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Blog d'analyse géopolitique

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Des mutations progressives …!

 

Produit de la géographie et de l'histoire, qui lui fixent des normes fondatrices, la géopolitique politique inscrit plutôt le statu quo que le changement des politiques internationales. La conjoncture peut induire des arrangements, des correctifs, des réactualisations Mais point de changement d'envergure susceptible d'affecter le socle. Des changements de régimes, d'équipes de gouvernement, peuvent susciter de nouvelles appréciations, des élans du cœur - et pour quoi pas des caprices ! - mais les données du long terme, du temps historique, limitent les effets des facteurs conjoncturels. Une certaine pesanteur relativise les événements de surface, que nous appellerons les effets du présent.

Le nouveau pouvoir tunisien, a certes mis à l'ordre du jour des mutations de la politique étrangère : développement des relations avec Qatar, qui a soutenu la révolution tunisienne et a annoncé  une politique de soutien financier, volonté de redynamiser l'Union du Maghreb arabe, souci de rapprochement avec les pays du printemps arabes : l'Egypte et la Libye, expression d'une solidarité ferme avec le peuple syrien. Citons, dans ce cadre, la réunion de concertation entre les ministres des Affaires Etrangères de l'Egypte, la Libye et la Tunisie (Le Caire, 29 juillet 2012). Cette réunion devait permettre  une coordination des positions sur les problèmes de l'heure dans la région, les questions frontalières, la situation sécuritaire dans la région du Sahel africain etc. Ils  étudièrent les moyens de développer  leur coopération commerciale et examinèrent le projet de supprimer les visas entre les trois pays, en attendant son application dans les différents pays arabes (Al-Ahram, 30 juillet 2012). L'opportunité d'une conjoncture de rapprochement ne pouvait impliquer une stratégie d'exclusion des pays de l'ensemble de l'aire. Elle procédait plutôt d'une approche tactique, afin de préparer l'environnement à une action commune.

Nous nous rendons compte que le développement de nouvelles relations n'établit guère une reconfiguration des alliances, susceptible de remettre en cause la carte géopolitique. En effet, la prise en compte des intérêts économiques  de la Tunisie en Europe et la concertation du gouvernement tunisien avec les partenaires de l'UMA mettent en valeur les normes de  la diplomatie de la Tunisie, établies  en relation avec les exigences de son histoire et de sa géographie.  Etat de fait, la Tunisie  a des relations cordiales avec les Etats Unis. Les entretiens du Secrétaire d'Etat américain de la Défense, Leon Panetta, le 30 juillet 2012, avec le gouvernement tunisien, confirment  la coopération spécifique entre les deux pays. La mission du secrétaire d'Etat américain  a pour objectif  "d'esquisser la feuille de route de la future relation militaire" tuniso-américaines (site du pentagone http://www.defense.gov) et d'assurer un soutien  afin d'améliorer les capacités de défense tunisiennes.  Elle consolide les relations historiques tuniso-américaines, tout en les adaptant aux exigences de la nouvelle conjoncture et en engageant un dialogue sur les défis communs, dans le domaine de  la sécurité régionale :  “ Au cours de mes discussions avec le président de la République, le Premier ministre et le ministre de la Défense tunisiens, déclara le chef du Pentagone, il y a eu des axes sur lesquels ces discussions ont porté : la lutte contre le terrorisme et la stabilité de la région” (point de presse, Tunis, 30 juillet 2012).

L'analyse des mutations annoncées atteste qu'il  serait plus juste de parler de correctifs, d'aménagements en rapport avec le contexte et non d'une révision  radicale de la politique étrangère tunisienne. D'ailleurs, la pesanteur géopolitique a freiné l'initiative tunisienne relative à la relance de l'UMA. Le prochain sommet maghrébin prévu initialement pour le 10 octobre à Tabarka pourrait être reporté, faute de consensus : Les partenaires réalisaient que le contexte ne s'y prêtait pas. Traduisant cette attitude, Abdelillah Benkirane, chef du gouvernement marocain, a déclaré que "les conditions de la tenue d'un sommet ne sont pas encore mûres et tant que les frontières entre le Maroc et l'Algérie ne seront pas rouvertes", une telle réunion "sera seulement de pure forme" (interview journal Attajdid, organe de son parti, le PJD, 26 juillet). Laissons du temps au temps et optons pour une pause, pour permettre d'aplanir les différends, rapprocher les points de vue  et permettre à la Tunisie et à la Libye de répondre aux priorités de l'ère de transition. N'oublions pas d'autre part, que des interrogations importantes attendent des réponses immédiates : intégration ou non de la spécificité arabe (demande marocaine de redéfinition, tenant compte de la composante amazigh,  formulée le 22 février 2012), accès ou non de l'Egypte, définition des priorités de la Libye, "tiraillée entre le Moyen Orient, l'Afrique subsaharienne et le Maghreb" et de la Mauritanie, relais avec l'Afrique subsaharienne. Certains observateurs estiment que ces deux pays ont adhéré à l'UMA  pour "des raisons conjoncturelles". Les échanges cordiaux entre l'Algérie et le Maroc, à l'occasion des fêtes nationales, n'ont pas inscrit, dans les faits, l'ouverture de la frontière entre  les deux pays et le développement, en conséquence, des relations bilatérales. Fait plus important, une différence de visions bloque cette alliance naturelle et freine le passage à la construction unitaire. Les attentes d'une nouvelle UMA ne sont pas encore explicitées  par les différents acteurs.

Même état de pause géopolitique de l'Egypte : La prise de distance du nouveau pouvoir par rapport au nationalisme nassérien et à sa politique de non-alignement et à  l'alliance occidentale de Sadate et de Moubarak et à l'idealtype du Camp David  annonce une pause géopolitique, que le souci de réactualiser le statut d'antan de puissance régionale complique. Le statut quo est désormais à l'ordre du jour, dans cette conjoncture de balbutiements. Pour les pays du Golfe, ils sont à la recherche d'un nouvel équilibre, pour appréhender les retombées du printemps arabe et les défis de la crise iranienne.  Comment redynamiser, réconforter et enrichir leur réseau d'alliances ? Peut-on occulter le soft affrontement entre Téhéran et Riyad et ses effets sur la région ?

Le régime syrien vit, sans doute, son dernier quart d'heure. Est-ce que "la fin de la bataille de Damas inaugure le festin des loups" ? Bakr Sidki, estime, à juste titre, que la cueillette  du "fruit désormais mûr", susciterait une lutte internationale  pour le partage du butin et évoque les risques encourus : position turque vis-à- vis du Kurdistan syrien, possible usage d'armes chimiques, interventions internationales pour la défense de la minorité alaouite, risque d'extension de la Kaïda (Al-Hayat, 27 juillet 2012). L'expert israélien, Mordekhay Kédar, évoque, comme conséquence attendu de la chute d'al-Assad, la réalisation du projet de partition de la Syrie, qu'il semble souhaiter : les Kurdes au nord, les Alaouites à l’ouest, les Druses au sud, les Bédouins au centre avec en plus Damas et Alep,  qui n’ont jamais nourri un grand amour les uns à l’égard des autres" (Emission Paris direct, France 24, en arabe, 24 juillet 2012, soir).  Il rappelle son diagnostic du 1er décembre 2011 (http://danilette.over-blog.com) . L'après-Assad  risquerait de réactualiser le projet de 1982, de balkanisation ethnique du monde arabe (Akram al-Bonni, el-Hayat, 25 juillet 2012). Or, en dépit de la chute de l'Irak, et de l'instrumentation du réseau d'alliance dominant, à l'époque, en sa faveur,  le projet du Grand Moyen-Orient ne fut guère couronné de succès. Pouvait-il en être autrement, alors qu'il occultait la question palestinienne et projetait d'établir des relations hégémoniques, assurant une mise en dépendance. Eventualité à ne pas écarter, la Syrie risque de connaître les dérives qui ont affecté sa sœur jumelle. Comment peut-elle se prémunir de ce risque ?

Mais l'habilitation citoyenne, la prise de conscience des populations  et leur vigilance peuvent changer la donne, en participant à définition des enjeux et à  la prise de la décision. Bénéficiant d'une liberté d'information, exerçant leur liberté d'expression, les citoyens du printemps arabe s'érigent en acteurs sur la scène, assurant la défense de l'autonomie de la décision nationale et sa mise au service d'une meilleure gouvernance internationale.

 

 Pr. Khalifa Chater

Chaterkhalifa@topnet.tn

L'Economiste maghrébin, n° 584 du 8 août au 5 septembre 2012.

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