Blog d'analyse géopolitique
Depuis le 17 janvier 2008, la ville de Gaza est l’objet d’un blocus israélien, qui la condamne à vivre en autarcie, à l’ère de la mondialisation. Affamer, condamner à l’obscurité, paralyser les hôpitaux, tuer pour l’exemple - c’est ainsi qu’on doit appeler les attentats ciblés - ce processus global d’aliénation nationale et de négation des droits définit ceux qui le commettent. Le blocus est «imposé en représailles aux tirs de roquettes palestiniennes», rétorquait le gouvernement israélien. Ainsi re-actualisait Israël le discours des pouvoirs coloniaux, « justifiant » les opérations militaires dites de «pacification», qu’ils engageaient contre la résistance nationale.
Gaza reste bel et bien sous l’occupation, en dépit du désengagement opéré unilatéralement par Israël. En effet, l’Establishment colonial contrôle ses frontières, bloque ses accès par mer et par air et réduit ses habitants à vivre à la merci de ses caprices, ou plutôt à tenter de survivre. La responsabilité israélienne est effective. Son occupation coloniale, à l’instar du Bantoustan, ne peut que provoquer une action défensive de résistance. La radicalisation des positions et l’escalade qui s’en suivit s’inscrivent dans ce contexte de ressentiment, de colère et de désespoir. Faut-il s’en étonner ?
L’ouverture d’une brèche, sur la frontière égyptienne - alors que le terminal de Rafah était fermé depuis juin 2006 - a suscité une véritable ruée des habitants de Gaza (plus de 700.000, selon une estimation de l'agence de l'ONU d'aide aux réfugiés palestiniens, soit près de la moitié de la population), durant les deux premiers jours, vers la partie égyptienne de Rafah et El-Arich. Confrontés à une pénurie de produits de base à Gaza en raison du blocus, les Palestiniens vinrent faire leurs provisions en Egypte. Cette opération de résistance passive, légitimée par une volonté de survie, induit une nouvelle donne géopolitique, par le fait accompli qu’elle réalise.
La nouvelle réalité de Gaza, nous appréhende. Elle dénonce l’indulgence tous les acteurs de l’Establishment international. La poursuite de la « pacification » israélienne confortée par cette stratégie de la faim de l’adversaire, ne peut que favoriser les dérives, les surenchères et les opérations de désespoir. Le retour aux normes, par le traitement de la question palestinienne, peut dépassionner le débat, apaiser les passions et faire valoir la lucidité et la modération, condition Sine Qua None d’une véritable culture de paix, pour le bien être de tous les habitants de l’aire du Moyen-Orient.
Professeur Khalifa Chater