, scannage des organes, traitement informatique des données médicales) et même la restructuration de la société par son organisation en réseaux et la mise en relation des segments d’une société de plus en plus fragmentée sinon désintégrée.

Conclusion : Nous devons cependant situer cette société de l’information, dans son contexte de l’ère-monde, dans toutes ses dimensions politiques, culturelles, économiques et financières. Force est de reconnaître, d’autre part, en rejoignant les analyses de Dominique Wolton[17] « qu’il n’y a pas d’information universelle », vu la relation quasi organique de la donnée, objet de la transmission et de la communication avec  « des valeurs, intérêts et une représentation de la société qui varie dans le temps et dans l’espace, ainsi qu’à des rapports de pouvoirs » et que le concept  «recouvre des réalités radicalement différentes dans l’économie, la société, la politique, la science, la culture[18]».

D’autre part, la complexité des situations et l’évolution différentielle nous incitent  à considérer la société de l’information, comme un ideal-typus et à dégager les différents niveaux de son accomplissement, évitant toutes généralisations et perceptions réductrices. Les secteurs moteurs de la société de l’information dynamisent et accélèrent les mutations. Mais leur action atténuée, sinon mise en échec par les pesanteurs, sinon les séquelles des sociétés encore définies, comme agricoles ou industrielles. Il s’agit, dans ce cas d’une prise en compte des mutations annoncées, sinon anticipés.

                                            Professeur Khalifa Chater

                               Vice-Président de l’Association

                                     des Etudes Internationales

 



[1] - Voir la position de  Jean-Claude Guédon in " le savoir partagé : entre l'information et la communication, Revue Universités , fév. 95, pp.36-38. Voir p. 37.

 

 

 

[2] -  Nous adoptons la définition de Michael Benedickt :  " Une réalité, mise dans sa globalité en réseau,  servie, reliée et générée par l'ordinateur, multidimentionnelle et (en fait) artificielle ou virtuelle" ( Michael Benedickt, "Cyberspace, Some Proposals", in Cyberspace : First Steps, Ed. by Michael Benedickt ).

  

[3] - Voir Talcott Parsons, Evolutionary universals in sociéty , American Sociological Review ,  1964, vol. 29, pp. 332 -346,  cité par  Antony Giddens, La constitution de la société , in  note critique, Parsons et l'évolution, pp. 325 -337. ).

 

 

 

[4] - Marshall McLuhan, The Gutenberg Galaxy , Routledge , London , 1962.

 

 

 

 

[5] - Voir Daniel Bell, Les contradictions  culturelles du capitalisme , Paris, PUF, 1979, pp. 206 - 207. L'auteur reprend  l'analyse entreprise dans son précédent ouvrage, The coming of postindustrial society , Basic Books, New York, 1973.

[6] - Voir la position de  Jean-Claude Guédon in " le savoir partagé : entre l'information et la communication, Revue Universités , fév. 95, pp.36-38. Voir p. 37.

 

 

 

[7]  - Voir les définitions de Jacques Dufresne de l’Encyclopédie de l’agora in  http://agora.qc.ca/cvdufresne.html

 

 

 

 

[8]<

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