Blog d'analyse géopolitique
Sous l’égide de la Ligue des Etats arabes, une réunion de concertation des dix pays concernés par le projet de l’Union pour la Méditerranée se tint au Caire, le 24 mai 2009. Il était temps. L’initiative française, reformulée et re-dimensionnée par l’Union Européenne risquait d’être présentée aux dix pays sud-méditerranéens, "clefs en main", en dépit du discours générique sur l’appropriation collective du projet. En effet, la réunion de l’Union Européenne, qui a fixé les contours de l’UPM, n’a pas cru devoir tenir compte des résultats des consultation des pays du Sud effectuées par le Président Sarkozy, annonça une remise en cause du siège dans le Sud, par la création d’une instance parallèle à Bruxelles et formula unilatéralement les cinq projets de la future institution. Le risque de voir l’UPM vidée de sa substance ne pouvait que susciter l’inquiétude de ses partisans.
La réunion du Caire devait faire état des inquiétudes de certains pays arabes, dans la mesure où l’objectif de consensus était bien en deçà de la démarche d’une union annoncée et maintenue dans le titre. Ce qui limite l’ambition du projet et risque de remettre en cause sa raison d’être. On évoqua aussi le contexte géopolitique défavorable à la construction d’un partenariat, alors que le processus de paix est bloquée. Comment transgresser, dans ces conditions, le préalable de l’assainissement des relations, de la culture de la paix et du dialogue à ce partenariat ? Les déceptions suscitées par l’expérience de Barcelone qui a occulté son objectif fondateur relatif à la création d’une aire de paix, de solidarité et de prospérité partagée furent évoquées. Dans quelle mesure est-ce que le projet de l’UPM devait donc avoir une valeur ajoutée ?
Tout en affirmant leurs exigences relatives à la co-présidence tournante du Nord et du Sud, de la co-direction et du choix du siège au Sud, les ministres des Affaires étrangères des dix pays concernés ratifiaient la proposition égyptienne relative à la désignation de l’Egypte et de la France, comme premiers présidents. Le choix du siège devait revenir à Tunis, vu sa position géographique centrale en Méditerranée, sa proximité de l’Europe et son absence de différends avec tous les membres de la nouvelle communauté. Le Maroc ou l’Algérie devaient assurer le co-secrétariat.
Dans le cadre de l’étude des projets, la réunion fit état des risques de voir l’UPM d’accorder la priorité aux intérêts européens, à ses préoccupations relatives à l’émigration et à la sécurité. Elle remarqua que les questions du transfert technologique, de l’emploi, par exemples n’ont pas été évoquées. De nouvelles réunions devaient finaliser une vision commune à présenter à la réunion euro-arabe de Slovénie, le 9 et 10 juin 2008, pour assurer la re-appropriation collective du projet.
Professeur Khalifa
Chater