Blog d'analyse géopolitique
Retour de la conscience, prise en compte de la gravité du cours des événements, victoire de la raison sur la passion, l’accord de Doha (mercredi 21 mai 2008) arrête l’escalade, fait échec à la dérive et à la guerre civile, annoncées par le siège de Beyrouth Ouest, le bastion sunnite, par la milice de Hizb Allah et les affrontements qui ont suivis. Cette paix des braves, conclue par nécessité géopolitique doit remettre les institutions en marche, paralysées depuis le 23 novembre 2007, date de l'expiration du mandat du précédent chef de l'Etat Emile Lahoud, permettre l’élection d’un président de consensus, le général Michel Sleimane et constituer un gouvernement associant la majorité libanaise et l'opposition. Outre l'élection d'un président, l'accord porte, en effet, sur la formation d'un gouvernement d'union avec une minorité de blocage pour l'opposition et une loi sur le découpage électoral qui permettra des élections générales en 2009. Les deux revendications, présentées par la minorité, comme conditions Sine qua none, dès le déclanchement de la crise, étaient satisfaites. Réconciliation des factions rivales ? On n’est certes pas encore là. Mais l'accord de Doha prévoit une reprise du dialogue interne pour étendre l'autorité de l'Etat sur tout le pays et interdit à l'avenir tout recours aux armes à des fins politiques. Mais comment matérialiser cette règle de conduite, qui a été, à plusieurs reprises, transgressée durant les périodes de crises et/ou de re-équilibrages de forces ? Comment instituer et faire valoir par tous les protagonistes cette éthique politique, cet engagement national ?
On peut parler d’une sortie de crise au profit de l’Etat-nation du Liban, menacé par un grave processus de démantèlement, en tant qu’enjeu des forces contraires, libanaises, arabes et internationales. En tant que construction politique d’entente entre ses différentes composantes sociales et politiques, en tant que dynamique d’intégration transgressant les pesanteurs géopolitiques, le Liban constitue un modèle d’avant-garde qu’il faut à tout prix sauver de la dérive et mettre à l’abri des risques d’entraînement et de suivi, en dépit de la démarcation géopolitique de l’aire moyen-Orientale. Il faudra certes beaucoup de temps, pour atténuer la fracture re-actualisée par la dernière crise, rapprocher les points de vues, mettre à l’ordre de jour des politiques de compromis, dans ce contexte de mise à l’épreuve et de résistance que met à l’ordre du jour le bruit de bottes à la frontière israélienne.
Nous remarquerons d’autre part, que l’accord de Doha a été réalisé par l’intermédiaire des dirigeants du Qatar. Bénéficiant d’un précieux atout - à savoir leur neutralité au cours de la crise -. ils disposaient d’un préjugé favorable, vu leurs bonnes relations avec les puissances régionales comme l'Arabie saoudite, l'Iran et la Syrie. Peut-être faudrait-il prendre en compte aussi que l’accord a été le résultat d’une prise de conscience de la gravité des enjeux de la crise sur l’ensemble de l’aire.
On devait apprendre le même jour (mercredi 21 mai 2008) que des négociations étaient engagées entre la Syrie et Israël, par l’intermédiaire de la Turquie et que des pourparlers entre Hamas et Israël étaient en cours dans le but de conclure une trêve. Est-ce à dire qu’on est devant une nouvelle donne, susceptible de créer des relations apaisées entre les acteurs du Moyen-Orient et pour quoi pas une annonce de conclusion de paix, créant l’Etat palestinien ? Il ne faut pas rêver. Mais la nouvelle donne peut constituer une amorce d’un dialogue sérieux, sinon un électrochoc.
Professeur Khalifa Chater