Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Blog d'analyse géopolitique

Publicité

Sommet de Damas

Une mise à l’épreuve

de l’instance communautaire arabe.

 

La tenue d’un sommet arabe tient lieu du miracle. Le sommet de Damas (29-30 mars 2008) n’a pas échappé à la règle. Il a été parsemé d’embûches et faillit ne pas se tenir, comme si les Arabes n’avaient pas de problèmes à mettre à l’ordre du jour, qu’ils ne faisaient pas face à des défis majeurs et que leurs causes sacrées et en premier lieu celle de la Palestine étaient satisfaites. Processus de paix bloqué, une Palestine démembrée, un Irak déstabilisé,  insécurisé et occupé, un Liban fragilisé et incapable de se doter d’un Président. Cette montée des périls est confortée par une institution du terrorisme en Irak, dans ce contexte de la mise en cause, de fait, de l’Etat-nation. Ne faudrait-il pas prendre la mesure de la gravité du climat de frustration, de ressentiment, de colère et de désespoir que tous les ingrédients du contexte se conjuguent pour créer ?

Le sommet à l’épreuve de la conjoncture : La fêlure arabe, mise en valeur dans le cadre de ce contexte du sommet de Damas est fort ancienne. Elle s’est manifestée d’abord dans les rivalités entre les familles régnantes, en Egypte, en Irak, en Jordanie et en Arabie. Elle fut redynamisée par la prise du pouvoir par Nasser et la rivalité entre les pôles  du Caire et de Bagdad et les alignements qui en découlèrent.  La guerre du Yémen consacra longtemps la division entre radicaux et modérés, qui se prolongea et se développa même, après la fin du régime nassérien, opposant les nouveaux centres de ralliement modérés et radicaux arabes. La guerre Irak/Iran, la coalition contre l’Irak puis l’invasion de Bagdad,  établirent de nouvelles cartes géopolitiques, qui consacrèrent les profondes divisions géopolitique arabes successives. La Ligue des Etats Arabes dut s’en accommoder de cette division fondatrice de l’ordre arabe. Faut-il s’en offusquer maintenant de cet Etat des choses, prendre prétexte des alignements respectifs de certains pays du Moyen-Orient, des alliances contre-nature  qu’ils ont assumés ou qu’ils ont dû consentir ?

La situation du Liban est préoccupante. Les Etats arabes doivent accompagner et soutenir le processus de reconstruction du consensus national, remis en cause par les différentes guerres civiles qui l’ont mis à feu et sang et contribuer à apaiser les relations entre ses différentes composantes. Ils ont tous intérêt à calmer le jeu de tous ses acteurs, en relation évidemment avec tous les protagonistes de la scène arabe et de son avant-scène libanaise. Le rétablissement du consensus arabe doit adopter comme priorité d’aider le Liban à assurer son autonomie, pour lui permettre de dégager toutes ses composantes des différentes tutelles arabes ou internationales, qui veulent l’intégrer dans leurs réseaux de relations privilégiées. Une lecture objective de la carte géopolitique attesterait ce fait d’évidence, à savoir que «la Syrie soutient l'opposition libanaise emmenée par le mouvement chiite Hezbollah, tandis que l'Arabie saoudite soutient la majorité antisyrienne au pouvoir, qui bénéficie également de l'appui de Washington[1] ». Mais ne sous-estimons pas le rôle décisif, selon notre point de vue, des acteurs libanais, par rapport à leurs alliés éventuels arabes ou internationaux, dans les mécanismes de prise de décision. Pourquoi faut-il occulter la dynamique interne, au profit de la théorie du «complot extérieur» qui annihile tout essai d’analyse sérieux.  Dépourvu de Président, le Liban s’est absenté certes des assises du Sommet arabe. Mais faut-il considérer l’échec de l’élection du Président libanais comme priorité absolue, par rapport aux questions de la Palestine, de l’Irak, des menaces d’intervention contre la Syrie, des relations avec l’Iran, de la sécurité et du développement de l’ensemble de l’aire ? Ne faudrait-il pas aussi mettre prioritairement à l’ordre du jour certaines relations bilatérales conflictuelles et la recherche de parapluies de sécurité de sécurité? Le problème du Liban lui-même, ne pouvait être occulté dans l’ordre du jour du Sommet, puisqu’il est préoccupant pour tous les membres de la Ligue des Etats arabes et qu’il  nécessite une mobilisation générale, pour résoudre cette question intérieure et éviter les risques d’entraînement et de perturbation de l’ensemble de l’aire arabe, qu’il pourrait provoquer.

Le Maghreb sauve la mise : L’absence de dirigeants de l'Egypte, de l'Arabie saoudite, et de la Jordanie, qui se sont fait représentés respectivement par un ministre ou un ambassadeur, rappelait les alignements en vigueur, qui faisait valoir des approches opposés principalement sur l’intervention américaine en Irak, le conflit USA/Iran et l’appréciation différentiée des mouvements Hamas et Hizb Allah, consacrant la démarcation et entre radicaux et modérés, proches par raison d’Etat ou par simple perception des rapports de forces de Washington. La raison invoquée, - « la goutte qui aurait fait déborder le vase », puisqu’elle confirme une différence de points de vue, fort ancienne - est le rôle que la Syrie aurait joué dans la crise du Liban. Cette absence provoqua par contrecoup, la mise en valeur du différend arabe, son inscription à l’ordre du jour et les tentatives effectuées par les souverains eux-mêmes pour l’analyser et le traiter. Ce qui a permis d’abandonner « la langue de bois », qui était de règle dans les précédents sommets.

Contrebalançant ce mouvement de retrait, la présence de quatre chefs d’Etat du Maghreb (la Tunisie, l’Algérie, la Libye et la Mauritanie) et  du prince héritier marocain, assura in extremis la tenue du Sommet de Damas, avec la participation de 11 chefs d’Etats et de 9 représentants dûment accrédités. Le Maghreb rappelait ainsi son engagement en faveur des causes arabes et affirmait la souveraineté de ses prises de positions, n’étant pas impliqué dans les alignements de la scène moyen-orientale et les risque de débordement et de surenchère qu’elle pouvait susciter. Le Maghreb réussit le pari de faire valoir la retenue, la modération, la recherche de l’entente, tout en affirmant son attachement aux principes fondateurs de la Ligue et sa raison d’être. Il contribua largement à faire valoir la recherche de solutions, l’identification de scénarios et la quête de compromis, à défaut de consensus.

Les termes de référence de l’action arabe post-Damas : La motion adoptée par le Sommet rappelle les fondamentaux arabes et expose les attitudes consensuelles sur les principales questions de l’ordre du jour. Examinant la question palestinienne, les dirigeants arabes rappelèrent leur engagement en faveur de la solution du problème : autodétermination, établissement de l’Etat, Jérusalem comme capitale, droit du retour des réfugiés. Constatant que le processus était bloqué - les décisions de la Conférence d’Annapolis, non citée dans la motion, étant restés lettre morte -  ils ont dénoncé les agissements israéliens (crimes de guerre, agressions contre les civils, siège etc.) et demandé au Conseil de sécurité d’assumer ses responsabilités pour mettre fin à cette situation. Les dirigeants arabes ont, par ailleurs, renouvelé leur appel à Israël d'accepter leur plan de paix lancé en 2002 et resté lettre morte. Mais ils le conditionnèrent, à juste titre, par l’exécution par Israël de ses engagements, dans le cadre des références internationales, pour établir la paix dans la région. Ils soutinrent d’autre part, la mission engagée par le Président yéménite, pour assurer la réconciliation entre Fath et Hamas.

Préoccupés par la situation de l’Irak, les dirigeants arabes affirmèrent « leur attachement à son unité : son territoire et sa population, à la sauvegarde de son identité arabe et musulmane », faisant valoir « la nécessité de réaliser la réconciliation nationale totale, la fin de la présence étrangère et d’assurer la sécurité, la stabilité et la totale de l’Irak». Pour mettre fin aux tragédies du combat fratricide, « ils invitaient leurs frères à veiller à la sauvegarde de la vie des citoyens innocents et de leurs biens et d’opter pour le dialogue pour dépasser les différends et parvenir à l’entente et à la réconciliation nationale». Cette clause fut l’objet «d’une réserve de principe», selon mon point de vue, de la délégation irakienne. Le décalage entre les positions s’expliquerait par la prise en compte par la délégation irakienne des contraintes de leur conjoncture et l’attachement du sommet à l’idealtypus arabe et à ses principes directeurs.

Dans le cadre de la sauvegarde de la sécurité arabe, la motion affirme sa volonté de respecter la sécurité et la souveraineté de tout pays arabe, son droit d’assurer son autodéfense et condamne toute ingérence dans ses affaires intérieures. Elle affirme, dans ce cadre, sa pleine solidarité avec la Syrie, objet d’une campagne hostile. En ce qui concerne le Liban, les dirigeants arabes «réitèrent leur attachement à l'initiative arabe pour le règlement de la crise libanaise», confirmant, à cet effet, la mission du Secrétaire Général Amr Moussa.

La question iranienne est évoquée avec diplomatie, retenue, évitant tout risque de rupture ou d’alignement sur les attitudes des puissances occidentales. Les dirigeants arabes encouragent les Emirats à poursuivre leur dialogue avec l’Iran, en vue de résoudre la question des trois îles : Grande Tombe, Petite Tombe et Abou Moussa, objets d’un contentieux entre les deux Etats et recommandent à cet effet, de privilégier les moyens pacifiques, pour permettre aux Emirats arabes de recouvrer ces îles. Dans cet ordre d’idées, la question du nucléaire iranien n’est pas abordée. Les dirigeants arabes privilégient de revendiquer une dénucléarisation totale du Moyen-Orient, mettant à l’ordre du jour la menace du nucléaire israélien.

Conclusion : C’est dire que le Sommet de Damas a pu se tenir, assurer la concertation des chefs d’Etats arabes, identifier un diagnostic audacieux de l’Etat de leurs relations et adopté un programme minimum, pour traiter les questions posées. Espérons que ces décisions soient suivies d’effets et qu’elle rassemblent, dans leur exécution, les différents partenaires, dans le cadre d’une entente dissipant les malentendus, redimensionnant les différences de points de vue, par rapport aux graves défis de la situation présente.

Professeur Khalifa Chater

chaterkhalifa@topnet.tn


[1] - Fait d’évidence rappelé par  Ezzedine SAID in «Le sommet arabe de Damas s'achève sans percée sur la crise libanaise », Agence France-Presse, 30 mars 2009.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article