Blog d'analyse géopolitique
Personne n’a songé à brûler des cierges pour fêter l’anniversaire de l’invasion de l’Irak, le 20 mars 2003. Du point de vue des intérêts géopolitiques de ceux mêmes qui l’on engagé, on peut difficilement parler d’une stratégie victorieuse. Un régime dictatorial a été, certes, aboli. Mais le chaos qui l’a remplacé, l’émergence d’un pouvoir ethnique et la guerre civile qu’il a déclanché n’ouvraient pas de perspectives prometteuses. "la vitrine démocratique", qu’on se proposait d’ériger en modèle, d’après le grand objectif/alibi du discours, s’inscrivait sur le terrain des réalités, comme un contre-modèle.
La "guerre contre le terrorisme islamiste" a été détournée de sa cible. On ne pouvait rechercher la Kaïda sur le terrain irakien où elle était bannie, pourchassée. Le vide institutionnel, le chao gouvernemental et l’amalgame entre les résistants de tous bords, a permis à la Kaïda de s’installer dans le sanctuaire irakien, d’y développer ses ramifications et d’engager ses opérations kamikazes, prétendant exercer le monopole de la lutte contre l’occupant. L’instrumentation de la cause irakienne lui permet de consolider ses structures et de multiplier ses relais dans des guerres anachroniques, au service d’un repli nostalgique, qui dessert toute ouverture de l’horizon et toute stratégie de promotion. Dans l’immédiat, elle remet en cause la stabilité régionale.
Le grand journal arabe el-Hayet fait remarquer, à juste titre, dans son évaluation de cette guerre que "l’Irak est devenu l’espace des conflits régionaux alors que l’Iran est le plus grand bénéficiaire de la guerre [1]". En effet, l’Iran est désormais l’unique puissance régionale dans l’aire. Débarrassé de son ennemi historique, l’Iran assure son entrée en Irak au profit de l’émergence du pouvoir chïte dans la région. Les derniers entretiens du président Ahmedi Nejed avec les pays du Moyen-Orient, son invitation par le Conseil du Golfe, attestent, que les pays de la scène moyen-orientale réalisent qu’ils doivent avoir comme interlocuteur, cet important acteur de la région, s’affranchissant diplomatiquement des vues du gouvernement américain.
L’évaluation devrait, bien entendu, prendre en compte la comptabilité macabre des pertes humaines dans les deux camps et de la montée vertigineuse du prix du pétrole, du fait de cette conjoncture, en dépit de la maîtrise de ce bassin pétrolier important. Est-ce que la sortie de crise qui ne semble pas aisée, est en mesure de rétablir la situation, d’assurer la paix, la sécurité, de meilleurs conditions de vie et pourquoi pas d’instituer une bonne gouvernance au-dessus des ethnies et des clivages religieux, selon l’éthique du XXIe siècle ?
Khalifa Chater
20 mars 2008
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