Blog d'analyse géopolitique
La lutte pour l’indépendance indienne s’est réalisée, dans le cadre de la philosophie de la non-violence, prônée par Ghandi. Mais elle fut soutenue par la mise en question des privilèges coloniaux et la paralysie de l’ordre hégémonique et du mode d’exploitation qui le servait. “La guerre de décolonisation”, au Maghreb, fut l’œuvre d’une mobilisation populaire et d’une stratégie de lutte, tenant compte d’un diagnostic préalable des rapports de forces. Elle fut servie par la presse écrite et la radio. La guerre d’usure qu’elle engagea mit en échec la pacification de l’Establishment colonial, bloqua sa gestion des affaires et réalisa, la conquête de l’opinion métropolitaine, en sa faveur. Elle fit valoir le principe de “la souveraineté populaire”. Les aléas de l’histoire et l’état de la géopolitique mirent à rude épreuve l’idéaltypus des discours fondateurs, durant “l’ère de grâce”. Ils dessinèrent une ligne de démarcation, dans les projets de société, les options idéologiques et les choix d’alliances, entre les régimes des pays frères et amis.
Exprimant sa volonté de rejet du régime du shah, otage de son alliance exclusive, conséquence du processus de restauration de son pouvoir, la contestation populaire iranienne se rallia au dignitaire religieux, Ayatallah Khomeiny, l’exilé de Kom et l’adopta comme guide spirituel de sa révolution islamique, en 1979. Ses discours diffusées, lors de campagnes d’envergure, par cassettes - médium dominant de l’époque - contribuèrent à faire valoir son charisme. Toute révolution dépendant de ses acteurs, Ayatallah Khomeiny installa une théocratie. Consensus structurel ou conjoncturel, le régime fut consolidé par les épreuves du conflit avec les USA et son entrée en guerre avec le régime de Saddam Hussein.
Internet relaya la bande magnétique comme instrument de ralliement des contestations et la gestion de leurs réseaux à l’heure de la révolution technologique. L’ère post-guerre froide fut marquée par l’émergence de mouvements intégristes et de certaines obédiences terroristes, sur la scène moyen-orientale. Alors que la Qaïda et ses structures d’initiation et d’opération furent l’objet d’un rejet évident des Establishments et de l’opinion publique, certains mouvements fondamentalistes confortent leurs assises populaires, par le rôle qu’ils jouent dans la résistance, dans cette ère de colère arabe et de ressentiment. Mais les discours fondateurs conditionnent le projet de société qu’ils annoncent. Fait significatif, des signes précurseurs semblent annoncer des velléités de faire appliquer strictement la loi islamique, dans la bande de Gaza et d’imposer une discrimination entre les hommes et les femmes, faisant valoir la loi “du Harem”.
La contestation iranienne actuelle est servie par “ le mobile ”, ses caméras intégrées, en relation, bien entendue avec l’internet. D’autre part, les manifestations populaires ont mis en évidence un aspect fondateur spécifique, puisque “les femmes sont en première ligne”. Le débat concerne donc le projet de société et l’ordre familial. Il faut prendre la juste mesure de cette prise de conscience et de cette émergence de la femme comme acteur important, dans le Moyen-Orient de demain.
L’air du temps révèle une mutation des instruments de communication, de la presse écrite, à la bande magnétique et au téléphone portable et un changement d’acteurs ou du moins de nouvelles répartitions de tâches.