Blog d'analyse géopolitique
Cette notule se propose d’identifier les mutations géopolitiques du Moyen-Orient, d’examiner les re-structurations et les re-équilibrages qui l’affectent, les effets et les contrecoups des événements qu’il a subis, depuis la guerre d’Irak, la consolidation conséquente d’Israël, la montée de l’intégrisme et du terrorisme, dans un contexte de mise en dépendance évident. Les faits sont têtus. Ils remettent en cause les grands discours sur « le Moyen-Orient de la démocratie et des libertés », qui veulent masquer et transgresser les réalités géopolitiques. Au Moyen-Orient, nous sommes en présence d’un bateau ivre, en dérive. Il faut que la communauté internationale en prenne acte et qu’elle mette à l’ordre du jour « l’éveil » géostratégique et non « la guerre préventive » et que les acteurs prennent conscience de l’ampleur des tragédies humaines que les peuples de l’aire subissent et les effets ravageurs des ressentiments qu’elles provoquent. C’est à ce prix qu’on peut fonder la culture de la paix, qu’on valorise les instruments internationaux créés pour la garantir, qu’on réhabilite la souveraineté à l’échelle du monde. «La globalisation» doit dépasser les enjeux de la philosophie coloniale, le partage du monde, la prise de possession des richesses minières, les guerres du pétrole depuis l’intervention « militaire » contre Mossadegh. A propos, a-t-on pris la juste mesure des effets, dans la durée, de cette élimination d’un régime populaire, pour assurer la maîtrise de son pétrole ?
La lecture de l’actualité politique nous permet de dégager des points de repères, susceptibles d’identifier les mutations du paysage politique, dans une dialectique d’interventions et de réactions, des effets explosifs des contradictions internes et externes, re-actualisant les attentes et les ressentiments de ses habitants. De ce point de vue, l’observatoire du Moyen-Orient ne peut que dégager les graves échecs des grands acteurs internationaux et régionaux. Faudrait-il les intégrer dans la balance globale des comptes et profits. Mais au profit de qui, faudrait-il les accréditer ? Je me permettrais de citer trois repères :
1 - Les élections irakiennes du 30 janvier 2006, n’ont pas encore pu dégager un consensus, pour former un gouvernement irakien, à moins de privilégier la construction ethnique et/ou religieuse.
2 - Situation similaire en Palestine, après les élections du 25 janvier 2006, qui ont assuré, dans un contexte de désespoir et de ressentiments, la victoire du Hamas. Cette situation a été mise à profit par l’Establishment israélien pour remettre en cause les acquis des précédents accords et assurer un verrouillage des pourparlers, s’assurant un gain de temps illusoire.
3 - L’engagement américain, ces jours - ci, dans une grande offensive, mobilisant 50 avions et mille cinq cents soldats américains, dans la zone située entre Samarra et Fallouja, montre que la « pacification » engagée depuis la chute de Saddam Hussein n’a pas eu des résultats convaincants.
Nous sommes en Irak et en Palestine, au bord d’un volcan qu’une intervention contre l’Iran ne peut qu’amplifier. Les bruits de bottes qu’ont entend ne sont pas susceptibles d’apaiser les craintes. Ne faudrait - il pas opter, d’urgence, pour une stratégie alternative, prenant comme priorités les intérêts des populations, longtemps traumatisées de l’aire arabe ? Une telle approche ouvrirait de nouvelles perspectives pour la vraie promotion démocratique et sociale au Moyen - Orient.
Khalifa Chater